Avec une température estivale et les grooves irrésistibles de Steve Hill et de The Brooks, le Festival international de jazz de Montréal a repris tous ses droits ou presque vendredi soir, comme si on était en plein mois de juillet. Retour sur une soirée endiablée.

Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage La Presse

C’est nul autre que Laurent Saulnier, grand manitou du Festival de jazz, qui est monté sur la scène pour présenter The Brooks, juste avant que les neuf musiciens n’arrivent sur la scène Rio Tinto. La table était mise : « Ce soir, on se fait un estie de party avec le meilleur band funk en ville ! »

Le chanteur Alan Prater ne s’est pas fait prier. « On va faire la fête comme on le faisait avant, et on va le faire comme on le fera dans le futur, a-t-il lancé dès le début du spectacle. Et le futur, c’est maintenant ! »

Il a donc fallu se rendre dans la foule pour vérifier à quel point les gens avaient le goût de répondre à l’appel. Malgré les zones bien délimitées, le nombre restreint de spectateurs et une certaine retenue de convenance, l’ambiance était belle à voir. « Je suis comme un animal sauvage enfin sorti de sa cage, je peux danser, bouger, prendre l’air avec des gens et ça fait du bien », s’est exclamée Marie Lallemand, 22 ans, qui avait vu la veille son premier spectacle depuis le début de la pandémie.

  • Le meneur de The Brooks, Alan Prater

    PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

    Le meneur de The Brooks, Alan Prater

  • The Brooks au Festival de jazz de Montréal

    PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

    The Brooks au Festival de jazz de Montréal

  • La foule au spectacle de The Brooks au Festival de jazz de Montréal

    PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

    La foule au spectacle de The Brooks au Festival de jazz de Montréal

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Évidemment, le mérite revient tout entier à The Brooks, qui a réussi à transposer sur scène la musique de ses excellents albums, mené non seulement par le charismatique Alan Prater — il s’est même permis d’aller faire quelques égoportraits dans la foule ! —, mais aussi par une section rythmique aiguillée par le bassiste Alexandre Lapointe — son riff meurtrier sur Gameplay est purement et simplement irrésistible.

Le nonette sait aussi mettre en lumière le talent de tous les musiciens du groupe, comme en fait foi l’incroyable solo de trompette de David Carbonneau sur So Hard, une pièce d’anthologie, très jazz d’ailleurs.

Quant à la finale Zender (The MTL), elle était tout indiquée pour à la fois remercier le public montréalais et faire durer le plaisir, la section de cuivres du groupe étant bonifiée par ce qui pouvait s’apparenter à un corps militaire venu s’installer à l’avant-scène pendant que les musiciens remerciaient la foule pour la si belle soirée. Parce que ce fut en effet une belle soirée.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Steve Hill and The Devil Horns

Steve Hill and The Devil Horns

Il y a 10 ans déjà, Steve Hill faisait le pari de faire cavalier seul, assurant lui-même la rythmique avec ses pieds et le manche de sa guitare. Vendredi, il s’agissait du baptême montréalais de sa formule « one-man band plus plus », dixit le guitariste de Trois-Rivières. Il partageait ainsi la scène avec Dimitri LeBel-Alexandre au pedal steel (parfois à la basse) ainsi qu’avec les Devil Horns — Blaise Margail au trombone, Jacques Kuba Séguin à la trompette et Mario Allard au saxophone baryton.

Sans rien enlever à l’impressionnant travail de Hill, qui arrive à jouer de la caisse claire, du hit-hat et des cymbales ainsi qu’à battre la mesure à la grosse caisse, la section de cuivres apporte un encadrement rythmique qui ajoute un sérieux tonus à l’ensemble, sans compter des arrangements autrement impossibles.

C’était surtout perceptible sur Never Is Such a Long Time, qui s’est par ailleurs achevée avec un solo franchement inventif du guitar hero, qui était manifestement heureux de jouer devant une foule réceptive et très diversifiée — des festivaliers de tous âges s’étaient réunis sous les arbres de la belle scène Rio Tinto.

Le spectacle s’est conclu avec une version musclée de Gotta Be Strong, titre de l’acoustique Desert Storm, ainsi qu’avec ses succès Dangerous et The Collector. Le solo de Hill sur Dangerous valait à lui seul le détour, il suffisait de voir le guitariste tordre ses cordes pour sortir de folles sonorités pour se convaincre qu’il n’a jamais cessé d’approfondir la maîtrise de son art. On a même eu en prime quelques notes de la mythique Whole Lotta Love — pourquoi ne pas se faire plaisir ?

Seul bémol, le pedal steel de LeBel-Alexandre pourrait certainement être utilisé à meilleur escient ; les quelques harmonies perçues vendredi étaient habiles, mais beaucoup trop rares, ou trop faibles dans la balance sonore.

Rectificatif
Contrairement à l’information contenue dans la version originale du texte parue le 18 septembre, le trompettiste du groupe The Brooks est David Carbonneau. Il a remplacé Hichem Khalfa en 2020.