Je me suis trompé. Bien oui, ça arrive. L’important, c’est de l’admettre – c’est fait – et d’expliquer pourquoi notre opinion a bougé – ce sera fait.

Hugo Dumas
Hugo Dumas La Presse

J’aurais juré, craché que l’intérêt collectif pour Alerte Amber à TVA dégringolerait après le dévoilement du punch principal, inséré à la fin du premier épisode. Dans une télésérie qui se déploie comme un thriller haletant, divulguer tout de suite qui a fait quoi et pourquoi me paraissait kamikaze.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’ÉMISSION

Logan (épatant Lévi Doré), le frère cadet d’Éliot dans Alerte Amber

Sur sa page Facebook, le producteur Charles Lafortune de chez Pixcom a même dû justifier auprès de ses 87 000 abonnés pourquoi l’identité du ravisseur d’Éliot (Élijah Patrice-Baudelot) avait été révélée aussi rapidement dans le récit. Comme quoi nous étions nombreux à n’y rien comprendre.

Mes doutes ont persisté jusqu’à la dernière scène de la deuxième heure, où l’ado Logan (épatant Lévi Doré) a trafiqué la voiture pour tuer son jeune frère autiste et se suicider, par la suite. Sérieux, là. Comment les créateurs d’Alerte Amber réussiront-ils à accoter de tels niveaux d’intensité dans les huit épisodes qui restent à relayer ? L’auteure Julie Hivon a-t-elle flambé tout son carburant dramatique sur la route menant au chalet Colibri du lac Lord ?

La réponse est non. D’abord, le plan meurtrier de Logan a heureusement échoué, ce qui a gardé les deux frères Charbonneau en vie. Et l’angle d’approche d’Alerte Amber a été modifié. De série à la 24 heures chrono – bonjour, le décompte criard à l’écran –, Alerte Amber a bifurqué vers le drame familial très intime, ce qui s’avère plus captivant qu’une chasse à l’homme dirigée dans un sous-sol par Sophie Prégent.

Le ton paniqué des deux premiers épisodes a été trompeur. Avec ses sirènes hurlantes, ses graphiques à la CSI et sa musique inquiétante, Alerte Amber nous a baladés sur une fausse piste.

Lundi soir, dans un épisode chargé d’émotion, la série a montré son vrai visage. Alerte Amber, c’est une histoire de famille dysfonctionnelle, où deux enfants, maintenant adolescents, ont nourri une relation complexe, difficile et tordue.

Logan, le plus vieux, souffre aujourd’hui de dépression, s’automutile, et personne n’entend son cri de détresse.

Les parents divorcés de Logan, Jonathan (Vincent Leclerc) et Valérie (Madeleine Péloquin), n’ont rien vu ou ont fermé les yeux sur sa fragilité, probablement débordés par l’attention constante que nécessitait son frère cadet autiste.

Personne ne reprochera aux parents de s’être occupés des multiples crises d’Éliot, un enfant aux besoins immenses. Personne ne reprochera non plus à Logan d’avoir pâti au sein de cette dynamique familiale peu évidente.

Alerte Amber fouille maintenant dans une matière riche : la culpabilité du père, qui a baissé les bras devant les problèmes d’Éliot, le ressentiment de la mère envers son aîné violent, c’est du lourd, mais sans l’aspect rebutant.

Vincent Leclerc et Madeleine Péloquin jouent des scènes très dures avec une justesse et une vérité qui méritent d’être soulignées. Le jeune Lévi Doré aussi.

Restons à TVA pour placoter de L’heure bleue, qui s’impose comme l’un des meilleurs téléromans en ondes présentement. J’adore le mystérieux personnage de Véronique (Pascale Bussières), arrivée par surprise à Cowansville la saison dernière, pour supposément vendre la maison de sa mère qui est morte.

Quelle femme intrigante. L’ex-conjointe de Bernard (Benoit Gouin) et mère absente de Raphaël (Jean-Philippe Perras) souffle le chaud et le froid. Dans une scène, on la trouve super cool et on envie sa relation de proximité avec sa fille Audrey (Jade Charbonneau). Un peu plus tard dans l’épisode, pouf, Véronique gifle son enfant et devient plus intransigeante que Bernard l’était quand il vivait avec Anne-Sophie (Céline Bonnier).

Pourquoi Véronique se sauve-t-elle de son riche mari resté à Sept-Îles ? Consommerait-elle encore en cachette ?

Les auteurs Anne Boyer et Michel d’Astous ont bien fait d’accorder plus d’importance à Raphaël. Son parcours, de délinquant insupportable à employé en quête de réalisation, a été tracé avec doigté. Raphaël est ainsi devenu un des piliers de l’émission.

C’est la grande force de L’heure bleue : ses personnages multidimensionnels, ni noirs ni blancs, qui évoluent sous nos yeux. 

Par contre, j’avoue m’ennuyer des colocs, plutôt absents jusqu’à présent. Aussi, les intrigues greffées autour d’Anne-Sophie piétinent. À ce sujet, quelqu’un a-t-il des nouvelles de son ex-amant Hubert (Jean-François Pichette) et de son fils Xavier (Rémi Goulet) ? Ils ont disparu, comme la cécité passagère d’Olivia (Mylène St-Sauveur).

Honnêtement, c’est pas mal plus intéressant de suivre le retour de Thomas (Alex Godbout) auprès de Clara (Alice Morel-Michaud), la spirale infernale de Lucie (Marie-Hélène Thibault) et les tentatives de rapprochements entre Véro et Raphaël.

Bonus : même Pauline (Sylvie Moreau) est moins gossante qu’avant, ce que je n’aurais jamais pensé écrire il y a trois ans. Mot-clic : #rédemption.