Les propriétaires de la salle de spectacle La Tulipe, qui depuis près de 20 ans est installée dans l’ancien théâtre des Variétés de Gilles Latulippe, avenue Papineau à Montréal, font face à une demande d’injonction qui pourrait « entraîner la fermeture des lieux sans condition », affirment-ils.

Mis à jour le 14 déc. 2021
Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

La société La Tribu a publié un communiqué en fin d’après-midi mardi, se disant « à bout de force et de ressource » devant une situation qui dure depuis deux ans, lorsque l’immeuble adjacent à La Tulipe, qui était la propriété du fils de Gilles Latulippe, a été acheté par un nouveau propriétaire.

Le communiqué explique que ces « anciens entrepôts de Gilles Latulippe, qui sont directement adjacents à la scène de la salle de spectacle », ont été transformés par le nouveau voisin « en un logement dans lequel il habite ». Mais la Ville de Montréal l’aurait « autorisé par erreur à transformer un espace commercial en espace résidentiel », souligne le communiqué.

Parce que le voisin se plaint régulièrement du bruit provenant de la salle de spectacle, La Tribu affirme avoir dépensé « une fortune en honoraires de toutes sortes pour se défendre », à la suite de « douzaines de visites de policiers, certaines accompagnées de menaces et de contraventions ».

Joint au téléphone en soirée, le grand patron de La Tribu, Claude Larivée, nous a expliqué que c’est parce que l’équipe de La Tulipe est rendue « au bout du rouleau » qu’il a décidé de prendre la parole publiquement. « Ce week-end, deux descentes de police pendant les shows de Dumas, c’est la goutte qui a fait déborder le sundae. »

Le chanteur a d’ailleurs commenté la situation sur Twitter en soirée. « 1000 $ de contravention par spectacle à La Tulipe jeudi et vendredi dernier. La police est venue taper sur l’épaule de mon sonorisateur. On a eu plusieurs contraventions lors de nos répétitions de jour également à l’automne 2021. Surréaliste ! »

Depuis près de deux ans, alors que la salle de spectacle, rappelons-le, a la plupart du temps été fermée pour cause de pandémie, c’est « presque systématiquement » que la police a été appelée, même pour « des évènements non amplifiés », même en plein jour. Les interventions sont allées du simple avertissement aux menaces et à l’amende. « Je n’ai pas le chiffre exact, mais c’est plus de deux douzaines de fois », dit Claude Larivée.

Règlement

Un règlement de la Ville stipule clairement qu’il est « interdit de changer un espace commercial en espace résidentiel tout espace adjacent à une salle de spectacle ou un bar », rappelle Claude Larivée. Et ce règlement existait lorsque la bâtisse a été achetée, il y a deux ans.

« Nous avons eu des discussions avec les gens à la Ville, autant du côté administratif que politique, et l’erreur a été admise. Une mise en demeure a été envoyée par la Ville au propriétaire, dans laquelle est évoquée cette situation. Mais le temps passe, et on fait maintenant face à une situation dont la conclusion peut être dramatique. »

La Tribu se retrouvera en effet en cour pendant la semaine du 21 décembre, face à une « demande d’injonction par rapport au bruit » dont Claude Larivée ne peut prévoir l’issue.

Surtout que les solutions ne sont pas nombreuses, puisque l’immeuble de La Tulipe est classé patrimonial par Québec, précise aussi le patron de La Tribu.

« Il ne peut avoir comme autre vocation que le spectacle. On ne peut pas devenir promoteurs, transformer ça en pharmacie ou en condo. C’est ça, l’absurdité de la situation ! C’est une salle de spectacle qui existe depuis 1913, que nous opérons depuis plus de 20 ans, et on se retrouve depuis deux ans à être coupables de diffuser de la culture. »

Claude Larivée interpelle donc publiquement la mairesse Valérie Plante et le maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Rabouin, à qui il affirme avoir déjà parlé directement de la situation. Il leur demande de « mettre fin à cet épisode kafkaïen ».

« S’il y a lieu, vous porterez l’odieux de cette fermeture due à une bévue de l’administration municipale et à votre inertie dans le dossier », dit le communiqué envoyé par La Tribu.

« Quand on parle à la Ville, on nous dit que La Tulipe est la priorité, dit Claude Larivée. Elle a repris ses démarches auprès du proprio, puisqu’il ne devrait pas être là. Mais ça n’empêche pas l’injonction de suivre son cours, et on approche de minuit. On n’a pas de nouvelles de la Ville depuis plusieurs mois. On est à bout de ressources. »

Nous n’avons pu joindre au téléphone le maire d’arrondissement Luc Rabouin, mais il a réagi sur Twitter.

« Le théâtre La Tulipe est là pour rester. La vitalité culturelle du Plateau est une richesse à préserver. Nous avons eu plusieurs échanges avec les propriétaires, et suivons de près les démarches judiciaires en cours entre les deux parties privées. Une solution émergera. »

Pendant une année « normale », c’est-à-dire sans pandémie, La Tulipe présente entre 150 et 200 évènements.