(Montréal) Concerts, tournées et festivals subitement annulés : la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec rappelle que ses membres ont été frappés là où ça fait mal, tandis que le plan de relance du milieu culturel se fait toujours attendre.

La Presse canadienne

Bon nombre de musiciens professionnels joignent les deux bouts grâce à la Prestation canadienne d’urgence (PCU), sans compensation pour leurs engagements annulés durant l’une des périodes les plus lucratives de l’année, souligne le président de la Guilde, Luc Fortin.

L’association estime que ses quelque 3200 membres auront été privés d’au moins 4 millions en cachets d’ici la fin du mois de juillet puisque pas moins de 85 % de leurs activités professionnelles se passent normalement sur scène.

« Le couperet est tombé à la mi-mars, quand il reste à peu près deux mois de saison pour les orchestres symphoniques, expose-t-il. Du point de vue de la musique pop et rock, ce sont tous les grands festivals qui s’en venaient. L’été, il y a beaucoup de projets de tournée en régions. »

Et malgré un déconfinement bien entamé, l’industrie du spectacle, parmi les premières affectées par la crise sanitaire, n’est pas encore fixée quant à la reprise graduelle de ses activités.

La musique pourrait pourtant facilement reprendre ses droits dans les salles de répétition et les studios d’enregistrement, dans le respect des directives de santé publique, fait valoir M. Fortin.

Dans ses recommandations transmises à la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ) propose notamment de miser sur des captations pour rediffusion sur le web.

Même si l’expérience live est selon lui irremplaçable « autant pour le public que pour les artistes », M. Fortin estime que bien des mélomanes seraient prêts à délier les cordons de leur bourse pour un enregistrement de qualité.

Ce virage numérique pourrait également se poursuivre au-delà de la pandémie comme « valeur ajoutée » au spectacle vivant, souligne-t-on, dans un souci de démocratisation de la culture et de bonification de l’offre en régions éloignées.

Télé-Québec pourrait également être mise à contribution, suggère-t-on.

Mais ceci ne doit pas venir « remplacer à rabais ce qui se fait sur scène », s’inquiète M. Fortin, en rappelant une revendication de longue date de la GMMQ pour une juste rémunération de la part des grandes plateformes en ligne telles que Spotify et Apple Play Music.

La GMMQ urge également les gouvernements québécois et canadien à prolonger et créer de nouvelles formes d’aide financière d’urgence afin de permettre aux artistes de traverser la crise.

« Il y a le danger qu’on perde des effectifs en chemin », prévient Luc Fortin.

« Ce serait une grosse perte. »