Déjà 30 ans que la compagnie Cas Public et sa chorégraphe et fondatrice, Hélène Blackburn, roulent leur bosse. Mme Blackburn célèbre cet anniversaire avec ce qu’elle sait faire le mieux : une nouvelle création, Suites ténébreuses, qui sera présentée à l’Agora de la danse demain et samedi.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

« Avec Suites ténébreuses, j’ai eu envie de me permettre de faire un objet hors série, de procéder un peu différemment », explique Hélène Blackburn, jointe au téléphone la semaine dernière.

Si la chorégraphe est habituellement très fidèle à ses collaborateurs, elle prend cette fois-ci le risque de travailler avec de nouvelles personnes, une façon d’ouvrir ses horizons et de sortir de ses habitudes.

Elle s’est donc alliée à Lucie Bazzo, qui signe la scénographie et l’éclairage, et au groupe Dear Criminals, qui sera présent sur scène.

« Cela faisait longtemps que j’avais envie de retravailler avec des musiciens live ; je l’ai beaucoup fait à une autre époque. Leur musique est très différente du son que j’emploie habituellement, c’est très planant. Avec mon travail qui est plutôt effréné, ça crée un contraste intéressant », juge-t-elle.

Jeux d’ombre et de lumière

L’idée du contraste, des contraires qui se répondent, semble être au cœur de cette pièce, dont l’idée de départ a été « une étude sur l’ombre et la lumière » inspirée par les maîtres du clair-obscur, affirme Mme Blackburn.

Je travaille beaucoup en amont avec la lumière désormais. Je la marque de façon très précise en studio ; elle devient une deuxième trame, après la chorégraphie. Ici, on s’est beaucoup intéressé à ce qu’on voile, à ce qu’on cache, à travers l’ombre et la lumière.

Hélène Blackburn

Quoi de mieux pour accompagner cet univers que l’archétype du monstre, alors que la chorégraphe s’est intéressée précédemment aux contes de Cendrillon (Not Quite Midnight) et du Petit Chaperon rouge (Suites curieuses) ? C’est d’ailleurs en traversant un sous-sol particulièrement glauque, à Mulhouse, en France, que cette idée a germé dans l’esprit de l’artiste.

« Je me suis dit : “Voyons, tu es une adulte et tu as peur du noir !” », raconte-t-elle. De ce « petit incident » est née toute une réflexion sur ces peurs fondamentales de l’enfant, qui restent tapies au fond de l’adulte sans jamais vraiment disparaître, mais qui ouvrent la porte à un monde fertile, où peur et merveilleux peuvent se muer l’un en l’autre.

« Le monstre est une métaphore de nos monstres intérieurs, de nos projections qui peuvent modifier les perceptions de soi et du monde », explique-t-elle.

Multigénérationnel

Cas Public s’est beaucoup fait connaître avec ses créations jeune public. Mais aujourd’hui, 30 ans après la fondation de sa compagnie, celle qui a été récompensée du prix RIDEAU Hommage au début de l’année vise plus que jamais la création de pièces qui s’adressent à un public « multigénérationnel ».

« Quand j’ai commencé à faire du jeune public, ces créations étaient très séparées des autres dans ma tête, mais aujourd’hui, ce qui m’intéresse, c’est de repousser cette ligne, souligne-t-elle. On fragmente beaucoup le public en danse ; il y a ce besoin d’étiqueter qu’on ne verra pas nécessairement en cirque, par exemple. J’aime l’idée que les parents viennent avec leurs enfants, d’une œuvre qui va parler aux différents niveaux de perception. »

Et non, les monstres n’effraieront pas (trop) les enfants (tests à l’appui, assure la chorégraphe !) dans cette œuvre qui « passe par plusieurs atmosphères », surprend et fait sourire. 

À l’Agora de la danse, les 4 et 5 octobre

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