Hommes et femmes politiques sont-ils motivés uniquement par l'égoïsme et la mégalomanie? La série satirique Veep, qui jouait sur la question depuis ses débuts en 2012, semble dans son ultime saison répondre plus que jamais par un «oui» franc et massif.

CATHERINE TRIOMPHE AGENCE FRANCE-PRESSE

Cette septième saison en sept épisodes, diffusée à partir du 31 mars sur HBO aux États-Unis, est la seule à avoir été tournée essentiellement après l'élection du président républicain Donald Trump en novembre 2016.

Veep, c'est le surnom du vice-président des États-Unis. En l'occurrence, c'est une femme: Selina Meyer, incarnée par Julia Louis-Dreyfus - lauréate de six Emmys consécutifs pour ce rôle et productrice de la série.

Après avoir commencé la série à ce poste, et après bien des vicissitudes, Selina repart en campagne pour la présidentielle à l'aube de la septième saison.

Armée de slogans plus que jamais vides de sens, elle est opposée au stade des primaires à un candidat au moins aussi incompétent et infiniment plus détestable qu'elle, Jonah Ryan (Timothy Simons).

Ceux qui regardent depuis les premières saisons se seront sans doute habitués aux ambitions débridées, au cynisme et au langage de charretier de Selina.

Obligée d'arrêter de tourner pendant plusieurs mois pour soigner un cancer du sein, l'actrice de 58 ans et son équipe sont de retour pour un bouquet final avec un surcroît de vitriol: comme si l'Amérique de Trump et la montée ailleurs dans le monde de dirigeants politiques iconoclastes avaient injecté une dose supplémentaire d'absurdité et de venin dans la série.

Les insultes à rallonge proférées par cette femme à la couleur politique délibérément floue, même si elle évoque parfois la très moquée ancienne candidate républicaine Sarah Palin, fusent comme des rafales de mitraillette.

Et sa cruauté, particulièrement frappante à l'égard de ses collaborateurs, de sa famille et des femmes qui l'entourent, monte encore d'un cran.

Quelle sera l'issue de la nouvelle campagne de Selina? Les promoteurs de la dernière saison se gardent bien de la dévoiler mais on devine, en voyant les premiers épisodes, que les États-Unis n'en sortiront pas grandis.

Car aucune qualité ne vient vraiment rattraper la bassesse des principaux personnages. On est loin de la série À la Maison-Blanche (1999-2006) qui présentait un gouvernement américain soucieux du bon fonctionnement de la première démocratie mondiale.

Ou même de House of Cards (2013-2018) où Kevin Spacey, malgré un cynisme assassin, incarnait un président au verbe soigné avec encore quelques grandes doctrines politiques.

La démocratie, une horreur?

Tout au long des saisons, Veep aura eu ses moments quasi-prophétiques comme l'épisode sur la paralysie budgétaire «shutdown» ou l'improbable slogan de Selina, Continuity with Change. Lors d'une campagne en 2016, le premier ministre australien Malcolm Turnbull a utilisé une expression très similaire, lui valant de nombreuses railleries.

«Ça a été comme ça depuis le premier jour», a indiqué Julia Louis-Dreyfus cette semaine à des journalistes.

«Cette chose étrange, de réalité imitant la fiction, est devenue un phénomène» de la série, a ajouté l'actrice qui a débuté à 21 ans dans Saturday Night Live, émission satirique culte de la télévision américaine, avant de jouer dans Seinfeld.

L'actrice se souvient avec un brin d'effroi d'une réplique qu'elle devait prononcer le jour du scrutin de 2016: «La démocratie - quel foutu film d'horreur!»

L'élection-choc du magnat new-yorkais a poussé les auteurs de Veep à faire une pause et à reprendre le scénario. «Nous avions déjà des interrogations au sujet du texte» mais l'élection du milliardaire «les a exacerbées», a expliqué l'actrice-productrice.

«Donald Trump n'est pas la raison pour laquelle nous arrêtons la série mais ça y a contribué», relevait récemment David Mandel, responsable de la production, auprès d'Entertainment Weekly. Il a repris en 2015 les commandes de la série créée par l'Écossais Armando Iannucci.

«C'était devenu difficile. Les choses dont la série se faisait une fierté - les erreurs, les faux-pas, les lapsus, le personnel incompétent -, c'est toutes les heures maintenant» dans la réalité, a-t-il estimé.

Si les acteurs de la série soulignent que Veep parodie un cynisme et un égoïsme «universels» en politique - quel que soit le pays, le parti ou le sexe des candidats -, ils reconnaissent aussi qu'avec l'avènement de Donald Trump l'heure était venue d'arrêter.

«Les choses qui auparavant auraient coulé une carrière politique, aujourd'hui ne comptent plus», a souligné Timothy Simons. «La série est drôle, mais le monde dans lequel nous vivons actuellement n'a rien de drôle».