Roch Voisine vient de lancer sa tournée Americana, dans un format allégé peut-être, mais joyeux et réconfortant. Nous l’avons suivi jeudi soir lors de son passage à la salle André-Mathieu, à Laval.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

La préparation

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Roch Voisine en répétition avant le spectacle

Fin d’après-midi jeudi, Roch Voisine répète avec ses musiciens. Le chanteur et guitariste a donné ici et là quelques spectacles pendant la pandémie, mais la tournée Americana Light, composée de chansons tirées du Great American Songbook et inspirée d’une série de trois albums qu’il a lancés au début des années 2010, a véritablement commencé il y a un mois. Une fois le test de son terminé, le chanteur va normalement manger avec son équipe, mais petite exception jeudi, on se retrouve au restaurant pour une entrevue avant le spectacle. « Même quand on passe deux ou trois jours au même endroit, il y a un soundcheck pareil à 17 h, et on soupe ensemble après. C’est important de se rassembler, de se mettre dans l’ambiance. Je suis un ancien sportif, je crois à la préparation mentale », dit-il en se commandant un plat de viande, question de se faire une réserve d’énergie pour la soirée, et un verre de vin. « Nana Mouskouri m’a appris qu’une gorgée de vin avant un spectacle, ça dégage la voix. »

Le retour

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Un spectacle peut-être allégé, mais pas en nombre de guitares

La majorité des représentations à l’horaire de Roch Voisine dans les mois à venir partout au Québec devaient avoir lieu il y a plus d’un an. Mais elles ont toutes été reportées à cet automne, à l’hiver et au printemps à cause de la pandémie. Par contre, le spectacle ne ressemble pas à ce qui était prévu initialement, c’est-à-dire le retour de la tournée Americana 10 ans plus tard – un album était d’ailleurs sorti en 2019 –, électrique et à grand déploiement, avec écrans géants et tout. Le chanteur et son équipe ont plutôt opté pour une version acoustique plus légère, question de ne pas se « mettre à la rue » si tout s’arrêtait de nouveau, ou si des restrictions sur le nombre de spectateurs étaient de nouveau imposées.

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Roch Voisine en répétition

C’est l’fun de parler d’art, mais il y a aussi la dure réalité, surtout en temps de pandémie. Cette réalité c’est : est-ce que la mathématique marche ? Parce que sinon, honnêtement, tu fais faillite.

Roch Voisine

Mais même dans ces conditions, ajoute-t-il, il est possible de faire quelque chose d’intéressant artistiquement.

« Une fois que tu décides de travailler dans cette réalité-là, tu t’investis à 150 %. On oublie ça et on recommence. Sinon, ça ne vaut pas la peine, autant fermer la shop. Il faut faire tripper le monde et tripper nous-mêmes. » Entouré de cinq musiciens-choristes, sans batteur, il a ainsi pensé un spectacle plus « folky, plus californien ». « C’est comme une fresque. J’ai monté le show comme une programmation musicale, une peinture. »

Avant le spectacle

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Dans la loge avant le spectacle, en conversation avec son équipe

Après le souper, retour dans les loges avant le spectacle. Roch Voisine se change, se fait maquiller et coiffer. Tout le monde jase, l’ambiance est tranquille et conviviale. Outre les musiciens, des membres de son équipe rapprochée sont là aussi. Le chanteur écoute, sourit, s’isole parfois : il y a toujours un petit stress avant de monter sur scène, admet-il. « Surtout en début de tournée, je ne suis pas sûr de la réaction des gens. Le premier soir à Saint-Eustache il y a un mois, j’avais peur que le monde se dise : “Ouin, c’est pas à ça que je m’attendais, c’est bon, mais…” Il n’y a rien de pire que ça ! Mais la réponse a été immédiate, les gens entrent dans le jeu et sont contents. Je suis rassuré. »

La tournée

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Juste avant le spectacle, on trinque légèrement.

Dix minutes à peine avant de passer du côté de la lumière, on trinque en équipe. Ce sont de petites retrouvailles après deux semaines, car Roch Voisine revient de quelques spectacles en Abitibi en formule trio. « C’était complètement un autre show, alors qu’on venait juste de monter celui-là ! Disons que ce n’est jamais plate. It keeps you on your toes, comme on dit. » En fait, le chanteur, qui a un bon sens des affaires, s’adapte simplement à la demande en variant l’offre. Il ira en France en novembre et en mars pour présenter son spectacle Roch Acoustic avec ses propres chansons – tournée aussi reportée par la pandémie –, prévoit un nouveau show pour les festivals l’été prochain, fera une version d’Americana pour le Canada anglais à l’automne 2022, et une autre pour la France en 2023.

