C’était la proposition la plus intrigante de la saison de la TOHU. D’abord parce que les arts du cirque sont peu pratiqués dans le monde arabe, parce qu’on n’y trouve peu ou pas d’écoles professionnelles de cirque, et par conséquent peu ou pas d’artistes issus de ce sérail…

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Pourtant, il existe une tradition de l’acrobatie au Maroc, nous disait l’une des artistes de la troupe, Rim Belhamri, en particulier sur les plages et les places publiques, où les figures pyramidales et les acrobaties en cercle sont exécutées depuis des générations. Halka est d’ailleurs une référence directe à cet art de la rue.

Restait à voir comment ce Groupe acrobatique de Tanger, venu ici grâce au soutien du Conseil des arts du Canada, allait nous transmettre cette tradition.

Eh bien, le résultat est étonnant. Tantôt folklorique, tantôt contemporain, à la fois théâtral, acrobatique et musical, Halka mise sur le groupe dans ce spectacle hors normes où le cirque (pris au sens large) emprunte d’autres voies, plus instinctives, avec une gestuelle toute méditerranéenne, communiquée de manière plutôt festive.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Halka, spectacle présenté par le Groupe acrobatique de Tanger

La tentation est forte de comparer les prouesses de ces acrobates (pour la plupart autodidactes) avec nos diplômés-vedettes de l’École nationale (par exemple). Il ne faut pas. Il y a des figures que l’on tient aujourd’hui pour acquises à force de les voir sur nos scènes.

Halka nous force à poser un regard neuf, même si la douzaine d’interprètes de la compagnie de Tanger n’ont absolument pas à rougir de leur performance.

Si la première mouture du spectacle, créé au Maroc il y a trois ans, a été mise en scène par le Français Aurélien Bory, le Groupe de Tanger est aujourd’hui seul maître à bord. On nous souffle que le collectif dirigé par Sanae El Kamouni a quand même bénéficié des conseils de la compagnie française XY, spécialisée dans les portées, nombreuses dans Halka. Un plus – ça ne s’improvise pas.

Les chorégraphies tournent beaucoup autour de ces bassines de métal (djefna) qui servent à la fois d’instruments, de promontoires et d’objets scénographiques. Côté acrobatique, quelques-uns des interprètes se démarquent par leur impulsion, mais on revient toujours au groupe, Halka ayant fait le choix de ne pas mettre en vedette de talent individuel – ce qui n’empêche pas les interprètes de briller chacun de leur côté.

Malgré la confusion de quelques segments – attribuable en partie à la langue, il n’y a malheureusement pas de surtitres –, une performance un peu courte (le spectacle dure une heure au total), et une finale qui manque un peu de clarté, Halka fait bonne impression et nous sort de nos habitudes – c’est très bien, ça.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Halka, spectacle présenté par le Groupe acrobatique de Tanger

Les deux jeunes femmes de la troupe sont le sel (ou le sumac !) de cette production, qui ne manque pas d’humour. Rim Belhamri, nous disait à quel point c’était une fierté pour elle de faire partie de cette troupe et de jouer à Montréal – d’autant qu’il n’est pas aisé pour une femme de pratiquer cet art au Maroc (ou ailleurs dans le monde arabe).

Pas étonnant, dans ce contexte, que la pièce ait surtout tourné à l’étranger, en Europe, bien sûr (France, Belgique, Espagne, Italie, etc.), au Brésil, et bientôt en Australie. D’ici là, c’est à la TOHU qu’ils ont accroché leur facha (ceinture de foulards), étalé leurs tapis orientaux et rempli leurs théières. Du thé bien chaud qui sera sûrement apprécié pendant leur séjour qui les amènera aussi à Winnipeg, Toronto et Vancouver.

À la TOHU, jusqu’au 9 février

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