Un humoriste visé l’an dernier par des allégations d’infractions sexuelles sur les réseaux sociaux réclame 120 000 $ en diffamation à ses dénonciateurs pour avoir ruiné sa carrière. Alexandre Douville leur reproche de l’avoir dépeint comme un « prédateur sexuel » dans le but de se faire « justice » eux-mêmes.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

L’humoriste déchu accuse Sébastien St-Germain d’avoir diffusé sur Facebook en juillet 2020 une publication dénonçant son « comportement de prédateur », puis d’en avoir encouragé le partage auprès de ses amis. Cette publication a mené aux témoignages de quatre personnes, dont Janie Côté et Mélodie Danis, les deux seules femmes visées par la poursuite.

Ces publications s’inscrivaient l’été dernier dans un contexte sociétal de dénonciations, alors que la liste controversée de dénonciations anonymes de personnalités publiques « Dis son nom » était au cœur de l’actualité.

L’auteur humoristique affirme que ces témoignages ont eu un « effet dévastateur » sur sa carrière, au point d’avoir dû abandonner toute idée de mener une « carrière publique » en humour. « L’atteinte à sa réputation […] constitue une tache presque impossible à enlever pour toute personne œuvrant dans le domaine du spectacle », fait-il valoir dans la requête.

Connu pour son humour décapant, Alex Douville abordait notamment la « culture du viol » et la « rectitude politique » dans son récent spectacle. Il avait été consacré révélation du festival Juste pour rire en 2017.

Les témoignages publiés sur Facebook décrivent toutefois de troublantes situations. Ainsi, une femme soutient avoir reçu une photo non désirée du pénis d’Alex Douville. Dans un message texte publié sur Facebook et mis en preuve dans la poursuite, « Alexandre » écrit avoir reçu une « plainte à jpr pour le dick pic ». « JPR » réfère possiblement au festival Juste pour rire. L’homme ajoute devoir bloquer « tout lien possible avec quiconque ayant reçu un dick de [sa] part ». « Désolé si ça t’as traumatisé », conclut-il.

Dans une autre publication sur les réseaux sociaux, une femme relate avec moult détails explicites des relations sexuelles qui n’auraient pas été tout à fait consensuelles. Elle évoque avoir vécu des « atrocités » et avoir reçu des « menaces ». Elle allègue dans ce message anonyme qu’Alexandre Douville la menaçait de publier des vidéos intimes si elle ne « continuait pas d’être sa salope de service ». Des allégations qui n’ont pu être confirmées par La Presse.

« Les propos de [Janie Côté] dépeignent le demandeur en pervers sexuel, en harceleur et en abuseur, bref, le demandeur était dépeint comme devant être dénoncé sur la place publique pour l’humilier, voire chercher à lui nuire dans le cadre de ‟Dis.son.nom” », soutient-il dans une poursuite rendue publique lundi au palais de justice de Montréal.

Dans une lettre déposée en preuve, l’avocat de Mme Côté affirmait en janvier 2021 avoir l’intention de poursuivre à son tour Alexandre Douville en dommages. « Janie Côté figure effectivement parmi ses victimes d’agressions sexuelles dans le milieu de l’humour, agressions ayant eu un impact dévastateur sur sa vie », écrit MMark Phillips dans une réponse à une mise en demeure. L’avocat n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Alexandre Douville reproche à Mélodie Danis d’avoir publié sur Facebook des messages textes « où il y est fait état de séquestration pouvant être perpétrée par le demandeur ». « Cette façon de dépeindre le demandeur sous un jour pervers est également diffamatoire et participe au désir d’humilier le demandeur sur la place publique des réseaux sociaux », allègue-t-on dans la requête.

L’humoriste réclame ainsi 119 275 $, dont la moitié en pertes de revenus pour 19 spectacles, et 30 000 $ en dommages moraux pour atteinte à la réputation. Il évoque son « repli sur soi », ses « pertes de sommeil, d’appétit et des frustrations » à la suite de la publication des témoignages. Il réclame aussi la publication d’une lettre d’excuses sur Facebook.

Ce n’est pas la première fois qu’Alex Douville aurait été visé par des allégations anonymes d’inconduites sexuelles. Dans une entrevue au Journal de Montréal en janvier 2020, il disait s’être retrouvé « carrément sur le bord de la rue » à la suite d’une lettre anonyme en 2019.

« M. Douville préfère s’abstenir de tout commentaire par respect pour le processus judiciaire », a indiqué son avocate, MCamille Bolté. Sébastien St-Germain n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.