Ex-danseur désormais à la tête de l’agence qui porte son nom, Mickaël Spinnhirny a trouvé au cœur de la pandémie une façon de faire travailler deux danseurs et quatre chorégraphes. Véritable effort collectif créatif, La question des fleurs montre que des obstacles peuvent naître de nouveaux possibles, à la manière d’une fleur qui perce le bitume.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Mars 2020. Un virus nommé COVID-19 chamboule nos vies. À la tête de l’Agence Mickaël Spinnhirny qu’il a cofondée il y a trois ans avec Lydie Revez, Mickaël Spinnhirny doit annuler pas moins de 250 spectacles des 45 compagnies et artistes qu’il représente, dont les Ballets jazz de Montréal, Compagnie Virginie Brunelle et Le Patin libre.

Plutôt que de rester les bras croisés, l’agent y voit une occasion à saisir. Mais comment penser un nouveau projet, alors que les restrictions sont à leur maximum, empêchant les artistes de travailler en studio ? Voilà un nœud que l’ex-danseur, qui a évolué une décennie avec Cas Public avant de prendre sa retraite de la scène et de lancer son agence, s’est mis en tête de démêler.

Un soir du printemps 2020, en sortant d’une réunion Zoom où « tout le monde était démoralisé », M. Spinnhirny et sa partenaire ont soudainement eu l’idée de demander à quatre chorégraphes représentés par l’agence — soit Andrea Peña, Christophe Garcia, Ismaël Mouaraki et Dominique Porte — de créer chacun un segment avec le couple de danseurs formé de Daphnée Laurendeau et de Danny Morissette, qui était jusqu’à récemment avec la compagnie Cas Public.

Cette « idée de travailler avec un couple qui peut se toucher, qui peut nous permettre de montrer des choses devenues taboues sur scène » a semblé porteuse pour l’agent — et pour tout ce beau monde, car tous ont accepté immédiatement d’y participer.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Ce projet est un manifeste pour la liberté artistique. Comment à partir de contraintes, peut-on créer ? Comment à partir de ce qu’on nous interdit de faire, peut-on trouver des solutions ? C’est ce qu’on a voulu questionner.

Mickaël Spinnhirny

Les deux interprètes en étaient à un tournant de leur carrière lorsque leur agent leur a proposé ce projet singulier ; la première voulait prendre sa retraite (elle s’est depuis jointe à l’agence comme chargée de production), et le deuxième désirait devenir artiste indépendant.

Cette proposition est tombée à point pour eux. « Ce spectacle, on l’a vu comme un hommage au couple. De pouvoir danser comme couple sur scène, c’était une grande chance, surtout en pleine pandémie, alors que tout le monde est à l’arrêt. Ce sera le plus beau des souvenirs », lance Danny Morissette.

D’abord dans son appartement, avec des installations de fortune, le duo a travaillé par Zoom avec le chorégraphe Christophe Garcia, qui vit en France, puis dans des parcs et en studio avec les trois autres chorégraphes lorsque les mesures sanitaires ont été assouplies. « On s’est rendu compte qu’il y avait vraiment moins de barrières qu’on pensait », remarque Daphnée Laurendeau.

  • Les interprètes Daphnée Laurendeau et Danny Morissette en répétition pour la pièce La question des fleurs

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

    Les interprètes Daphnée Laurendeau et Danny Morissette en répétition pour la pièce La question des fleurs

  • Les interprètes Daphnée Laurendeau et Danny Morissette en répétition pour la pièce La question des fleurs

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    Les interprètes Daphnée Laurendeau et Danny Morissette en répétition pour la pièce La question des fleurs

  • Les interprètes Daphnée Laurendeau et Danny Morissette en répétition pour la pièce La question des fleurs

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    Les interprètes Daphnée Laurendeau et Danny Morissette en répétition pour la pièce La question des fleurs

  • Les interprètes Daphnée Laurendeau et Danny Morissette en répétition pour la pièce La question des fleurs

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    Les interprètes Daphnée Laurendeau et Danny Morissette en répétition pour la pièce La question des fleurs

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Si les créateurs ont tous eu carte blanche pour ce projet, M. Spinnhirny est sorti de son rôle d’agent, apportant un regard extérieur afin d’aider la proposition à se tenir, malgré les styles distinctifs de chaque chorégraphe : la danse urbaine pour Mouaraki, le style plus théâtral et poétique de Porte, le romantique exacerbé de Garcia et l’approche très physique et contemporaine de Peña.

« Le fait de pouvoir les suivre tout au long du processus créatif, ça a créé des affinités, nous a permis d’imaginer une nouvelle façon de travailler. C’est aussi un exercice de style pour les interprètes. Cette période suspendue a laissé beaucoup de place à la créativité. Essayer des nouvelles choses en laboratoire, c’était inespéré pour les arts de la scène », juge l’ex-danseur.

Offrir des fleurs

Le joli titre de l’œuvre a été inspiré par un texte de Dominique Porte, qui se demandait simplement si « on peut encore offrir des fleurs à quelqu’un aujourd’hui », alors que tout contact physique semble devenu prohibé. « Comment arriver à passer outre ces gestes barrières ? C’est comme un bouquet en quelque sorte qu’on offre au public, pour le retrouver », résume M. Spinnhirny.

Présenté en première à Sherbrooke en novembre, La question des fleurs a ensuite tourné dans 22 villes québécoises situées en zone orange, et sera finalement diffusé à Montréal dès ce mardi soir, à l’Agora de la danse, partenaire du projet depuis le jour un, précise M. Spinnhirny.

Le jeune retraité aura même l’occasion de renouer avec la scène, car une graine a germé dans le ventre de Daphnée Laurendeau depuis le début de ce projet pour le moins fertile. Enceinte de quelques mois, cette dernière ne peut donc pas interpréter le segment très physique d’Andrea Peña pour des raisons de sécurité. C’est donc l’agent qui prend le relais. « C’est hyper stimulant de pouvoir revenir sur scène en dansant l’écriture d’une artiste que je défends. C’est passionnant ! », conclut-il.

La question des fleurs est présenté jusqu’au 8 mai à l’Agora de la danse, puis en webdiffusion du 14 au 21 mai.