La série de spectacles virtuels #CanadaEnPrestation se poursuivra au cours des prochaines années en formule déconfinée. Plutôt que de se produire dans leur salon, les artistes pourront le faire dans des salles vides, en studio, puis partout où ce sera permis.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

L’une des premières choses que les autorités ont faites au début de la crise de la COVID-19 a été d’annuler les rassemblements de plus de 250 personnes. Puis les rassemblements tout court. Fini les concerts. De Chris Martin à Kevin Parent, quantité d’artistes se sont tournés vers Facebook ou Instagram. « Et ils le faisaient gratuitement », souligne Kevin Chan, chef de la politique publique chez Facebook Canada.

Lancée à la faveur d’un partenariat entre le Centre national des arts (CNA) et Facebook, la série #CanadaEnPrestation aura permis à 700 artistes professionnels d’offrir une prestation en direct sur le réseau social — Lisa LeBlanc et Marie-Pierre Arthur l’ont fait — pour laquelle ils recevaient un cachet ; 700 000 $ auront été versés aux artistes lorsque la première phase du projet se terminera, le 31 mai.

« L’une des choses qu’on a apprises au cours des dernières semaines, c’est que [l’espace numérique] est une nouvelle scène, une scène différente », explique Heather Gibson, productrice générale pour la musique populaire et les variétés au CNA. D’où une deuxième phase de #CanadaEnPrestation annoncée ce vendredi qui permettra au public de découvrir des chanteurs et musiciens ailleurs que dans leur salon.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DU CENTRE NATIONAL DES ARTS

Marie-Pierre Arthur et sa famille en prestation

L’idée générale demeure la même : permettre aux gens d’assister à des concerts tout en restant en sécurité. Le plan de match n’est pas établi, mais il est question de filmer, par exemple, un spectacle tenu dans un petit festival extérieur de Yellowknife ou encore dans un club de St. John’s à Terre-Neuve. Dans le respect des mesures sanitaires imposées par les provinces ou territoires.

Surtout, il est question d’expérimenter, de prévoir la place que pourraient tenir à l’avenir les prestations en direct faites en ligne dans l’industrie de la musique. « On essaie vraiment de comprendre ce que ça signifie pour la culture en ligne », explique Kevin Chan, précisant que cette deuxième phase de #CanadaEnPrestation pourrait voir émerger de nouvelles pratiques et permettre de déterminer celles qui sont les plus porteuses.

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L’auteure-compositrice autochtone Anachnid

« Les artistes étaient déjà dans l’espace numérique avant [la crise], on va voir comment ils vont utiliser ces outils différemment », ajoute Heather Gibson. Les artistes, les festivals et autres partenaires créatifs ciblés par le CNA seront au cœur des choix qui seront faits. D’où l’impossibilité pour elle de dire à quoi ressembleront les prestations soutenues par ce programme dans 2, 6 ou 18 mois.

Une expérience critiquée

La première phase de #CanadaEnPrestation a suscité son lot de critiques. Des artistes ont estimé que la meilleure façon de les soutenir n’était pas de les regarder sur Facebook, mais d’acheter leur musique, leurs articles promotionnels ou d’écouter leurs albums sur une plateforme de diffusion comme Spotify. La crainte d’une dépendance encore plus grande à Facebook et à Instagram a aussi été mentionnée.

« Ce n’est pas une question d’être dépendant ou non de Facebook, mais d’utiliser les outils qui sont là », estime Heather Gibson. Les artistes utilisaient jusqu’ici ces plateformes comme outil de marketing. Elle croit qu’ils se demandent maintenant, eux aussi, comment elles peuvent devenir un espace de pratique artistique. Kevin Chan souligne bien sûr que Facebook offre en théorie une visibilité inégalée : une prestation sur cette plateforme peut être vue partout sur la planète.

Le CNA se dit par ailleurs très à l’aise de s’associer au géant, qui s’est entendu avec les sociétés d’ayants droit sur l’utilisation de la musique. « La licence d’utilisation dont Facebook dispose n’est pas différente de cette détenue par les radiodiffuseurs », souligne Heather Gibson.

Le contact avec les arts vivants risque de rester virtuel dans plusieurs autres domaines dans un avenir proche. La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a dit au micro de Pénélope McQuade jeudi qu’elle comptait sur les technologies numériques et les captations pour faire vivre le théâtre et la culture cet été.

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