Digidanse, nouvelle initiative de quatre diffuseurs de danse canadiens, souligne son lancement avec la présentation, par Danse Danse, de Body and Soul, la dernière création de la géniale Crystal Pite pour l’Opéra national de Paris. La Presse a joint la chorégraphe canadienne chez elle, à Vancouver, pour en discuter.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Ces dernières années, la chorégraphe Crystal Pite a enfilé les projets à un rythme soutenu, pour ne pas dire effréné. En plus de créer pour sa compagnie, Kidd Pivot, elle a signé des chorégraphies pour des compagnies internationales, dont le Nederlands Dans Theater, The Royal Ballet et L’Opéra de Paris, avec qui elle offre, avec Body and Soul, une deuxième collaboration après le salué The Seasons’ Canon (2016).

PHOTO MICHAEL SLOBODIAN, FOURNIE PAR DANSE DANSE

La chorégraphe canadienne Crystal Pite

« J’avais l’intention de prendre une pause de la scène et de la création en 2020, je voulais éviter de me brûler. Oui, on peut dire que c’était un bon timing ! », lance celle qui est demeurée à la maison depuis le début de la pandémie.

Créé pour l’Opéra national de Paris, Body and Soul est une pièce ambitieuse en trois parties pour 36 danseurs, dont la captation a été réalisée au Palais Garnier lors de la première mondiale en novembre 2019.

Grâce à Digidanse, nouvelle initiative menée par quatre diffuseurs de danse canadiens (dont Danse Danse) visant à offrir au public d’ici un accès numérique à des œuvres canadiennes et étrangères, Body and Soul sera présenté pour la toute première fois au Canada du 17 au 23 février.

Même si cette première canadienne ne ressemble à rien de ce qu’elle aurait pu imaginer, Crystal Pite dit tout de même ressentir une certaine fébrilité. « Je ressens des émotions similaires à celles que je peux avoir avant une première : je me sens vulnérable, un peu nerveuse et excitée à la fois… »

Une question de connexions

PHOTO JULIEN BENHAMOU, FOURNIE PAR DANSE DANSE

Body and Soul explore les questions du conflit et de la connexion entre les humains.

Mme Pite considère Body and Soul comme un jalon important de son parcours artistique. « C’était un projet énorme, une expérience créative puissante. Travailler dans un espace chargé d’histoire comme l’Opéra de Paris est aussi intimidant. Je voulais être à la hauteur de cette occasion, créer quelque chose de beau, mais aussi de signifiant. »

Body and Soul aborde des thèmes récurrents chez la talentueuse créatrice.

Je crois que tout mon travail tourne essentiellement autour des deux ou trois mêmes questions : quelle est notre connexion les uns aux autres, qu’est-ce que le conflit, et comment l’utiliser comme moteur de changement ?

Crystal Pite

Depuis quelques années, Pite s’intéresse en outre aux relations entre le langage, la voix et le corps, et Body and Soul continue de creuser ces questions.

« Je vois ce spectacle comme une série de duos : entre deux interprètes, entre deux groupes, mais également entre le langage et le corps, le corps et l’âme… Jusqu’à un certain point, c’était aussi un dialogue entre la pièce et le Palais Garnier lui-même, un lieu si vivant, une entité en soi. » Une série de conversations, finalement ? « Oui, et le texte devient la ligne directrice » entre ces différents dialogues, répond-elle.

De la scène à l’écran

Les arts de la scène sont privés, pour l’instant, de ce qui fait leur essence même : la représentation devant public. La chorégraphe ne cache pas ressentir une certaine ambivalence devant le fait que son travail, pensé pour la scène, sera vu à travers un écran. Peut-on vraiment y voir l’avenir de la discipline ?

« C’est une question intéressante. Je ne suis pas une réalisatrice : je crée pour la scène, pour un public. Le film devient donc en quelque sorte une documentation de l’œuvre, sa représentation, une trace de ce qui est advenu sur scène. »

Cela dit, le résultat est « superbe », dit-elle, grâce à des captations réalisées lors de différentes représentations devant public, en plus d’une autre dansée spécialement pour la caméra, sans spectateurs, permettant de filmer les danseurs de près et de suivre leurs mouvements.

« Il y a un côté intimiste impossible à reproduire en salle, donc il y a aussi des avantages. En même temps, je dois dire que je m’ennuie vraiment de l’expérience en salle. Il y a une certaine fatigue qui s’installe à force de regarder les choses derrière un écran, un désir de partager une expérience commune avec d’autres humains. »

Body and Soul, offert du 17 au 23 février sur le site de Danse Danse.

> Consultez le site de Danse Danse