Premier spectacle solo de l’acteur-auteur Mathieu Gosselin (J’aime Hydro), Gros Gars est un objet théâtral baroque, à mi-chemin entre la performance, le récital de poésie, le spoken word et le DJ-set. Si l’entreprise est louable, le résultat nous laisse un peu sur notre faim.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Au lever du rideau, le comédien accueille le public dans son antre low-tech. Un décor de bric-à-brac où l’on trouve pêle-mêle des caisses de lait, des t-shirts et des chandails accrochés à leur cintre, des 33 tours et des platines de tourne-disques. La musique est très présente dans ce spectacle de 75 minutes, présenté devant une jauge réduite de moins de 30 spectateurs à La Licorne.

La proposition « poético-analogique » semble volontairement décousue. Mathieu Gosselin signe un collage fait de plusieurs pièces disparates, évoquant son univers poétique, ses goûts musicaux, mais aussi ses maladresses et ses phobies. Dans sa quête scénique, l’artiste surfe entre le journal intime et les lazzis. D’une minute à l’autre, il peut rendre un hommage senti à la révolte et au langage de Claude Gauvreau, puis revenir sur ses obsessions alimentaires (le sucre et la malbouffe), sa consommation de porno, sa passion des jeux vidéo, etc.

Si le comédien dévoile une partie de son intimité, il ne tombe pas dans l’autofiction pure, passant du registre tendre à l’humour potache. Il dialogue avec un personnage intérieur, « son double phantasmé » ; ce gars paresseux qui doute et qui procrastine. Gosselin a dessiné le visage de ce gros gars à l’envers de son t-shirt, qu’il soulève et enlève à plusieurs reprises, nous laissant voir son torse dodu et velu.

Sans fil rouge

Si, par définition, l’analogie associe plusieurs objets de pensée différents pour les comparer, le théâtre est un art qui a besoin de meubler le vide. Le spectateur aime s’accrocher à un fil rouge pour le guider dans l’imaginaire du créateur, pour l’aider à mieux voir le portrait qui se dégage de la proposition. Or ici, Gros Gars revendique le caractère inachevé, décousu, du spectacle.

Le problème, c’est que ce sentiment d’inachevé se trouve aussi dans la posture de Mathieu Gosselin. Tout au long de la pièce, il nous dit qu’il n’ira pas là, qu’il ne dira pas ça, qu’il aurait pu faire ceci ou cela… Mais que son œuvre sera toujours en chantier.

Si cette valse-hésitation va dans le sens du thème de la pièce, l’éternel doute d’un artiste a quand même des limites. On aurait envie de se lever pour monter sur scène et de lui faire un gros hug (en respectant les deux mètres). Et de lui dire : Vas-y Mathieu, plonge !

Gros Gars, prise de parole poétique et analogique

Création de et avec Mathieu Gosselin
Mise en scène par Sophie Cadieux
Présentée par le Théâtre de la Banquette arrière.
En supplémentaires à La Licorne du 10 au 14 mai à 17 h 30
★★★

Le spectacle Gros Gars, prise de parole poétique et analogique sera offert en webdiffusion-bénéfice du 24 avril au 8 mai. Les profits de cette webdiffusion permettront de soutenir les activités artistiques du Théâtre de la Banquette arrière, la compagnie qui produit le spectacle.

Consultez le site du Théâtre de la Banquette arrière

Consultez le site du Théâtre La Licorne