Et si on considérait Occupation double d’un point de vue féministe ? L’idée peut sembler incongrue pour certains, mais les créatrices de la balado Les Ficelles pensent tout le contraire.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Le commentaire de Louis-Philippe comparant les femmes à des balles de baseball vous a fait grincer des dents ? La possessivité de Karl envers une des candidates (« On ne touche pas à Polina ! ») vous a irrités ? L’arrivée de Khate, première femme trans d’Occupation double, et les bons mots de Jay Du Temple à son égard vous ont donné envie de donner un high five à votre téléviseur ? Le concept même de la maison de l’amour vous donne la nausée ?

Tous ces bons et moins bons coups sont au cœur des conversations qu’entretiennent chaque semaine les trois animatrices de la balado Les Ficelles. L’émission porte un regard féministe sur l’émission de l’heure : Occupation double.

Après la diffusion de l’épisode du dimanche, la metteuse en scène Solène Paré, la scénographe Robin Brazill et l’intervenante sociale Amélie Faubert se réunissent aux studios d’Espace Go pour réagir et discuter de ce qu’il s’est passé à OD. « On s’est demandé comment réconcilier notre joie d’écouter OD et notre position féministe », explique Robin, à propos de l’intention du balado.

Car oui, les trois jeunes femmes adorent Occupation double. C’est d’abord parce qu’elles apprécient le divertissement (Robin et Solène l’écoutent depuis trois saisons, Amélie depuis les premières éditions) qu’elles ont voulu en parler. « Robin et moi avons commencé à bingewatcher l’émission, à la commenter et à l’analyser activement », raconte Solène. L’idée de rendre ces conversations plus « officielles » a germé en un podcast hebdomadaire, enregistré avec les moyens du bord. Après une première saison l’an dernier, le média Ricochet a pris Les Ficelles sous son aile pour la diffusion.

Depuis, une petite communauté s’est formée. Récemment, plus de 800 personnes écoutent chaque semaine les épisodes des Ficelles.

Les critiques

Amélie n’a jamais caché sa passion pour OD. Mais lorsque la deuxième mouture de l’émission a été lancée sur les ondes de V en 2017, à Bali, avec Jay Du Temple à sa barre, les trois amies ont pris le temps de raisonner leur appréciation de l’émission. 

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

« Les garçons d’un bord, les filles de l’autre, et tous les clichés qui vont avec », résume Solène Paré, l’une des créatrices de la balado Les Ficelles.

On s’est rendu compte que ce n’est pas contradictoire d’aimer OD et d’être féministe.

Amélie Faubert

Plusieurs détracteurs se sont acharnés sur Les Ficelles, considérant qu’Occupation double et féminisme ne peuvent aller de pair. Mais surtout qu’il faudrait se concentrer sur les « vrais enjeux » de la vie. Ce à quoi Amélie a répondu par une longue publication affirmant que le divertissement ne devrait pas être source de culpabilité.

« Je ne crois pas à ça, être plus blanc que le pape. Ces gens-là n’ont-ils aucun plaisir ? C’est une réflexion ancrée dans le sexisme ordinaire, de juger le plaisir des autres. Surtout que ça vient de personnes qui n’ont pas pris le temps d’écouter le podcast », lance la jeune femme en entrevue.

Et puis, apprécier le divertissement ne veut pas dire qu’on endosse tout ce qui y est présenté. « Je ne vais jamais défendre OD. Je trouve ça intéressant comme phénomène, ça me touche comme public, ça me divertit énormément. Mais s’il n’y avait pas de travail à faire, il n’y aurait pas de Ficelles », observe Solène.

Initiation au féminisme

Occupation double est regardé par un public majoritairement féminin, soulève Robin. « On se demande beaucoup pourquoi l’émission est aussi féminine, mais pas féministe », dit-elle.

Sans vouloir donner de leçons, les trois jeunes femmes se basent sur leurs propres expériences et connaissances pour soulever des questions, des inquiétudes, donner leur opinion. « C’est facile d’avoir des réflexions un peu académiques, affirme Amélie. Mais, en bout de ligne, si ça n’est pas discuté de manière plus tangible, à quoi ça sert d’avoir ces connaissances ? »

Ça ouvre aussi des conversations avec les auditeurs et auditrices des Ficelles qui nous écrivent. Pour certains, c’est la première fois qu’ils se frottent au féminisme. [L’émission] permet de se rassembler autour de situations hyper concrètes et d’avoir une réflexion là-dessus. On est des centaines de milliers à avoir vu la même scène. Parlons-en.

Solène Paré

Le consentement, la masculinité toxique, la misogynie, le féminisme sex positive, la diversité… toutes sortes d’enjeux féministes sont discutés, toujours en ayant comme prémisse un événement de l’émission.

De bons et moins bons coups

Les pires coups d’Occupation double en matière de féminisme ? Les maisons de l’amour, estime Amélie. « Forcer deux personnes à passer la nuit ensemble après s’être vues juste une couple de fois, j’avais de la misère avec ça », dit-elle. Pour Robin, tout le pouvoir qui a été donné aux garçons cette année, au début de la saison, posait problème. Même si les situations ont récemment été inversées, « les femmes n’osent pas encore prendre le pouvoir » à ce stade, dit-elle.

« C’est quelque chose de très hétérocentré, note quant à elle Solène. On le sait qu’il y a plus que ça chez les candidats. Des femmes ont déjà dit avoir des top 1 chez les femmes, mais ce n’est jamais montré. […] Je trouve ça ancré dans l’hétérocentrisme, les garçons d’un bord, les filles de l’autre, et tous les clichés qui vont avec. »

Mais OD a aussi frappé de bons coups, surtout ces dernières années, soulèvent les animatrices. Les candidates assument leur sexualité sans être censurées, et la vulnérabilité des hommes est plus affichée, par exemple.

L’arrivée de Khate a aussi été un très beau moment, note Solène. « C’était très doux, dit-elle. Elle a eu un court passage, certes, mais j’ai l’impression qu’elle était entre de bonnes mains. »

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