Au cours des 10 dernières années, le cirque s’est imposé comme une discipline à part entière, avec ses propres lieux de diffusion – principalement la TOHU, mais maintenant aussi Le Monastère et La Chapelle –, un festival et une bonne douzaine de compagnies actives qui rayonnent au Québec et à l’étranger.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Festival Montréal complètement cirque

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Montréal complètement cirque gagne en popularité grâce à ses événements extérieurs gratuits, dont l’emblématique spectacle quotidien de la place Émilie-Gamelin. Ici, en juillet dernier, le spectacle Candide.

Créé grâce à l’impulsion de la TOHU, mais aussi des trois compagnies phares établies à Montréal – le Cirque du Soleil, le Cirque Éloize et Les 7 doigts –, ce festival consacré aux arts du cirque (sans compétition) a vu le jour justement en 2010 et a ainsi célébré ses 10 ans l’été dernier. Dirigé depuis ses débuts par Nadine Marchand, Montréal complètement cirque a permis aux festivaliers de découvrir plusieurs troupes de cirque contemporaines (d’ici et d’ailleurs) aux racines et aux styles différents. Bien que de petite taille (environ une dizaine de spectacles en salle par été), le festival a gagné en popularité grâce à ses événements extérieurs gratuits, dont l’emblématique spectacle quotidien de la place Émilie-Gamelin. Chaque année en juillet, ce sont maintenant près d’une centaine de diffuseurs et de directeurs de festivals qui se rendent à Montréal pour voir ce qui s’y passe. C’est là, par exemple, que le Cirque Alfonse a été découvert en 2011.

Le Cirque du Soleil

PHOTO ISAAC BREKKEN, GETTY IMAGES

Des artistes du Cirque du Soleil en pleine performance à la première mondiale du spectacle Michael Jackson ONE, au Mandalay Bay Resort & Casino, à Las Vegas, en juin 2013

Le Cirque du Soleil a été (et demeure) la locomotive des arts du cirque au Québec. La compagnie, qui emploie à ce jour plus de 1550 artistes de cirque, a créé une vingtaine de spectacles au cours de la dernière décennie, dont six spectacles permanents – au Mexique (Joyà), à Las Vegas (Michael Jackson ONE, R.U.N), à Hambourg (Paramour), en Chine (Un monde fantastique) et bientôt à Orlando (en hommage aux créateurs de Disney). Autre rebondissement majeur de la décennie : la vente du Cirque en 2015 à un consortium mené par la firme d’investissement américaine TPG Capital. Depuis, le Cirque a acquis trois groupes de divertissement : Blue Man Group, V-Star et The Works Entertainment, ajoutant une vingtaine de spectacles à sa flotte actuelle de 23 spectacles (permanents et de tournée), pour un total de plus de 40.

Le satellite de Québec

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Flip Fabrique a repris le flambeau du Cirque du Soleil en présentant (depuis cinq ans) des spectacles extérieurs gratuits dans la capitale. Ici, en juillet dernier, à la place Jean-Béliveau, près du Centre Vidéotron, à Québec.

L’École de cirque de Québec (ECQ) s’est imposée depuis 10 ans dans la formation d’artistes de cirque professionnels. De sa cuisse, deux collectifs de cirque sont sortis dans la dernière décennie. D'abord, Flip Fabrique a repris le flambeau du Cirque du Soleil en présentant (depuis cinq ans) des spectacles extérieurs gratuits dans la capitale. Sans compter ses trois spectacles de tournée. Puis, Machine de Cirque est l’autre collectif, fondé par Vincent Dubé, qui a commencé à se déployer en Europe depuis trois ans. « Reconnaissance » est le mot qui décrit le mieux l’évolution du cirque à Québec, selon le directeur de l’École de cirque, Tim Roberts. Il souligne aussi l’autorisation donnée au cégep Limoilou et à l’ECQ d’offrir un DEC en cirque, et l’arrivée d’un deuxième diffuseur à Québec : Le Diamant, de Robert Lepage.

Les 7 doigts

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Répétition du spectacle Cuisine & confessions de la troupe Les 7 doigts à la TOHU, en octobre 2014

Fondée en 2002, la troupe Les 7 doigts a explosé dans les années 2010 sur la scène internationale. Au cours de la dernière décennie, une dizaine de créations ont été lancées, parmi lesquelles Séquence 8, Cuisine & confessions, Réversible ou Passagers, qui ont tourné en Europe et aux États-Unis, sans compter les nombreux événements auxquels la compagnie montréalaise a participé. On pense aux Jeux de Sotchi (en 2014), à son association avec Virgin (pour la création d’un spectacle sur un navire de croisière), à son partenariat avec le Théâtre musical de Moscou, ou encore à la célébration entourant la nomination par l’UNESCO de Charjah, aux Émirats arabes unis, comme capitale mondiale du livre, le printemps dernier. C’est aussi la décennie qui a permis aux 7 doigts de se trouver un toit. Inauguré il y a deux ans dans l’ancien musée Juste pour rire, le nouveau centre de création et de production du collectif est aussi devenu un lieu ouvert aux artistes de cirque professionnels, qui peuvent s’entraîner sur place à coût modique. Des résidences d’artistes verront également le jour dans les prochains mois.

Le Monastère

On entend souvent dire que Montréal est une ville de cirque. Mais la vérité est que les nombreux artistes formés ici dans nos deux écoles professionnelles se produisent rarement au Québec. On peut les voir de façon épisodique dans les quelques spectacles programmés annuellement à la TOHU, ou au festival Montréal complètement cirque, mais le plus souvent, ils sont en tournée à l’étranger. D’où le souhait de deux artistes vétérans – Rosalie Beauchamp et Guillaume Blais – de permettre aux artistes québécois d’avoir la possibilité de montrer leurs numéros à Montréal, sur une base régulière. D’où les cabarets du Monastère. D’abord au Théâtre Plaza, rue Saint-Hubert, et depuis un an dans l’église St. Jax (à l’angle des rues Bishop et Sainte-Catherine). Un espace a également été aménagé pour permettre aux artistes de s’entraîner.

Nos spécialistes

> Stéphane Lavoie, directeur général et artistique, TOHU

> Marisol De Santis, agente de programmation, TOHU

> Estelle Clareton, directrice de la création, École nationale de cirque de Montréal

> Tim Roberts, directeur, École de cirque de Québec