Le Groupe CH et la Ville de Montréal ne s’entendent pas sur l’espace que doivent occuper les festivals au parc Jean-Drapeau. L’avenir du festival Osheaga à Montréal est en péril si on ne trouve pas une solution, prévient le Groupe CH. « Ils n’auront pas les mêmes pieds carrés qu’avant et on va les accompagner dans ce changement », dit l’administration Plante.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Le Groupe CH est « inquiet » pour l’avenir de son festival Osheaga au parc Jean-Drapeau. Avec le nouveau plan directeur annoncé mercredi par la Ville de Montréal, Osheaga perdra l’usage d’un terrain et craint d’être contraint de passer de six à quatre scènes. Si ce scénario se concrétisait, le Groupe CH déplacerait probablement Osheaga ailleurs au Québec.

« C’est sûr qu’on a une crainte pour l’avenir de nos festivals. Notre modèle ne peut plus fonctionner dans un espace réduit. Opérer à quatre scènes, ça fait de nous un plus petit festival. Ce n’est pas le modèle qu’on veut poursuivre. On va considérer toutes nos options. Ce n’est pas ce qu’on souhaite, mais malheureusement, l’une des options est d’amener [Osheaga] ailleurs », a dit France Margaret Bélanger, vice-présidente exécutive du Groupe CH, en entrevue avec La Presse.

Si Osheaga doit déménager, aucun autre site à Montréal ne peut accueillir l’évènement, estime le Groupe CH. L’entreprise lorgnerait alors d’autres sites extérieurs ailleurs au Québec, notamment à Mont-Tremblant, à Laval et à Oka.

Le Groupe CH est très clair : il veut garder ses festivals Osheaga, îleSoniq et Lasso dans l’île Sainte-Hélène au parc Jean-Drapeau, où les gouvernements viennent d’investir 30 millions pour construire un amphithéâtre à ciel ouvert de 65 000 places, inauguré en 2019. En pratique, cet amphithéâtre accueille ce nombre de spectateurs uniquement lors des festivals du Groupe CH.

PHOTO YVES TREMBLAY, ARCHIVES LES YEUX DU CIEL

L’amphithéâtre à ciel ouvert du parc Jean-Drapeau, inauguré en 2019

Mais l’entreprise indique avoir absolument besoin de six scènes et de 170 000 pieds carrés pour tenir un festival de l’envergure d’Osheaga – comme ç’avait été le cas au cours des dernières années.

L’administration Plante est elle aussi très claire : à partir de 2023, le Groupe CH devra tenir ses festivals dans un espace plus restreint au parc Jean-Drapeau. « Ils n’auront pas les mêmes pieds carrés qu’avant. On vient mettre une certaine limite dans un cadre de grande valeur. C’est sûr qu’il y aura du changement et on va les accompagner dans ce changement », a dit Robert Beaudry, membre du comité exécutif de l’administration Plante et responsable du dossier des grands parcs, en entrevue avec La Presse.

À partir de 2023, les festivals perdront un terrain d’environ 600 000 pieds carrés pouvant accueillir de 20 000 à 25 000 personnes à la plaine des Jeux. Osheaga occupait trois de ses six scènes sur ce terrain qui sera revitalisé et transformé en espaces verts. Osheaga perdra ainsi environ le tiers de sa capacité d’accueil.

En contrepartie, en 2024, la place des Nations (actuellement inutilisée), qui peut accueillir jusqu’à 7000 personnes, deviendra disponible pour les festivals. Osheaga pourrait ajouter une scène sur la place des Nations.

Sans d’autres espaces additionnels, le Groupe CH estime qu’il perdra environ 25 % de sa capacité d’accueil et passerait de six à quatre scènes pour ses festivals au parc Jean-Drapeau.

« Notre idéal, c’est le parc Jean-Drapeau, un endroit incroyable, dit France Margaret Bélanger, du Groupe CH. On est raisonnables, on veut un dialogue pour être capables de comprendre les espaces alternatifs. Ce qu’on souhaite, c’est obtenir des réponses. On aimerait avoir l’assurance qu’on aura suffisamment d’espace. Les intérêts de tout le monde peuvent être conciliés. On croit que tout le monde peut cohabiter, on le fait depuis 2006. »

Osheaga, îleSoniq et Lasso doivent être tenus sur le même site, car ils utilisent les mêmes installations à des dates différentes.

« On vient donner de la valeur ajoutée à leur évènement »

L’administration Plante veut garder les festivals du Groupe CH au parc Jean-Drapeau, mais souhaite concentrer les activités de spectacles dans certaines sections du parc.

« De la place, ils en ont, dit Robert Beaudry, membre du comité exécutif de l’administration Plante. Jamais on n’a dit à evenko [division du Groupe CH] : on ne veut pas de festivals. On veut plutôt concentrer les activités le plus possible. »

Des modèles d’affaires, ça évolue. On sort d’une pandémie. Quel sera le comportement des consommateurs du milieu culturel ? L’offre culturelle est super importante pour le parc, mais de façon cohérente avec ses autres aspirations.

Robert Beaudry, membre du comité exécutif de l’administration Plante

Montréal estime que la revitalisation du parc Jean-Drapeau donnera « de la valeur ajoutée » aux festivals du Groupe CH. « On a travaillé avec eux sur différents scénarios, ils sont très au courant, dit M. Beaudry. Notre objectif est de trouver une solution ensemble. Mais certainement, les pieds carrés [disponibles] seront plus restreints. Ç’a été le même enjeu dans le Quartier des spectacles. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a dévoilé mercredi le Plan directeur de conservation, d’aménagement et de développement du parc Jean-Drapeau 2020-2030.

L’administration Plante estime avoir une vision différente de celle de l’administration Coderre pour le parc Jean-Drapeau. En 2015, l’administration Coderre a considérablement modifié le plan de modernisation de l’île Sainte-Hélène pour le 375e anniversaire de Montréal afin de construire un nouvel amphithéâtre de 30 millions.

« À l’époque de l’ancienne administration [Coderre], on laissait toute la place [aux festivals], dit M. Beaudry. Notre administration, c’est une consultation de 6000 personnes, un plan stratégique étoffé pour que le parc soit accessible à toutes et tous. »

Cette consultation était « bidon », fait valoir le Regroupement des évènements majeurs internationaux (RÉMI), organisme regroupant les grands festivals, dont ceux du Groupe CH. « Les dés étaient pipés, dit Martin Roy, PDG du RÉMI. Cette vision [consistant à] remanier tout ça était prise. Dans leur esprit, les évènements prennent trop de place et il faut les tasser, quitte à ce qu’ils s’en aillent si ça ne fait pas leur affaire. Ce qui m’étonne, c’est que la mairesse [Plante] soit en train de se démener pour garder la F1, mais qu’elle semble prête à perdre Osheaga. » Ce dossier n’est pas terminé, estime le RÉMI. « Ça va devenir un enjeu électoral », dit Martin Roy.

Avec la collaboration d’Isabelle Ducas

Osheaga

Festival de musique au parc Jean-Drapeau depuis sa création en 2006

130 000 billets vendus sur trois jours en 2019

Retombées économiques au Québec : 19,5 millions par an

Les six scènes d’Osheaga en 2019 : deux scènes sur le nouvel amphithéâtre (65 000 places) ; trois scènes sur le terrain secondaire de la plaine des Jeux (25 000 personnes) ; une scène sur un autre terrain secondaire