Sept mois après avoir installé sa plateforme de concerts à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal, l’espace Yoop atterrit à Los Angeles.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

La pandémie, qui a mis sur pause le monde des arts vivants et des spectacles, fait détourner de plus en plus d’artistes vers la scène interactive créée par Benoit Fredette. Si d’abord des Québécois s’y sont frottés, des chanteurs américains y tiendront bientôt des prestations, Yoop ayant conclu un partenariat de trois mois avec le Microsoft Theater, endroit où se tient traditionnellement la cérémonie des Grammy. « Ce théâtre cherchait d’autres avenues événementielles, mentionne Benoit Fredette. Il a considéré plusieurs options et plateformes. »

Les premiers artistes (Charlie Puth, Sasha Sloan, Royce da 5’9’’) se produiront dans l’espace Yoop en mars devant un auditoire présent par écrans interposés et qui pourra réagir en temps réel avec eux. Des ententes avec des personnalités connues internationalement seront bientôt annoncées.

L’entreprise s’attend chaque fois à attirer de 50 000 à 100 000 personnes, qui auront au préalable acheté un « accès » (de 12,99 $US à 25 $US) sur l’application de Yoop.

Au Québec, où une centaine de spectacles et d’évènements privés ont déjà eu lieu (Yvon Deschamps, Louis-Jean Cormier, entrevue avec Laurent Duvernay-Tardif, lancement d’album d’Alicia Moffet…), grâce à l'aide de l'ami et producteur Louis Morissette (KO), la moyenne de spectateurs est de 1000 à 2000. Les places se vendent dans les 20 $. « Il n’y a pas d’énormes marges de profits, consent Benoit Fredette. On laisse donc l’artiste aller chercher lui-même ses commanditaires. »

Chaque fois, Yoop se réserve un pourcentage des ventes d'accès. « On fait une petite marge sur chaque “Yoop” vendu, explique Benoit Fredette. À Montréal, louer la salle, l’équipement et le personnel coûte entre 15 000 $ et 25 000 $ pour l’artiste. »

Selon M. Fredette, 20 000 personnes ont assisté au spectacle célébrant les 85 ans d’Yvon Deschamps en septembre dernier. « Ça nous prouve que cette technologie est utilisée par tous les groupes d’âge, note-t-il. Plus de 50 % des gens avaient plus de 56 ans. »

D’abord Nashville

L’espace Yoop fait son entrée à Los Angeles après une première incursion en sol américain à Nashville en octobre dernier. « Le dernier spectacle aura lieu cette semaine, raconte Benoit Fredette. Nashville fut un très bon endroit pour apprivoiser le marché américain. Ça nous a aussi permis de bien comprendre les implications liées à la COVID.

« Au Québec, les revenus sont très marginaux, les marges bénéficiaires très petites, poursuit-il. Mais en 2021, on pourrait faire plus de 10 millions de revenus grâce aux évènements à L. A. et à l’international. Nous, ça fait du sens au volume. »

Quand la pandémie sera chose du passé, Yoop reviendra à sa mission fondamentale, soit un site permettant aux artistes d’avoir plus de contrôle sur leur produit et la vente de leurs billets. « On a bâti une plateforme technologique pour que l’artiste n’ait plus d’intermédiaire et pour réduire les problèmes de revente, explique Benoit Fredette. Et, pour les consommateurs, réduire les frais de spectacle. À l’international, il y a un vent de changement. Les gens cherchent des façons d’accéder à un spectacle sur des moteurs de vente. Le tiers se fait par les réseaux sociaux des artistes. Le pourcentage va grimper à 40-50 % bientôt. On voit de plus en plus d’artistes dire qu’ils veulent vendre eux-mêmes leurs billets, puis payer leur salle. »

Benoit Fredette a griffonné son idée il y a dix ans, puis fondé l’entreprise en 2016. « Plusieurs artistes internationaux ont aidé à développer la plateforme depuis deux ans et demi, affirme-t-il. Ils nous ont parlé de leurs besoins, leur désir de ne faire qu’un spectacle à un seul endroit, d’éviter l’avion… L’espace Yoop n’a jamais été développé pour la COVID. C’est une partie de la plateforme Yoop. En temps normal, l’espace représente 10 % à 20 % des revenus, mais cette année, c’est 100 %. »

Des dizaines de millions de dollars ont ainsi été investis dans l’aventure depuis 2016, après que Benoit Fredette eut vendu sa première entreprise, FANS Entertainment, à Optimal Payments pour 16 millions de dollars. « J’ai tout réinvesti, raconte celui qui a aussi travaillé au Cirque du Soleil et au Madison Square Garden. Et je suis allé chercher des investisseurs à l’international. »

L’entreprise de cinq employés en 2016 en compte maintenant 50. Elle vient de nommer une présidente à Montréal, Catherine Vu, ancienne cheffe des finances de Lune Rouge.