Peut-on faire une énième génération de poussinots et de poussinettes en 2019? Les experts sont unanimes: aujourd'hui, on sert de moins en moins de choses aux jeunes, ce sont plutôt eux qui se servent.

SILVIA GALIPEAU LA PRESSE

Génération branchée

Le saviez-vous? Pas moins de 42 % des enfants de 0 à 4 ans au Canada ont accès à leur propre téléphone intelligent. C'est l'une des conclusions surprenantes auxquelles sont arrivés les chercheurs d'HabiloMédias, qui ont mené une enquête auprès de 825 parents d'enfants de 15 ans et moins au Canada l'an dernier. «On était vraiment étonnés», confirme Thierry Plante, spécialiste en éducation aux médias. Dans Le bien-être numérique des familles canadiennes, étude rendue publique à l'automne, on apprend qu'en moyenne, 53 % des jeunes de moins de 15 ans ont un téléphone intelligent, 42 % des plus petits et 73 % des plus vieux. De ce nombre, un enfant sur quatre passe jusqu'à deux heures, chaque soir de la semaine, à faire «autre chose que [ses] travaux scolaires, y compris 29 % des enfants de 4 ans et moins».

Génération YouTube

Ceci explique-t-il cela ? Toujours est-il que quand on sonde les parents pour connaître la consommation numérique de leurs enfants, YouTube (à 40 %) arrive au coude à coude avec la télévision (41 %). Et plus ils vieillissent, plus YouTube, Netflix, Illico et les autres plateformes d'abonnement prennent de la place dans l'univers du divertissement des jeunes. Un divertissement qui se fait par ailleurs généralement en «solitaire», précise aussi le Portrait numérique des foyers québécois, réalisé cette fois par le Centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations, en 2018.

La fin de la télé?

L'an dernier, le magazine Fortune, dans un article portant sur la croissance du contenu pour enfants sur Netflix, a d'ailleurs affirmé que «les enfants [...] sont en train de tuer la télévision câblée». Pourquoi? Parce qu'ils consomment du contenu sur leur téléphone, une tablette ou un ordinateur, et de moins en moins de contenu télévisé. Il faut dire que toutes les enquêtes démontrent qu'on assiste effectivement à un désabonnement progressif, quoique constant, des services de télévision (par câble ou satellite). D'après le rapport de l'Angus Reid Institute réalisé en octobre dernier, le pourcentage de foyers canadiens qui détiennent un abonnement à un service de télévision est passé de 88 % en 2012 à 71 % l'an dernier. Parallèlement, les Netflix et Illico de ce monde jouissent d'une popularité croissante, tout particulièrement dans les foyers où se trouvent des enfants.

La fin de la télé... en famille?

De là à conclure, comme l'a fait le Guardian l'an dernier, qu'on assiste ces jours-ci à la mort des soirées télé en famille, il y a un pas que plusieurs observateurs refusent de faire. «L'activité numérique principale en famille demeure encore de regarder la télévision», reprend Thierry Plante, d'HabiloMédias. Si les jeunes regardent certes d'abord YouTube ou Netflix en ligne, en famille, on dit consommer de la télé, à 65 %. Cela dit, on ne sait pas quel contenu les familles regardent. La plupart des télévisions étant aujourd'hui intelligentes, il est fort possible que ces familles se retrouvent également devant Netflix. Et ce n'est pas forcément plus mal. Pourquoi? «C'est important d'un point de vue de littéracie numérique», indique le spécialiste en éducation aux médias. Parce que c'est effectivement en se retrouvant devant un écran avec nos enfants qu'on peut les guider à développer leur jugement, leur esprit critique, bref, leur intelligence numérique. Parce que oui, l'intelligence numérique, ça s'apprend. Mais pas en solitaire devant son écran.

De l'intérêt du retour de Passe-Partout

C'est précisément pourquoi le retour de Passe-Partout est peut-être ici une excellente nouvelle, avance Catherine Mathys, directrice, veille stratégique, au Fonds des médias du Canada. À une époque de «consommation à la carte» où les «grands rendez-vous sont de moins en moins présents, Passe-Partout, c'est une belle invitation à resserrer le dialogue intergénérationnel», souligne celle qui s'avoue un «pur produit de la génération Passe-Partout», une émission qui a incarné, et pourrait incarner à nouveau, «un lien d'appartenance à la culture québécoise». Et qui sait, peut-être inciter les jeunes de cette génération archi-«connectée», ajoute la sociologue et chercheuse au Centre de recherche sur la communication et la santé Monique Caron-Bouchard, à apprendre à «communiquer». Comment? En s'installant, avec leurs parents, devant leur petit écran!

photo fournie par Télé-Québec

Passe-Carreau, Passe-Partout et Passe-Montagne - trio incarné de nombreuses années par les comédiens Claire Pimparé, Marie Eykel et Jacques L'Heureux - ont marqué toute une génération.