(Orlando) Prévue le 20 mars 2020, la première de Drawn to Life, le nouveau spectacle permanent du Cirque du Soleil à Orlando, en Floride, aura finalement lieu ce jeudi, 20 mois plus tard. Un spectacle qui est aussi la première création « post-arrêt » du Cirque, et qui marque « le début d’une nouvelle ère » pour l’entreprise, nous a dit le président et directeur général Daniel Lamarre.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

C’était soir d’avant-première, mercredi, au théâtre du Cirque du Soleil situé dans le quartier Disney Springs, alors que le spectacle était présenté devant les amis et la famille des 62 artistes et des membres de l’équipe de Drawn to Life.

Mais si la première qui aura lieu ce jeudi est un moment important et attendu, c’est toute cette période de retour à la vie et au spectacle vivant qui est chargée d’émotion pour le metteur en scène Michel Laprise (Kurios), incapable de retenir ses larmes en entrevue.

  • Famille et amis étaient invités à l’avant-première de Drawn to Life mercredi soir.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Famille et amis étaient invités à l’avant-première de Drawn to Life mercredi soir.

  • Petite famille de l’Ohio en visite à Disney, qui se promet de revenir voir le spectacle du Cirque du Soleil l’an prochain

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    Petite famille de l’Ohio en visite à Disney, qui se promet de revenir voir le spectacle du Cirque du Soleil l’an prochain

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Mais pourquoi tant d’émotion ?

C’est tellement formidable de pouvoir faire des spectacles. Il faut le dire. Et après que la vie nous l’a enlevé et redonné, ce que je ressens, c’est surtout de la gratitude. Mais si je suis si ému, c’est aussi parce que ce show, je l’aime beaucoup. Je l’aimais déjà l’an dernier, mais pas aussi viscéralement.

Michel Laprise, metteur en scène

Drawn to Life prend le relais de l’un des premiers spectacles permanents du Cirque du Soleil, le quasi mythique La Nouba, immense succès qui a été lancé en 1998 et qui a été présenté à Disney Springs pendant rien de moins que 19 ans.

Imaginé par Michel Laprise, ce nouveau spectacle est un hommage à l’animation traditionnelle de Disney et à ses pionniers, qui raconte l’histoire d’une jeune fille, Julie, qui doit terminer l’œuvre inachevée léguée par son père dessinateur.

Reprise

En 90 ans d’histoire, c’est la première fois que Disney permet à une entreprise de l’extérieur de créer un spectacle en utilisant sa propriété intellectuelle. Un peu de pression, peut-être ? « C’est une pression qui nous soulève », répond Michel Laprise, qui explique que toute cette aventure relevait plus de la rencontre entre des individus qu’entre deux entreprises. « On a eu accès à des choses incroyables. »

« C’est sûr que ça nous mettait une pression additionnelle », dit de son côté le président et directeur général du Cirque, Daniel Lamarre, joint au téléphone mardi.

Mais jusqu’à maintenant, ils sont très heureux. On parle même de peut-être un jour reproduire ce spectacle dans d’autres parcs thématiques de Disney.

Daniel Lamarre, PDG du Cirque du Soleil

Le PDG, qui assistera à la première à Orlando ce jeudi, est allé vendredi à Houston pour voir la générale d’Alegría, dont les représentations reprennent cette semaine après plus d’un an de pause. « À la fin, il y a eu une standing ovation à tout rompre. Je n’avais jamais vu ça. Les artistes étaient en pleurs sur la scène. »

En fait, la machine du Cirque du Soleil est relancée depuis la réouverture des spectacles à Las Vegas l’été dernier. La semaine prochaine, K sera le septième à reprendre le collier, et Daniel Lamarre observe une « réelle frénésie. “Nos ventes à Las Vegas dépassent 2019 en termes de retombées. Les gens veulent sortir, après être restés enfermés pendant si longtemps ».

Daniel Lamarre calcule qu’à la fin de janvier 2022, une vingtaine de spectacles du Cirque du Soleil devraient être à l’affiche. Dont Drawn to Life, qui occupe tout de même une place à part, puisque c’est sa première création depuis le début de la pandémie, et qu’il devait être présenté au moment même où tout s’est arrêté.

« C’est très symbolique, surtout qu’on avait beaucoup d’attentes pour ce spectacle. Vous allez voir jeudi, il est très différent de ce qu’on a fait jusqu’à maintenant. »

Est-ce qu’il espère qu’il durera aussi longtemps que La Nouba, qui a tenu l’affiche pendant 19 ans ? Il ne cache pas ses ambitions, même si les plus récents spectacles permanents du Cirque ont eu plus de difficulté à s’implanter. « On ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas en faire autant avec Drawn to Life. » Mais quel est le secret de la longévité d’un spectacle ? « La pertinence, et la mise à jour continuelle du contenu artistique. »

Nouvelle configuration

Dans une enceinte qui peut accueillir 1700 personnes, Drawn to Life sera présenté deux fois par jour, cinq jours par semaine, 48 semaines par année. Sur le nombre de spectateurs, la proportion de Québécois est d’environ 5 %, estime Daniel Lamarre. Pas davantage ? « Il faut regarder le volume ! Quand je parle de 5 % sur un million, c’est beaucoup de monde, quand même. »

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Vue sur le théâtre permanent du Cirque du Soleil dans le quartier de Disney Springs

On n’a pas touché à extérieur du théâtre construit il y a près de 25 ans, et qui a un peu l’aspect d’un chapiteau rigide. Par contre, une grande partie de la configuration a été refaite à l’intérieur — les fauteuils, les équipements scéniques et la scénographie –, question de s’adapter aux besoins du nouveau spectacle.

« C’est un investissement important. Mais on n’avait pas le choix de faire ces changements », dit Daniel Lamarre.

Pour Michel Laprise, qui, avec d’autres concepteurs, travaille sur son élaboration depuis 2016, Drawn to Life se démarque par la connexion entre l’histoire et les numéros. « On a travaillé très fort pour ça et je crois que c’est sa grande distinction », dit le metteur en scène, qui croit que « le spectacle devait ouvrir le 18 novembre 2021 ».

Ce dont on parle, l’héritage, tout ça, les gens sont tellement plus prêts à le recevoir. C’est vraiment un show sur l’amour.

Michel Laprise, metteur en scène

Si la pause forcée a eu un léger impact sur le spectacle — un numéro qui s’est ajouté, mais surtout des détails qui ont été peaufinés —, Michel Laprise estime surtout qu’elle a ramené d’une certaine manière le Cirque à ses débuts.

« Collectivement, on repart, et c’est une bonne chose. Tout ça n’a pas montré la faiblesse du groupe, mais ça nous a plutôt reconnectés sur sa force. Cette façon de se relever, c’est dans l’ADN du Cirque, et quand on dit que le Soleil se relève, il se relève bien. On est tous à la bonne place. Et on est chanceux d’être la première création post-arrêt. »

Daniel Lamarre, qui mise gros sur Drawn to Life, se dit « très excité » à la veille de la première.

« La reprise de tous nos spectacles, ça avait quelque chose d’émotivement très touchant, parce que ça ramenait les employés au bercail. Mais aujourd’hui, c’est le premier nouveau spectacle du nouveau cirque. Pour moi, son succès est extrêmement important. C’est clairement une nouvelle ère qui commence. »

Les frais de transport et d'hébergement ont été défrayés par le Cirque.