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Roch Voisine

C’est ainsi que celui qui a vendu des millions de disques en carrière réussit à s’adapter aux nouvelles réalités du monde de la musique. « So far so good », laisse-t-il tomber. Il n’a d’ailleurs pas l’intention de faire de nouvel album de chansons originales pour l’instant. « Pourquoi faire ? Les gens n’en achètent plus. On ne peut plus faire comme avant. Je vais sortir les chansons une à la fois. On va être intelligent. Par exemple, j’ai un truc qui arrive pour Noël. C’est une manière différente de travailler, mais qui marche depuis une dizaine d’années. On réussit à être actif et présent. »

Le spectacle

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Sur scène, pendant la première chanson

À 20 h et des poussières, le rideau s’ouvre et le début du spectacle donne le ton à ce qui va suivre. Debout en rang face au public, Roch Voisine interprète en chœur avec ses musiciens Seven Bridges Road, des Eagles, California Dreamin’ de The Mamas and the Papas, et Mrs. Robinson de Simon and Garfunkel. C’est chaleureux, mais surtout sans prétention.

  • Une scène dépouillée à la salle André-Mathieu de Laval

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    Une scène dépouillée à la salle André-Mathieu de Laval

  • Un public attentif

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    Un public attentif

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« C’est un gros show pareil même s’il n’y a pas de batteur, nous expliquait d’ailleurs Roch Voisine avant le spectacle. Ça amène ailleurs dans les arrangements et les présentations. J’aime les choses un peu recherchées. » C’est en effet à la fois classique et élégant, et même si la scène est dépouillée, les éclairages sont quand même élaborés et les ambiances se transforment. Roch Voisine sentait aussi que le public, au bout de 18 mois de pandémie, aurait besoin d’un spectacle réconfortant. « Oui, c’est un bon timing. Il faut toujours être conscient d’à qui tu vas parler, de comment les gens vont s’identifier. Je ne suis pas le genre d’artiste qui se dit je vais faire ce que je veux et ils suivront. Je suis privilégié. Les gens se déplacent, ils dépensent pour venir me voir… et ils ne sont pas obligés. Quand je les vois, je me pince chaque fois. Ça vaut la peine de se forcer ! Le nombrilisme, ça n’existe pas dans une carrière de 35-40 ans. »

Les chansons

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Roch Voisine jeudi soir à la salle André-Mathieu

« Tu vas voir, il y a un gros bout où tu as l’impression d’être dans la cuisine musicalement. C’est relax, on est bien », nous avait dit Roch Voisine à propos de son spectacle. C’est vrai qu’avec l’absence de batteur, les nombreuses harmonies vocales et le chanteur, souvent assis sur un tabouret, qui raconte de courtes et sympathiques anecdotes, l’intimité se crée rapidement. Et il y a aussi le répertoire, tellement ancré profondément dans les mémoires, qui suscite des exclamations du public quasiment à chaque nouvelle chanson : Crazy, Suspicious Mind, Free Fallin’, Heart of Gold, Ring of Fire, Take Me Home Country Roads, que Roch Voisine fredonnait dans les loges avant le spectacle, Mille après mille, entonnée avec entrain par toute la salle.

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Roch Voisine jeudi soir à la salle André-Mathieu

En tout, 22 classiques, que le chanteur interprète de sa voix très douce et chaleureuse, appuyé par un groupe très solide : Jean-Sébastien Baciu à la basse et à la direction musicale, Olivier Laroche à la guitare, Eric Lawrence au banjo et autres dobro, Eric Sauvé au clavier et Marie-Andrée Robichaud comme choriste. Jeudi soir, le tout qui s’est terminé avec une apparition surprise de Bruno Pelletier comme batteur sur Pretty Woman et Jonnhy B. Goode, de quoi accrocher un sourire sur tous les visages. « Eh que ça fait du bien. Trouvez-vous que ça fait du bien ? », répétait notre voisine aux spectateurs qui passaient près d’elle en sortant de la salle. En effet. Et on se doute que c’était le but.

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