La pandémie n’épargne aucun secteur dans le milieu culturel. Or, s’il y a un milieu qui est touché de plein fouet, c’est bien celui du cirque.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Un nouveau sondage national sur les répercussions de la COVID-19 sur les arts du cirque au Québec, réalisé à la fin de l’année pour En Piste, dresse un portrait alarmant de la situation de ses artistes et de ses compagnies.

En effet, l’enquête dévoile que les deux tiers des répondants souffrent de dépression ou d’anxiété ; plus de 80 % des travailleurs circassiens sont incapables de planifier leur avenir professionnel ; et 94 % songent maintenant à une nouvelle carrière.

Dix mois après le début de la pandémie et l’arrêt des activités culturelles, les perspectives sont très sombres. À la fois financièrement et humainement. « C’est l’écosystème au complet qui est frappé », a expliqué la directrice générale du Regroupement national des arts du cirque, Christine Bouchard, en entrevue avec La Presse.

La directrice, qui parle de « marasme économique », lance « un gros signal d’alarme » aux pouvoirs publics. « Pour les compagnies de cirque, la grande majorité des revenus provient des tournées à l’étranger et des événements corporatifs. Deux activités complètement en arrêt depuis 10 mois, et dont on ne voit pas encore de reprise. »

Si le portrait est dramatique pour les organismes, les individus sont aussi en mode survie. Le sondage indique que leurs revenus ont baissé de 65 % en moyenne durant la pandémie, que leur taux d’endettement s’est accru de 36 % et que 5 % des répondants ont eu recours aux banques alimentaires.

Pour Mme Bouchard, les résultats de ce second sondage sont cohérents avec ceux d’une première enquête effectuée en avril dernier. Pour l’année fiscale en cours, les revenus autonomes par organisme ont subi une baisse de 78 %, en moyenne, tandis que les subventions ont grimpé de 45 %. La part des revenus autonomes (excluant les dons et les commandites) est passée de 75 % à 33 % dans leur chiffre d’affaires. Elle rappelle aussi que le financement public est plus faible dans le domaine des arts du cirque.

Un fleuron menacé

Au mois de juin dernier, le gouvernement du Québec avait pourtant annoncé une aide spécifique de 10 millions au secteur des arts du cirque accordée par le Conseil des arts et des lettres du Québec.

« Ces résultats [du sondage] démontrent que l’aide allouée depuis le début de la pandémie n’est pas suffisante pour soutenir les défis élevés auxquels font face les artistes et les compagnies, pour lesquels le maintien d’un haut niveau de performance et d’excellence est essentiel à un retour sur scène », croit la directrice du Regroupement.

Selon elle, il faut donner aux compagnies les moyens d’embaucher des artistes et de les faire travailler.

Il est urgent de trouver des mesures d’aide draconienne, adaptées au cirque, afin de préparer la relance.

Christine Bouchard, directrice générale du Regroupement national des arts du cirque

Elle donne en exemple des subventions au fonctionnement pour les compagnies ainsi que des bourses de recherche ou de création et des prestations salariales prolongées pour les travailleurs autonomes.

Aux yeux de Mme Bouchard, il ne faut pas attendre pour risquer de perdre une main-d’œuvre qualifiée, de sacrifier une expertise riche et unique au sein de la communauté circassienne. « Ce serait une catastrophe ! Car depuis des décennies, les artistes et les compagnies de cirque sont un fleuron, une fierté et notre identité québécoise sur toute la planète », dit-elle, des trémolos dans la voix.

Malgré tout, la directrice d’En Piste se considère comme « une éternelle optimiste ». « Au-delà de l’espoir, il faut croire et investir dans les arts du cirque pour combler les millions de pertes de revenus de notre secteur. Il faut que le cirque au Québec demeure une fierté. »

Autres faits saillants

Plus de 60 % des organismes affirment qu’ils cesseront leurs activités si aucune aide financière supplémentaire ne leur est accordée après le 31 mars 2021.

Une réduction de 53 % du nombre d’employés a entraîné une diminution des heures rémunérées, des pertes d’expertise et une surcharge de travail.

Le chiffre d’affaires moyen a subi une baisse de 51 %, tandis que les revenus autonomes ont chuté de façon draconienne, de 78 %.

Ce sondage national a été réalisé en ligne, entre le 23 novembre et le 7 décembre 2020, auprès de 381 répondants, soit 320 individus et 61 organismes.