Si les spectacles numériques et les autres activités culturelles en ligne ont été un dépanneur apprécié des Québécois durant la pandémie, ils ont aussi fait leur temps. Le public a hâte de renouer avec ses anciennes habitudes, révèle un sondage mené auprès de 2445 personnes entre octobre et décembre 2020.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

Réalisée conjointement par l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), le Laboratoire de recherche sur les publics de la culture et Synapse C, l’étude s’est penchée sur les comportements des publics de théâtre, de cirque et de danse au Québec.

Ainsi, 80 % des spectateurs pensent retourner en salle au même rythme qu’avant – ou même à un rythme supérieur — après la pandémie. Et encore, 40 % d’entre eux seraient prêts à y retourner dès demain. C’est que l’attachement des Québécois aux arts de la scène est fort, souligne l’étude. La joie de sortir de chez soi, le bonheur de partager un moment avec ses proches, le contact avec les artistes ; voilà autant de raisons évoquées par les répondants pour justifier leur attachement.

« L’importance de tous ces éléments semble avoir été décuplée par la pandémie », précise l’étude.

Mais le retour en masse du public n’est pas pour tout de suite. Les répondants craignent toujours pour leur état de santé et celui de leurs proches. Sur ce point, il existe un réel écart entre les participants qui vivent dans une grande ville et ceux qui vivent en région, ces derniers ayant une plus faible perception du risque associé à la fréquentation des salles. Les participants âgés de 65 ans et plus se montrent aussi sensiblement plus prudents.

Le numérique, une solution temporaire

Sans surprise, la consommation culturelle de la majorité des Québécois a considérablement changé depuis mars 2020. Le numérique a remplacé les sorties en salle, à la grande satisfaction — ou non — des spectateurs. Si 62 % aiment consommer les spectacles de manière asynchrone, c’est-à-dire quand ils le désirent, la grande majorité démontre aussi peu d’intérêt pour ce genre de captations et les considère comme une solution temporaire.

On remarque que l’offre de spectacles numériques a assouvi la soif de contenu culturel des spectateurs pendant la pandémie, mais que ces derniers souhaitent vivement retourner voir des spectacles en salle.

Hervé Guay, professeur au département de lettres et communication sociale de l’UQTR, dans un communiqué

Au-delà de l’expérience, la pandémie a aussi eu une incidence sur les moyens financiers des spectateurs. En effet, 41 % des participants estiment que la COVID-19 a eu un impact mineur à modéré sur leur capacité d’investissement dans des activités culturelles. À l’inverse, trois spectateurs sur dix affirment que la pandémie leur a permis de participer à des activités culturelles gratuites ou peu onéreuses auxquelles ils n’auraient autrement pas eu accès.

Des données pour guider les décideurs

Il s’agit de la seconde enquête réalisée par Synapse C dans le cadre d’une étude sur les répercussions de la COVID-19 sur la culture. La première, chapeautée par Frédéric Laurin, professeur d’économie à l’UQTR, s’est penchée sur l’impact économique de la crise, dont les pertes d’emplois et les incertitudes à prévoir pour le secteur.

Le directeur scientifique de Synapse C, Renaud Legoux, souhaite que ces données guident les décideurs dans leurs actions. « Nous espérons que les données présentées dans les deux enquêtes permettront aux dirigeants du secteur des arts et de la culture de prendre des décisions éclairées quant à la relance de leurs organisations », a-t-il affirmé par communiqué.