Après l’immense succès remporté par Dance Me, hommage dansé à Leonard Cohen, BJM – Les Ballets Jazz de Montréal revient à une forme davantage axée sur le plaisir pur du mouvement, sans fioritures, avec un nouveau programme triple bien ficelé qui devrait plaire à un large public.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

La danse de BJM est accessible, expressive, entraînante et athlétique. La troupe a montré tout ce qu’elle sait faire de bien – et même de très bien – lors de la première de son nouveau programme triple, présenté en ouverture de la 22e saison de Danse Danse, mercredi, devant une salle comble visiblement conquise par ses propositions.

Les trois œuvres présentées sont toutes inédites sur les scènes montréalaises, même si O Balcão de Amor, de l’Israélien Itzik Galili, est au répertoire de la compagnie depuis 2016. C’est d’ailleurs avec cette pièce à l’énergie contagieuse que s’ouvre la soirée.

Légère, coquine, parsemée de pointes d’humour, O Balcão de Amor est une grande fiesta rendant hommage à la musique de Pérez Prado, dit le roi du mambo. Galili y célèbre la joie pure de danser et le plaisir des jeux de séduction, dans une enfilade de tableaux très dynamiques qui amalgament mouvements empruntés aux danses latines et signature plus contemporaine.

PHOTO SVETLA ATANASOVA, FOURNIE PAR DANSE DANSE

O Balcão de Amor, d’Itzik Galili, ouvre la soirée.

Malgré quelques imprécisions, çà et là dans le synchronisme et le placement sur scène, les interprètes s’en sont bien tirés, certains semblant nettement plus à l’aise que d’autres. En plus d’exiger d’eux un grand effort physique avec sa gestuelle au tempo fort rapide, O Balcão de Amor est une pièce qui mise beaucoup sur leur jeu et leur expressivité. À cet égard, soulignons l’énergie communicative de Brandi Baker, qui exécutait les nombreux mouvements et transitions avec un naturel déconcertant.

On sourit en regardant les danseurs se déhancher, se faire des œillades et se donner des tapes sur les fesses. C’est ludique et lubrique à souhait, légèrement irrévérencieux et très divertissant, sans rien réinventer, il faut le dire. Une belle mise en bouche.

Mettre son âme sur scène

La soirée s’est poursuivie avec le duo Soul, du chorégraphe Andonis Foniadakis, qui se déploie sur la chanson Ball and Chain, popularisée par Janis Joplin et interprétée ici par la Québécoise Angel Forrest. Bien que minimaliste, la scénographie est superbe, avec ses projecteurs qui se balancent au bout de leurs fils, juste au-dessus des danseurs, et ses lumières qui pulsent en suivant les mouvements de la musique. Très réussi.

Ce duo, l’interprète principale de BJM, Céline Cassone, l’avait qualifié de « viscéral » en entrevue, un qualificatif très juste pour cette pièce très dense et chargée. Malheureusement, la talentueuse interprète était absente pour des raisons personnelles en ce soir de première, et c’est Saskya Pauzé-Bégin qui a dû prendre le relais.

Une commande de taille, il va sans dire, pour la jeune interprète, qui s’est acquittée de cette tâche avec détermination, accompagnée de son partenaire Andrew Mikhaiel, même si on a senti quelques hésitations dans l’exécution, à laquelle il manquait une certaine profondeur. 

La gestuelle virevoltante et hyperactive, signature de Foniadakis qui nous avait semblé si mal à propos dans Dance Me, trouve davantage sa place et son sens sur l’énergie brute, rugueuse et animale de Ball and Chain.

Animée par une tension électrique, la chorégraphie enchaîne à un rythme palpitant les portés, manipulations et déplacements, dans un jeu d’attraction-répulsion entre deux amants emportés par la passion, sans concession. Une courte pièce puissante, et un bel ajout au répertoire de BJM.

Le clou de la soirée

Le moment fort du programme est sans contredit Casualites of Memory, également signée Galili, une pièce de groupe très énergique et ancrée dans une certaine tribalité. La lumière, qui cisèle la scène, découpe superbement les muscles saillants des danseurs et dirige l’œil du spectateur, est en synergie totale avec la musique percussive et hypnotique des frères Grand (avec la participation du percussionniste Joseph Khoury).

Encore ici, la scénographie minimaliste — seules des darboukas, instruments à percussion répandus en Afrique du Nord, servent d’élément scénique — met le mouvement au premier plan dans toute sa splendeur. Au début enveloppant et langoureux succèdent des tableaux au rythme de plus en plus rapide qui exigent des danseurs un abandon total — mention spéciale à Yosmell Calderon, tout simplement magnifique et en contrôle absolu de son corps.

Galili fait fuser les jambes dans les airs, encore et encore, enchaîne tours, travail au sol, vertigineuses extensions, joue avec les points de bascule. Il insuffle à cette gestuelle contemporaine des mouvements empruntés à diverses cultures. Le résultat est probant. 

Malgré un début plus chancelant, les interprètes ont gagné en confiance et ont su mener à son paroxysme ce rituel dansé époustouflant, jusqu’à la transe.

Casualties of Memory + O Balcão de Amor + Soul, des Ballets Jazz de Montréal. Chorégraphies d’Itzik Galili et d’Andonis Foniadakis, au Théâtre Maisonneuve jusqu’au 5 octobre, dans le cadre de Danse Danse, 3 étoiles

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