« Aimons-nous quand même », a écrit Yvon Deschamps dans une de ses plus belles chansons. Samedi soir au Théâtre Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse, l’amour a triomphé de la guerre, de la maladie et de tous les soucis qui érodent depuis trop longtemps notre moral.

Publié le 15 mars
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

Guylaine Tremblay est la grande responsable de cette déferlante amoureuse. La comédienne est montée sur scène pour présenter son premier spectacle solo intitulé J’sais pas comment j’sais pas pourquoi. Entourée de quatre musiciens (sous la direction de Jean-Fernand Girard), elle a raconté avec la générosité qui la caractérise de grands pans de sa vie.

Pour ponctuer ce récit autobiographique touchant, Guylaine Tremblay a choisi d’interpréter des chansons d’Yvon Deschamps, à qui elle voue un amour véritable depuis sa plus tendre enfance. Car pas question pour la petite Guylaine, « neuf ans presque et demi », de se marier avec Pierre Lalonde ou Bruce, des Sultans. Elle va épouser Yvon Deschamps (ou le petit frère de ce dernier, au pire !) Tout était déjà décidé !

Guylaine Tremblay n’est pas chanteuse, elle le sait et elle le dit. Mais sa voix reste juste, tantôt rieuse, tantôt douce. Elle charrie juste ce qu’il faut d’émotion, sans grandes envolées. Son registre sied bien aux pièces interprétées, qu’il s’agisse de l’essentielle Aimons-nous, de Seul ou de l’incontournable Les fesses !

Mais attention ! Il ne faut pas se laisser tromper : ce n’est pas à une soirée avec Deschamps à laquelle le public est ici convié, mais bien à un tête-à-tête avec Guylaine Tremblay.

Oui, l’œuvre de l’humoriste sert de fil rouge au récit, mais sans prendre plus de place que nécessaire. C’est sur la femme de théâtre et la vedette de la télévision que sont braqués les projecteurs. L’interprète de Marie Lamontagne dans Unité 9 (pour ne nommer qu’un de ses rôles marquants !) raconte à cœur ouvert son enfance à Petite-Rivière-Saint-François, ses peines d’amour de jeune adulte, ses aspirations de comédienne, son désir de maternité… Elle parle avec affection de son père navigateur et de sa mère, qui veille sur le foyer. Elle évoque ses oncles rigolos et son petit frère Mario, qui lui sert de public pour des scènes théâtrales d’agonie où elle s’effondre dans d’atroces souffrances.

Récit universel

Sa vie est unique, mais universelle à la fois. C’est celle d’une petite fille née dans un Québec d’une certaine époque où on priait encore le soir avec des chapelets phosphorescents. Un Québec sur lequel un humoriste au rire communicatif accentuait son empreinte à chaque nouvelle blague, à chaque nouvelle chanson. Deschamps, on le réalise avec ce spectacle, a marqué à jamais sa société, mais aussi la vie intime de milliers de Québécois qui se sont découverts syndicalistes, féministes ou juste profondément humains en écoutant ses monologues. Guylaine Tremblay est sans conteste du nombre.

N’importe qui d’autre que Guylaine Tremblay qui se serait lancé dans cet exercice légèrement impudique aurait eu de fortes chances de se casser les dents. Mais la comédienne sait faire rire et émouvoir dans la même phrase. Elle sait débusquer (un peu comme son idole Deschamps) les petits riens qui donnent à la vie toute sa saveur. Elle sait raconter sa vie d’une façon qui donne du sens à la nôtre. C’est là un talent qu’on ne lui connaissait pas.

Samedi soir, on sentait une grande affection aller et venir entre la salle et la scène. Le public aime cette femme d’amour. Et on a compris aisément pourquoi en assistant à cet enveloppant tour de chant.

Consultez la page du spectacle

J’sais pas comment j’sais pas pourquoi

De Guylaine Tremblay.

Sur des chansons d’Yvon Deschamps.

Mise en scène de Michel Poirier. Direction musicale de Jean-Fernand Girard.

En tournée à travers le Québec