C’est dans l’intimité et le dépouillement que Diane Dufresne, reine de la démesure, présentera dimanche au Gesù un spectacle-causerie, à l’invitation de Coup de cœur francophone. Nous avons profité de l’occasion pour discuter avec elle.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

« Je ne suis pas Gilles Vigneault, moi. Je ne suis pas Clémence. Parler n’est pas ce que je fais de meilleur. Mais c’est un rapprochement, et c’est pour ça que ça m’attirait. »

Lorsqu’elle est remontée sur scène il y a un mois et demi pour la première fois depuis le début de la pandémie, pour présenter son spectacle symphonique à l’amphithéâtre de Trois-Rivières, Diane Dufresne a ressenti à quel point le public « était en manque » et avait besoin de communiquer.

C’est après cette soirée émouvante qu’elle a décidé d’accepter l’invitation de Coup de cœur francophone et de présenter ce « spectacle-causerie », dans lequel elle chantera, racontera des bouts de sa vie et répondra aux questions du public. « J’ai dit oui, à condition que ce soit au Gesù. »

Une première dans sa carrière, pour laquelle elle se prépare minutieusement, nous a raconté la diva lors d’une joyeuse conversation téléphonique cette semaine.

PHOTO RICHARD LANGEVIN, FOURNIE PAR COUP DE CŒUR FRANCOPHONE

Diane Dufresne et le pianiste Olivier Godin

Choisir les chansons, travailler les arrangements et les « couleurs » avec le « pianiste virtuose » Olivier Godin, qu’elle connaît bien – « On est vraiment un duo, il n’est pas juste mon accompagnateur, et dans les lectures, il y aura un côté musical aussi » –, écrire ses textes, travailler sa diction, donner un rythme, un mouvement à ce spectacle : elle ne laisse rien au hasard, comme d’habitude.

« Je m’étais dit enfin, ça va être simple… » Elle rigole. « Mais qu’est-ce qui est simple ? »

C’est un privilège d’aller vers le public de cette manière, d’être près de lui. Il n’y a pas de mise en scène, c’est moi avec un lutrin. Ce n’est pas simple, c’est dépouillé. C’est peut-être un concert-causerie, mais c’est un show pareil. Ça aurait pu s’appeler comme ça : « C’est un show pareil » !

Diane Dufresne

L’aspect lecture lui donne particulièrement du fil à retordre – « Je pensais que la dyslexie, c’était juste quand j’étais enfant… ça se peut que ce soit drôle des fois ! » –, mais elle aime bien « apprendre une discipline différente pour arriver jusqu’au public ».

Public

C’est Gilles Vigneault, un habitué de ce genre de spectacle depuis plusieurs années, qui a le premier semé l’idée en elle. « Il m’avait dit que ce serait bien pour moi, que j’avais des choses différentes à dire, que ce serait un plus. C’est ce que je m’en vais voir. »

Est-ce que ce spectacle pourrait déboucher sur une tournée ? Ce n’est pas dans les plans pour l’instant, mais elle ne dirait pas non si des invitations en ce sens lui étaient lancées.

« Si ma présence peut apporter quelque chose… Je chante beaucoup mieux que je parle, on se comprend, mais ce serait un plaisir d’aller voir les gens. »

De toute façon c’est le public qui décide, et qui a toujours décidé. « Si le public n’est pas là, je ne suis pas là. Devant une salle vide, il ne se passe pas grand-chose », dit Diane Dufresne, qui s’étonne que les billets se soient envolés aussi rapidement – une représentation a été ajoutée le 19 novembre, qui affiche complet elle aussi. On lui répond qu’on n’est pas vraiment surprise que les gens aient sauté sur l’occasion pour la voir de si près. Elle éclate de rire.

« Je suis belle de loin, mais je suis loin d’être belle ! À mon âge, de proche… Mais bon, c’est ainsi. Ce n’est pas seulement moi qui vieillis dans l’histoire de l’humanité, mais pour les femmes, c’est plus difficile. J’ai de bons maquilleurs ! »

Énergie

Se produire dans de petites salles vient avec son lot d’émotions, différentes de ce qu’on peut vivre dans un spectacle de la Saint-Jean ou à la Maison symphonique, explique Diane Dufresne.

Quand c’est près de nous, c’est comme serrer les gens dans nos bras. C’est une autre énergie, mais aussi intense.

Diane Dufresne

L’idée de la proximité lui donne par contre un certain trac. « C’est drôle ce que ça réveille en soi… Le trac, c’est une émotion. C’est pour ça que ça prend tellement de temps de répétition, même pour une petite salle. Parce que chaque personne compte ! »

Même si elle aurait aimé avoir plus de temps pour se préparer, Diane Dufresne a surtout hâte à dimanche, car même si elle se produit moins qu’avant sur scène, le plaisir de chanter demeure intact.

« J’ai le privilège d’être encore en forme pour chanter. La voix pourrait avoir des vibratos dedans, mais elle est toujours présente, plus grave, plus ronde… Plus jeune, je chantais plus haut parce que j’avais une énergie incroyable ! »

Bien sûr, cette énergie n’est plus la même à 77 ans. Mais elle estime qu’elle chante « mieux qu’avant », et est convaincue d’avoir maintenant « une tête beaucoup plus flyée ».

C’est pour ça que je fais des lectures. La vieillesse permet ça. T’as du millage, et les gens qui viennent, ils savent qu’à travers ça, c’est toute ta vie. Que tes rides sont aussi dans ta voix, mais que c’est une qualité.

Diane Dufresne

Pour la suite, Diane Dufresne attend les propositions, ne sait pas encore si elle refera son spectacle symphonique, a des envies de jazz et « plein d’idées pour de la musique », a profité de la pandémie pour écrire beaucoup et faire avancer des projets. Mais pour l’instant, elle se fait un plaisir d’aller parler aux gens.

« Je ne suis pas une bouée, mais pendant cette période, chacun fait ce qui lui semble meilleur pour les autres. » À sa manière donc, et en n’ayant pas peur du risque – « c’est vrai, je pourrais me casser la margoulette » –, la diva descendra de son piédestal pour venir prendre le public dans ses bras. « C’est ma façon d’être près des gens. »