Plus d’un an après avoir annulé ses 44 spectacles en raison de la crise sanitaire – dont ses six spectacles permanents de Las Vegas –, le Cirque du Soleil annonce son retour progressif sur la Strip l’été prochain, première étape d’une remise à l’eau de sa flotte. La Presse a discuté de ce retour avec son président, Daniel Lamarre.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Daniel Lamarre était « immensément heureux » en évoquant le retour prochain du Cirque, qui a traversé la pire tempête de son existence depuis un an. « Je suis le capitaine qui est resté sur le bateau… », rappelle celui qui rend désormais des comptes au C.A. du nouveau groupe propriétaire : la firme torontoise Catalyst Capital.

« Quand j’ai fait l’annonce [mercredi] matin aux employés, a-t-il confié à La Presse, il y avait beaucoup d’émotivité et de larmes sur Zoom. J’attendais depuis plus de 400 jours cette journée, alors on est très contents de ce qui se passe et j’ai très hâte de me retrouver dans un théâtre et de voir nos spectacles. »

Le retour du Cirque passait obligatoirement par Las Vegas. Ces spectacles permanents ont maintenu au fil des ans des taux d’occupation impressionnants. À part quelques rares couacs – Viva Elvis ou, plus récemment, R.U.N. –, le public a toujours répondu présent. Daniel Lamarre nous le confirme, environ 50 % des profits de la compagnie venaient de Las Vegas.

Un an après avoir été mis hors service, Mystère et O, les deux plus vieux spectacles du Cirque à Vegas, créés dans les années 90 par le tandem Franco Dragone–Gilles Ste-Croix, seront donc relancés cette année.

« Il faut comprendre qu’aux États-Unis, on vaccine à un rythme exponentiel en ce moment, tant et si bien qu’entre aujourd’hui et l’ouverture de notre premier spectacle, fin juin, il y aura tout près de 80 % de la population de Las Vegas qui aura été vaccinée. »

Et je veux préciser que tous nos employés et tous les employés de MGM seront vaccinés. Donc, c’est dans un environnement très sécuritaire qu’on va reprendre nos spectacles.

Daniel Lamarre, président du Cirque du Soleil

Autre argument invoqué par Daniel Lamarre : l’afflux de touristes vers Las Vegas depuis quelques semaines.

« À mesure que les Américains sont vaccinés, ils veulent voyager, mais ils n’ont aucun endroit où aller ! Las Vegas et Orlando sont donc devenus des destinations très prisées, précise le président et chef de la direction du Cirque. Il faut dire aussi que le gouverneur du Nevada a annoncé la semaine dernière que toutes les restrictions [sanitaires] seraient levées à partir du 1er juin, ce qui veut dire qu’on va pouvoir présenter nos spectacles à pleine capacité. »

PHOTO TOMASZ ROSSA, FOURNIE PAR LE CIRQUE DU SOLEIL

O rouvrira au Bellagio le 1er juillet.

Ouverture le 28 juin

L’équipe de Mystère – premier spectacle du Cirque à Vegas, créé en 1993 ! – remontera ainsi sur la scène de l’hôtel-casino Treasure Island dès le 28 juin, tandis qu’O, au cœur duquel se trouve un immense bassin d’eau, rouvrira le 1er juillet au Bellagio, où il est présenté depuis 23 ans. On parle de l’embauche d’environ 300 employés pour ces deux spectacles, qui s’ajouteront aux 200 employés actuels (qui sont principalement à Montréal).

Pourquoi avoir choisi ces deux-là pour redémarrer la machine ? « C’est très symbolique pour nous, répond Daniel Lamarre. C’était ce qui était le plus facile à justifier, d’ouvrir ces deux spectacles iconiques, qui ont marqué l’histoire du Cirque et de Las Vegas. Je le vois par la réaction des gens, je pense que tout le monde a apprécié qu’on ait fait ce choix-là. »

Les autres spectacles permanents du Cirque à Vegas ne tarderont pas à reprendre l’affiche, assure Daniel Lamarre. La reprise de Love (au Mirage) est prévue fin juillet, celle de Michael Jackson One (au Mandalay Bay) en septembre, celle de (au MGM Grand) en octobre.

Pour chaque spectacle qu’on crée, on peut calculer l’embauche d’environ 200 employés, dont 150 sur les lieux de présentation du spectacle.

Daniel Lamarre, président du Cirque du Soleil

Zumanity, on s’en souvient, a été arrêté définitivement en novembre. Il sera remplacé par un nouveau spectacle (au New York New York) qui sera annoncé dans les prochains mois, nous a assuré M. Lamarre. Le Blue Man Group, acquis par le Cirque en 2019, sera quant à lui de retour au théâtre de l’hôtel-casino Luxor dès le 24 juin.

Un autre spectacle permanent du Cirque reprendra à l’automne. Il s’agit de l’hommage à Disney – Drawn to Life – à Orlando, mis en scène par Michel Laprise. Des spectacles qui s’ajoutent à ceux de Hangzhou en Chine (Un monde fantastique) et de Playa del Carmen au Mexique (Joya), qui ont repris respectivement en juin et en septembre de l’an dernier.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Luzia a été programmé à Londres en janvier 2022.

Et les spectacles de tournée ?

Deux spectacles de tournées reprendront également du service. Il s’agit de Koozå, de David Shiner, qui sera présenté sous son grand chapiteau à Punta Cana en République dominicaine au mois de novembre, et de Luzia, spectacle hommage au Mexique créé par Daniele Finzi Pasca et Brigitte Poupart, qui sera présenté au Royal Albert Hall de Londres à partir du 12 janvier 2022.

En fait, on suit le vaccin. C’est pour ça qu’on va à Londres avec Luzia, parce qu’en Angleterre aussi la vaccination augmente de façon exponentielle, donc on s’attend à avoir des conditions idéales là-bas, et puis en novembre à Punta Cana, parce que la pandémie a eu relativement peu d’impact là-bas.

Daniel Lamarre, président du Cirque du Soleil

Une chose est sûre, insiste Daniel Lamarre, à court terme, les tournées seront centrées sur les États-Unis.

« Étant donné la distribution de vaccins aux États-Unis, c’est certain qu’on va de façon exceptionnelle diriger plus de spectacles de tournée vers les États-Unis en 2022. On revoit donc notre plan de redéploiement, mais on aimerait lancer trois ou quatre spectacles additionnels. »

D’ici la fin de 2022, le Cirque aimerait avoir 10 spectacles de tournée sur la route. « C’est sûr que la nouvelle administration a une approche plus prudente, nous dit Daniel Lamarre. Dans le contexte économique actuel, il va falloir produire à un rythme plus raisonnable. »

Est-ce que le Cirque a eu de la difficulté à recruter des artistes de cirque pour relancer ses spectacles ? « La grande bonne nouvelle, c’est qu’on a investi beaucoup de temps pour rester en communication avec nos artistes, et lorsqu’on a fait une recherche il y a un mois, 95 % d’entre eux étaient prêts à revenir. Sincèrement, je m’attendais à un pourcentage beaucoup plus bas, donc je suis vraiment heureux. »