Les nouvelles créations de Circa sont devenues des rendez-vous incontournables à la TOHU, où la compagnie australienne a depuis plusieurs années ses habitudes et son bassin de fans de plus en plus large. Leur plus récente œuvre, Humans, présentée depuis mardi soir, n’y fait pas exception.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Une production phénoménale et léchée (ceux qui étaient présents apprécieront le choix de l’adjectif), qui explore plus que jamais le rôle de l’acrobate dans l’arène circulaire.

L’exploit de la troupe dirigée par Yaron Lifschitz ? Elle parvient à se renouveler à chacune de ses présences, tout en restant fidèle à son esprit : celui d’aller à la limite de ce qu’il est possible de faire, de se mettre en danger, constamment, et de montrer les deux faces de l’acrobate : sa force autant que sa vulnérabilité.

En fait, on a l’impression que Humans est la somme de tout ce que Circa nous a présenté depuis Wunderkammer en 2008.

La pièce s’ouvre sur un ballet acrobatique effréné où les 10 acrobates marquent leur territoire en multipliant les figures et les combinaisons improbables. Seuls, à deux, à trois ou à dix, il y a chez ces interprètes virtuoses, qui mêlent danse et acrobatie, une recherche constante d’esthétique. Parfois le geste est fluide, parfois il est rugueux, mais toujours il surprend.

Le metteur en scène de Circa écrit dans le programme que « dans nos limites se trouvent nos possibilités ». Ce sont ces possibilités qu’explorent brillamment les jeunes acrobates de la troupe, même si parfois (souvent), ça peut faire mal. En déconstruisant le geste acrobatique, on se rend compte de la prouesse et de la prise de risque énorme.

Comme des enfants qui ignorent la peur et qui explorent tout ce qu’il est possible de faire… avant de s’effondrer. Juste pour le plaisir d’essayer. Car ils s’effondrent (même si leurs chutes sont calculées) et ils ne reculent devant rien (comme en font foi leurs nombreuses ecchymoses et parfois même leurs grimaces). N’est-ce pas l’essence même de l’acrobate ? Et même de l’humain ?

S’ils peuvent rajouter un coefficient de difficulté, ils vont le faire. Avec cet humour « Aussie » si particulier. Rire aux éclats en faisant des figures aériennes ? Allez, pourquoi pas ! Faire un duo acrobatique en s’accrochant au short de son partenaire ? Go ! Multiplier les acrobaties au sol en se léchant les avant-bras ? Bien sûr !

Dans un des segments les plus marquants de Humans, une des interprètes se fait manipuler à la manière d’une poupée de chiffon. Un tableau à la fois ludique et inquiétant. D’autres scènes réjouissantes mettent en scène des duos improbables (ici une jeune femme devient porteuse, là un porteur fait des figures aériennes). Les interprètes se taquinent, se soutiennent, se repoussent, se lancent, s’attrapent, tombent, et toujours se relèvent. Parfois même en s’érigeant en pyramide. Tellement beau.

Comme dans leurs précédentes productions, il y a peu d’appareils dans les spectacles de Circa, mais rassurez-vous, ces gymnastes de l’émotion savent très bien s’en servir. Le numéro de trapèze autant que le numéro à la corde lisse sont chorégraphiés de façon tout à fait originale et s’inscrivent dans cette même trame de l’artiste-acrobate.

La musique qui s’arrime parfaitement aux chorégraphies contribue aussi à la magie de Humans, qui superpose habilement le geste acrobatique individuel et collectif, dans une sorte de respiration constante, tantôt rythmée, tantôt ralentie, dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand. Une performance de très haut vol. Sans doute la plus aboutie de la compagnie chouchoute. À ne pas manquer.

Humans, de Circa. Jusqu’au 10 novembre à la TOHU.