(Paris) L’actuel directeur de l’Opéra de Toronto, l’Allemand Alexander Neef, remplacera Stéphane Lissner en 2021 à la tête de l’Opéra de Paris, une des plus prestigieuses scènes lyriques au monde où de nombreux défis l’attendent, notamment financiers.

Rana MOUSSAOUI
Agence France-Presse

Le remplacement ne s’effectuera qu’en 2021, donnant ainsi 24 mois à M. Neef pour préparer sa programmation, a précisé mercredi la présidence française.

Conscient du symbole qu’est l’Opéra de Paris-une maison vieille de 350 ans qui rivalise avec la Scala de Milan et le Met de New York-le président Emmanuel Macron s’était personnellement emparé du dossier. Mais les longs mois d’intrigues et de rebondissements avaient suscité l’agacement dans le monde culturel.

PHOTO BERTRAND GUAY, ARCHIVES AFP

Stéphane Lissner

M. Lissner était en poste depuis 2014.

Précédé d’une solide réputation, Alexander Neef, 45 ans, a eu pour mentor Gérard Mortier, l’ancien directeur de l’Opéra de Paris (2004-2009). Il a fait de Toronto une scène de renom et a contribué à rajeunir son public via des politiques tarifaires.

Ce jeune patron, trilingue et rompu à la question du mécénat dans le monde anglo-saxon devrait insuffler un vent nouveau dans cette institution qui fait face à une baisse de subventions.

Sa désignation ne s’est pas faite sans mal. Les dernières rumeurs faisaient état d’une reconduction de Stéphane Lissner, pendant un ou deux ans, avant l’arrivée de son successeur, scénario qui n’a finalement pas été retenu.

Il y a un an, l’ex-ministre française de la Culture, Françoise Nyssen, avait fait comprendre à M. Lissner que son mandat ne serait pas renouvelé, en raison de la limite d’âge (67 ans) qu’il aurait atteint en 2021, ce qui avait immédiatement déclenché des spéculations.

Du haut de ses vénérables 350 ans, l’Opéra de Paris peut se targuer d’être non seulement le doyen des théâtres lyriques au monde mais aussi l’un des plus modernes en matière d’audace artistique.

Faux pas au Ballet

Créée par Louis XIV en 1669, la « Grande Boutique » comme la surnommera par la suite Verdi, risque toutefois de se voir rogner les ailes par l’État si elle ne change pas son modèle économique, diversifie son public et rend l’organisation plus fluide entre ses deux scènes, le palais Garnier et l’Opéra Bastille.  

Depuis 10 ans, les subventions publiques sont en baisse de 10 % et les coûts toujours importants. « On est passé de 60 % de financement public à 40 %, et de 40 % de ressources propres à 60 % », affirme à l’AFP l’actuel directeur Stéphane Lissner, dans un entretien avant la nomination de Alexander Neef.

Face au Met de New York ou le Covent Garden de Londres qui jouissent de philanthropes beaucoup plus généreux, M. Neef devra faire au moins aussi bien côté mécénat.

Le nouveau directeur devrait également s’empresser de poursuivre l’œuvre de M. Lissner, qui a rajeuni le public à 48 ans pour l’opéra (en comparaison aux 58 ans au Met) grâce aux soirées à tarif réduit pour les moins de 40 ans et les moins de 28 ans. Mais l’image élitiste colle à la peau du lyrique et les prix y contribuent.

« Mitterrand voulait un opéra moderne et populaire. C’est toujours moderne mais ce n’est plus populaire », tranche M. Hirsch, administrateur au moment de l’inauguration de Bastille il y a 30 ans.

M. Neef devra par ailleurs continuer de rasséréner le Ballet de l’Opéra de Paris, une des plus prestigieuses compagnies au monde. En 2016, Benjamin Millepied, mari de Natalie Portman, claque la porte de la direction un an après son arrivée.

Il est remplacé par l’ex-étoile Aurélie Dupont qui lui reprochera d’avoir mis « le foutoir » avant d’être éclaboussée en 2018 par un sondage interne révélé dans la presse, où les danseurs dénoncent son manque de dialogue.

« Un audit a été mené et la directrice reçoit tous les danseurs régulièrement », affirme M. Lissner qui se félicite des « 25 % en plus de demandes d’abonnement la saison prochaine pour le ballet » comme pour l’opéra.