(Las Vegas ) C’était soir de fête jeudi à Las Vegas, avec la présentation – devant un parterre de vedettes du sport et du divertissement – de la première de Mad Apple, plus récente production du Cirque du Soleil à s’installer sur la Strip. Avec cette production, la compagnie québécoise a choisi de s’éloigner d’un cran de son ADN. Et le risque devrait payer, si la distribution reste d’aussi grande qualité.

Publié le 27 mai
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

En effet, le Cirque du Soleil délaisse ici l’enfilade d’acrobaties, l’art clownesque et les mises en scène léchées (voire grandioses) qui ont fait sa renommée. Les créateurs proposent plutôt un spectacle où le cirque, l’humour et la musique s’entremêlent dans des tableaux festifs. Comme fil rouge, ils ont choisi la ville de New York, ses emblèmes et son ambiance nocturne. Normal, Mad Apple se déploie sur la scène de l’hôtel-casino New York-New York…

Or, ce spectacle nouveau genre – du moins pour le Cirque du Soleil – a toutes les qualités pour devenir l’un des partys à ne pas rater dans la ville qui ne dort jamais : rythme effréné, musique en direct interprétée par un orchestre de cinq musiciens endiablés (et cinq chanteurs), chorégraphies millimétrées et stand-up comiques décapants et irrévérencieux. Les plaisirs sont variés pendant les 90 minutes que dure le spectacle. Souvent, acrobates, danseurs, chanteurs et musiciens s’activent en même temps. Résultat : on ne sait pas toujours de quel côté regarder.

  • Le spectacle Mad Apple réunit sur une même scène cirque, humour et musique en direct.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Le spectacle Mad Apple réunit sur une même scène cirque, humour et musique en direct.

  • Dans Mad Apple, la roue de la mort est simple et non pas double, comme c’est souvent le cas. L’effet en est moins saisissant…

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Dans Mad Apple, la roue de la mort est simple et non pas double, comme c’est souvent le cas. L’effet en est moins saisissant…

  • Avant que le spectacle ne commence, le public peut visiter les bars installés à même la scène pour se commander un cocktail.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Avant que le spectacle ne commence, le public peut visiter les bars installés à même la scène pour se commander un cocktail.

  • Cinq chanteurs et chanteuses interprètent des airs connus inspirés de la ville de New York.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Cinq chanteurs et chanteuses interprètent des airs connus inspirés de la ville de New York.

  • Jonglerie, barre russe, jeux icariens, sangles, équilibre… Les arts du cirque restent très bien représentés dans Mad Apple.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Jonglerie, barre russe, jeux icariens, sangles, équilibre… Les arts du cirque restent très bien représentés dans Mad Apple.

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La fête débute toutefois bien avant que le premier artiste ne se présente sur scène. Les spectateurs peuvent passer à l’un des trois bars installés directement sur la scène pour se commander un cocktail, servi directement dans une flasque de verre. Les bars du hall restent aussi ouverts pendant toute la durée de la représentation, et l’alcool est servi aux tables… Mad Apple se veut un cabaret pour adulte, et tout est pensé en conséquence.

« Notre volonté est d’enrichir l’expérience des spectateurs », explique Stéphane Lefebvre, nouveau président et chef de la direction du Groupe Cirque du Soleil. « Mad Apple apporte des choses complètement nouvelles, comme les bars sur scène ou encore les musiciens qui se promènent au milieu de la foule. Ça donne une couleur différente. Ce n’est pas un spectacle de cirque acrobatique. C’est un format cabaret, ce qui est différent pour nous. »

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Stéphane Lefebvre, président et chef de la direction du Groupe Cirque du Soleil

Si on est le Cirque du Soleil, il faut prendre des risques, il faut innover, sinon, ça ne marche pas.

Stéphane Lefebvre, président et chef de la direction du Groupe Cirque du Soleil

Le Cirque a déjà pris des risques qui n’ont pas rapporté par le passé. Le spectacle R.U.N en est l’exemple le plus patent, avec un maigre quatre mois à l’affiche. « Nous avons tiré des leçons de R.U.N, dit Stéphane Lefebvre. L’investissement financier est notamment moins élevé avec Mad Apple. On a produit le spectacle avec des moyens financiers moindres qu’une grande production sous chapiteau. »

Des sangles au stand-up

Lorsque le spectacle sera rodé, dans quelques mois probablement, le Cirque du Soleil souhaite pousser encore plus loin l’expérience des spectateurs en transformant la scène en piste de danse où ceux qui le désirent pourront prolonger la soirée sous la grosse pomme disco tout en miroirs.

D’ici là, Mad Apple devrait atteindre sa pleine maturité. Certains numéros pourraient être plus relevés (notamment celui de la roue de la mort, qui semble plutôt pâle en comparaison de celui de Kooza, le spectacle présenté tout l’été au Vieux-Port de Montréal). Le numéro de jonglerie qui ouvre le spectacle est aussi correct, sans être époustouflant.

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Les humoristes Harrison Greenbaum, Brad Williams et Chris Turner, croqués sur le tapis rouge avant le spectacle

Les humoristes, qui ont la lourde tâche de succéder à des numéros de groupe très dynamiques, tirent très bien leur épingle du jeu, avec leur humour sans censure qui fera ciller les oreilles les plus chastes. Brad Williams est absolument hilarant avec sa prestation pleine d’autodérision sur sa petite taille et sur les relations interraciales. Harrison Greenbaum, un peu trop survolté pour être pleinement audible, harangue le public sans ménagement. Le rappeur improvisateur Chris Turner est sans conteste le plus impressionnant du lot, avec ses raps tricotés à partir des suggestions (saugrenues) du public.

Tant que Chris Turner et Brad Williams seront du spectacle, le public est assuré de rigoler. Fort. Mais ces deux-là ne resteront pas éternellement sur la scène du New York-New York. Reste à espérer que la relève sera d’aussi grande qualité. Les créateurs promettent toutefois que la liste d’invités potentiels est déjà longue et de premier ordre. Stéphane Lefebvre aimerait quant à lui que la scène du New York-New York puisse aussi accueillir des humoristes québécois… qui maîtrisent bien évidemment la langue de Shakespeare.

Car il faut bien le dire, ceux qui se débrouillent avec un anglais approximatif vont rater la plus grande partie du plaisir que procure Mad Apple. Oui, plusieurs numéros de cirque sont spectaculaires, mais à eux seuls, ils ne détrôneront pas les spectacles déjà bien établis à Las Vegas.

Les frais de transport et d’hébergement ont été payés par le Cirque du Soleil.