Veau, vache, cochon, couvée… C’est toute une ménagerie que le Cirque Alfonse a conviée sur scène pour sa plus récente création, Animal, jouissif party agricole où la musique et la théâtralité l’emportent sur les prouesses acrobatiques.

Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

Après avoir jonglé avec des haches dans Timber et revisité l’héritage religieux du Québec dans Tabarnak, la troupe circassienne de Lanaudière a décidé de planter le décor de son nouveau spectacle à la ferme. Mieux encore, la gang du Cirque Alfonse a choisi d’articuler ses numéros autour d’un personnage de gentleman-farmer interprété avec bonhomie par le patriarche du clan, Alain Carabinier, 74 ans et l’œil toujours étincelant.

Qu’il grimpe au sommet d’un haut mât porté par son fils Antoine – et ce, sans harnais ni filet de sécurité – ou qu’il mate en souriant un taureau (mécanique, on s’entend), Alain Carabinier rappelle par sa seule présence que le cirque n’est pas forcément qu’une affaire de muscles et de corps parfaitement contrôlé.

La folie, l’audace créative et les liens tissés serré au fil des années peuvent être des ingrédients tout aussi importants. Et c’est sur ces derniers que le Cirque Alfonse a choisi de miser avec Animal.

Ici, la folie passe beaucoup par la musique, qui prend une place majeure dans le spectacle. Revisitée par les musiciens David Simard, Josianne Laporte et Guillaume Turcotte, la musique traditionnelle (et ses chansons à répondre) se transforme en irrésistible et parfois improbable funk du terroir où se côtoient banjo et tuba.

Humour et poésie

PHOTO BERTRAND EXERTIER, FOURNIE PAR MONTRÉAL COMPLÈTEMENT CIRQUE

Animal est campé dans un univers agricole déjanté.

Dans cet univers déjanté, les cinq acrobates se métamorphosent en chanteurs, danseurs, marionnettistes. Les accessoires les plus incongrus – bidons de lait, cloches à vache, roue de tracteur et brouettes – deviennent la base de tableaux humoristiques ou poétiques, dont plusieurs duos acrobatiques (celui composé par Julie Carabinier Lépine et Justine Méthé-Crozat est particulièrement réussi). Les jeux icariens (où un porteur fait virevolter le voltigeur avec ses pieds) ont de quoi impressionner. Les numéros de manipulation sont aussi légion : on se lance des fourches pointues, on jongle avec des œufs crus, on danse avec des seaux remplis de grains…

À défaut de clouer les spectateurs sur leur siège avec des performances de haut niveau qui donnent des sueurs froides, cette création (présentée à Montréal en première mondiale) propose de nombreux numéros qui font sourire, des clins d’œil complices au public et des fous rires à peine contenus des acrobates.

Les artistes affichent un plaisir manifeste à remonter sur scène après cette fichue pandémie et le public, lui, est vite conquis par leur contagieuse énergie.

Non, tout n’est pas rodé au millimètre près. Oui, il y a des faux pas et quelques ratés. Mais l’ADN du Cirque Alfonse a toujours été de privilégier l’authenticité plutôt que la perfection acrobatique. Et Animal en est sans doute l’exemple le plus probant. C’est aussi, il faut le noter, le spectacle de la troupe qui conviendra le plus à un jeune public.

Après Montréal, cette création sera présentée aux Îles-de-la-Madeleine, puis à Joliette, avant de partir en tournée, dès que la pandémie le permettra.

Animal du Cirque Alfonse

Dans le cadre du festival Montréal Complètement Cirque.

À la TOHU., Jusqu’au 11 juillet.

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