Devenir directeur artistique d’une grande compagnie de danse en pleine pandémie représente un énorme défi. Après une carrière exceptionnelle de danseur et de chorégraphe, Medhi Walerski a fait le grand saut au-dessus de l’océan et du continent pour prendre la tête du Ballet BC de Vancouver. Il présente un programme triple à Danse Danse lors de sa première visite à Montréal.

Publié le 1er déc. 2021
Mario Cloutier Collaboration spéciale

Le nouveau directeur artistique du Ballet BC, Medhi Walerski, a élu domicile sur le merveilleux campus de l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver en septembre 2020.

« Je suis arrivé en pleine pandémie. Cela représente un vrai challenge que de reprendre une compagnie dans ces conditions-là, mais on s’adapte comme tout le monde. Pour que les danseurs puissent retourner en studio, on a utilisé le protocole sanitaire des Canucks et des Whitecaps de Vancouver. On a pu continuer à bosser et faire des choses qu’on ne fait pas normalement. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le Ballet BC en répétition

La carrière de Medhi Walerski s’est d’ailleurs construite sur des collaborations exceptionnelles. Il a dansé au Ballet de l’Opéra de Paris, au Ballet du Rhin, puis, pendant plus de 10 ans, au célèbre Nederlands Dans Theater (NDT), où il a développé ses premières œuvres. La liste des chorégraphes avec qui il a œuvré donne également le tournis : Balanchine, Béjart, Jiří Kylián, William Forsythe et Ohad Naharin, entre autres.

Deuxième maison

Alors pourquoi le Canada et le froid et la neige ? lui demande-t-on.

« Ma relation avec Ballet BC existe depuis 10 ans. J’ai fait ma première création avec eux comme jeune créateur, puis trois autres par la suite. C’est ma deuxième maison »

Il y a une fusion entre nos visions artistiques puisque la compagnie a aussi repris nombre de pièces du NDT. Je suis danseur et chorégraphe avant tout. C’est une chance de diriger une compagnie qui a un momentum incroyable.

Medhi Walerski

Comme une partie de la programmation de sa prédécesseure Emily Molnar a été reportée, la prochaine saison du Ballet BC sera hybride. D’ici là, Medhi Walerski aura pu créer un spectacle où les danseurs ont aussi joué les rôles de chorégraphe, gérant et producteur. Deux pièces, qu’on verra à Montréal, ont été présentées en ligne, et la compagnie a recruté de nouveaux collaborateurs. Ses envies pour le Ballet BC prendront place peu à peu.

« Ma vision vient de mon parcours. J’ai eu la chance très tôt d’être en contact avec des chorégraphes connus et des œuvres importantes. Ce qui m’importe, c’est de développer la créativité propre à chaque artiste pour aider la compagnie à créer le plus d’œuvres possible. Je compte faire appel à des chorégraphes canadiens, de Vancouver et d’ailleurs. Je profite de ma présence à Montréal pour en rencontrer quelques-uns. »

Programme triple

Pour la présente tournée, passée à Ottawa juste avant, le directeur artistique a concocté un programme qui comprend l’une de ses œuvres phares, Garden, inspirée par le Quintette en la mineur op. 14 de Camille Saint-Saëns. Il a imaginé une chorégraphie tout en finesse sur une musique qu’il dit adorer et qui, par moments, semble émaner du corps même des interprètes.

« C’est très fluide comme pièce, très organique », note Livona Ellis qui, à 31 ans, est l’aînée des artistes de scène au Ballet BC.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Livona Ellis

Comme danseuse, on peut se laisser aller et même se perdre dans la musique qui nous transporte littéralement dans l’espace.

Livona Ellis

Elle aime le fait que sa compagnie explore tous les styles contemporains. Dans le même programme, elle prend part aussi à The Statement de la grande chorégraphe canadienne Crystal Pite, créée par le NDT l’an dernier.

« C’est exigeant, mais enthousiasmant de passer de Garden à The Statement où mon personnage doit exprimer de la culpabilité et de la frustration. Il faut l’intégrer en soi pour que le corps l’exprime par la suite. »

La Presse a pu assister à quelques enchaînements de cette pièce, soutenue par un texte percutant de Jonathon Young, où le mensonge et l’hypocrisie font s’entrechoquer quatre interprètes dans un climat de manipulation et de pouvoir.

Cette danseuse d’expérience accueille la venue de Medhi Walerski comme une bénédiction pour la compagnie en cette ère covidienne. « Son grand optimisme nous a aidés à passer au travers des derniers mois. C’est un nouveau leadership tout à fait approprié pour nous en ce moment. »

Puissance 3, du Ballet BC, est à l’affiche du Théâtre Maisonneuve du 1er au 4 décembre.

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