Après une « parenthèse » télévisuelle qui l’a aidé à conserver « sa santé mentale » pendant la pandémie, Serge Denoncourt revient à son premier amour ce printemps : la mise en scène. Dans quelques semaines, il partira pour la France, afin de faire avancer trois gros projets, dont la comédie musicale sur la vie de Michel Sardou, Je vais t’aimer. Mais avant de partir, il codirige, avec Ines Talbi, Jardin, Cour, Salon, un évènement-bénéfice de six heures qui regroupera 100 artistes à Espace Go.

Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

D’abord, mettons fin à cette (fausse) rumeur évoquée lors de son passage à l’émission de Julie Snyder. Non, Serge Denoncourt ne remplacera pas le Fou du roi à Tout le monde en parle. « D’abord, personne ne me l’a offert, dit-il. Ensuite, je n’en ai pas envie. Enfin, je ne pourrais pas faire l’émission, parce que je vais travailler surtout en Europe au cours des deux prochaines années. »

Malgré les apparences, malgré son omniprésence sur tous les plateaux, l’ex (méchant) juge des Dieux de la danse n’a « jamais » eu de plan de carrière en télévision. « La télé, c’est une parenthèse dans ma carrière de metteur en scène. J’ai commencé à en faire à 52 ans. Durant le confinement, comme j’avais beaucoup de temps libre, je me suis bien amusé avec Jean-Philippe [Wauthier]. Mais je reste une personnalité de télé de pandémie. »

On le croit sur parole. En vérité, Serge Denoncourt a toujours préféré le désordre d’une salle de répétition à l’atmosphère clinique d’un studio de télé. « C’est là où je suis le plus heureux au monde ! lance-t-il. Je m’ennuie tellement d’être dans une salle répétition et de répéter avec des interprètes.

Mon métier, ce n’est pas de faire des réunions sur Zoom. Ce que j’aime le plus faire dans la vie, c’est diriger des acteurs.

Serge Denoncourt

Pour l’avoir vu à l’œuvre, il peut reprendre ad nauseam des scènes, dans le microdétail, avec une poignée de comédiens, dans une pièce poussiéreuse et mal éclairée. Discuter, corriger, refaire et, parfois, froisser des acteurs qu’il aime bien… « Mais pour qu’ils s’améliorent, afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. C’est pas juste du plaisir, jouer. »

Les temps changent et Serge Denoncourt aime le changement. « La seule chose que je n’aime pas, c’est la bien-pensance. Tu as une opinion différente de la mienne, c’est correct, je vais t’écouter ; mais tu dois aussi m’écouter en retour. »

S’il y a une mode avec laquelle il est réfractaire, c’est celle des réseaux sociaux. Le prolifique homme de théâtre n’a aucun compte Facebook, Twitter ou Instagram. Et il en est fier : « C’est un choix que j’ai fait il y a une dizaine d’années. Et aujourd’hui, quand je vois comment on traite des personnalités comme Dany Turcotte ou Safia Nolin, je me dis : ‟Ah mon Dieu que j’ai bien fait !” Dans la vie, j’ai un côté excessif. Je me serais mis à répondre à tout le monde qui m’insulte, les uns après les autres ! Je pense que c’est mieux pour ma santé mentale que je reste éloigné des réseaux. »

France, Québec

Juste avant le début de la pandémie, le metteur en scène avait plusieurs spectacles au programme sur deux continents. « Au Québec, on a reporté des spectacles et d’autres ont été annulés, comme la comédie de Juste pour rire cet été. La saison prochaine, je dois diriger une création québécoise d’un auteur bien connu dans un théâtre aussi connu. Il y a aussi Mademoiselle Julie qui reviendra au Rideau Vert. Mais je vais être surtout en Europe, où j’ai une demi-douzaine de projets jusqu’en 2025. »

Les Français sont prêts à signer des contrats, même durant la pandémie, alors qu’au Québec, les producteurs sont plus prudents.

Serge Denoncourt

Il travaillera entre autres sur la comédie musicale Je vais t’aimer, d’après la vie et l’œuvre de Michel Sardou ; sur la tournée du spectacle multimédia Bernadette (sainte Bernardette Soubirous), créé à Lourdes en juillet 2019 ; et sur un mégaspectcale pour souligner le 80e anniversaire du Débarquement de Normandie en 2024. « C’est tellement énorme, dit-il, je dois commencer à travailler sur le projet en avril prochain. La production va construire un immense théâtre sans murs qui se déplacera et se transformera sur environ un kilomètre de distance ! C’est compliqué à expliquer, c’est du jamais-vu ! »

Marathon à Espace Go

Au printemps 2019, Espace Go a organisé un chantier féministe sur la place des femmes en théâtre. À l’instar de la direction, Serge Denoncourt, également membre du C.A. de la compagnie, a été soufflé « par le vent extraordinaire » de changement et de mobilisation des jeunes artistes confrontés aux inégalités du milieu. « On a décidé de recadrer le mandat historique et féministe du théâtre pour devenir plus inclusif, dit-il. Depuis ses débuts, la bataille des femmes est liée à la lutte des minorités. Il y a un jumelage entre la cause des femmes et celle des personnes racisées, des autochtones, des minorités sexuelles. »

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le metteur en scène Serge Denoncourt, lors des répétitions du spectacle de tournée Révolution, interrompu il y a un an, au début de la pandémie.

Cet hiver, quand Espace Go l’a contacté pour organiser son spectacle-bénéfice annuel, il s’est dit qu’il allait en profiter pour créer, avec Ines Talbi (La Renarde, sur les traces de Pauline Julien), un évènement très inclusif. « Lorsqu’on parle d’être inclusif, c’est dans le sens le plus large du terme, explique Denoncourt. On rassemble les diversités physique, culturelle, générationnelle, artistique… »

« À mes yeux, le théâtre ne passe pas sur les plateformes numériques. Or, on a décidé de ne pas faire de théâtre. On propose un happening virtuel, un marathon de six heures au contenu très éclaté, avec de la musique, des sketchs, des entrevues, de l’humour, du slam, de la poésie… et même de la bouffe avec Ricardo et Josée di Stasio. »

Les deux concepteurs de Jardin, Cour, Salon ont mis la barre très haut. Et leur carnet de contacts est bien rempli, merci. Ils ont invité 100 artistes à participer à cette soirée du Vendredi saint. Ça va de la drag queen Rita Baga à la chanteuse Dominique Fils-Aimé ; de la poétesse Joséphine Bacon à la comédienne Anne Dorval ; de Pierre-Yves Lord à Magalie Lépine-Blondeau, en passant par Samian, Klô Pelgag, Jay Du Temple, Mani Soleymanlou…

« L’idée derrière le concept, c’est de créer une effervescence printanière, comme dans une soirée live et festive où tu te sens libre de bouger, de danser, de partir et de revenir. C’est un gros party qui, j’espère, va annoncer le début du retour à une certaine normalité. Le coup d’envoi de la réouverture de tout : les salles de spectacles, les restaurants, les bars. Je rêve à voix haute, là, mais j’aimerais beaucoup ça. »

Et parions qu’il n’est pas le seul.

Jardin, Cour, Salon sera diffusé en direct sur le web, le 2 avril, de 18 h à minuit. Billets en vente sur le site d’Espace Go. En raison de la nature caritative de l’évènement, il ne sera pas possible de le revoir en différé.

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