Nos suggestions de spectacle

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Jean Siag Jean Siag
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Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
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En vedette : le courage de la vérité

Happy Hour, un duo théâtral « indiscipliné » avec Thomas Leblanc et Anna Beaupré Moulounda, sera à l’affiche de la petite salle du Prospero dès mercredi soir. Cette création à six mains (les deux interprètes et la metteure en scène Ana Pfeiffer Quiroz) est une variation sombre et ludique autour du thème de la honte. Sur scène, les deux protagonistes dévoilent crûment leur intimité, à travers de courtes vignettes. Entre performance et monologue théâtral, l’un aborde « sans fard » son enfance, la découverte de son homosexualité ; l’autre se confie sur ses origines et son rapport à la maternité.

« On veut faire entendre l’indicible, l’innommable, avec des textes crus, parfois violents, qui nous confrontent à la monstruosité du monde et de nous-mêmes, explique en entrevue Thomas Leblanc. Loin du cynisme, la mort, le sexe, la violence et la famille y sont scrutés sans pitié. »

Leblanc, un artiste hors-norme, gravite entre la contre-culture et la culture populaire et refuse d’être enfermé dans une petite case. Il collabore avec deux autres « outsiders » rebelles comme lui : Ana Pfeiffer Quiroz, une Péruvienne installée à Montréal qui fait un doctorat en théâtre à l’UQAM et s’intéresse à la diversité dans le milieu culturel, et Anna Beaupré Moulounda, une comédienne née à Rouyn-Noranda dont la mère est québécoise et le père, congolais. « Nous nous sommes trouvés, aimés, et avons fondé ensemble, en 2017, la compagnie Parrêsia », dit-il. Leur travail favorise des gestes artistiques comportant « une part de risque et qui nécessitent un certain courage. Avec des œuvres qui sont des manifestes enracinés dans nos contradictions : intérieures, politiques, artistiques, sociales et physiques. »

> Consultez le site de la compagnie

Cirque : la crème de la crème

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Angelica Bongiovonni, dans un numéro de roue Cyr de Luzia

La TOHU reprend dès mardi soir sa formule des Coups de cœur. Une dizaine de numéros de cirque qui se sont distingués au cours des derniers mois par leur originalité, présentés sous forme de cabaret, animé et mis en scène par Anthony Venisse. Parmi les invités cette année, mentionnons la présence d’Angelica Bongiovonni, virtuose de la roue Cyr, qu’on a notamment vue dans Seul ensemble du Cirque Éloize ou Luzia du Cirque du Soleil ; Kyle Driggs, brillant jongleur, qu’on a pu voir dans la pièce Paramour du Cirque du Soleil (maintenant retirée) ; ou encore le duo formé des Suédoises Klara Mossberg et Régina Baumann, qui feront un numéro à la corde lisse. La compagnie guinéenne Kalabanté, menée par Yamoussa Bangoura, sera également représentée par cinq acrobates qui mêleront acrobaties, portés, pyramides et musique africaine.

5es Coups de cœur, à la TOHU, du 18 au 29 février

> Consultez le site de la Tohu

Théâtre : le retour de Louise Pitre 

Sous la direction d’Avery Saltzman, Louise Pitre joue dans The Times They Are a Changin’ aux côtés de W. Joseph Matheson.

En collaboration avec la Harold Green Jewish Theatre Company, le Segal accueille à nouveau Louise Pitre à Montréal. Cette grande interprète canadienne a été nommée aux Tony et a reçu quatre fois le prix Dora. Sous la direction d’Avery Saltzman, Mme Pitre joue dans The Times They Are a Changin’ aux côtés de W. Joseph Matheson, avec qui elle avait déjà partagé la scène dans The Angel and the Sparrow, il y a deux ans. Les deux artistes se réunissent cette fois pour un concert célébrant les artistes musicaux juifs des années 60. Parmi eux, Bob Dylan, Leonard Cohen, Carole King, Arlo Guthrie, Simon & Garfunkel, entre autres légendes. 

The Times They Are a Changin, au Centre Segal, du 1er au 22 mars

> Consultez le site du Centre Segal

Reprise : solo non binaire

PHOTO FOURNIE PAR LE FTA

Le spectacle Genderf*cker, signé par Pascale Drevillon et Geoffrey Gaquère

Pascale Drevillon reprend GENDERF*CKER, son solo créé au printemps dernier au FTA, sous la direction du directeur artistique d’Espace Libre Geoffrey Gaquère. Par l’entremise de son expérience personnelle de transidentité, la performeuse et militante interroge notre vision binaire du monde. Invité à se déplacer sur la scène, à tout moment, afin de mieux observer la performance, le public assiste aux métamorphoses de l’artiste qui fait exploser la constellation des genres. « Les identités trans et queers deviennent ici une puissante odyssée de l’âme et du genre humain », explique Pascale Drevillon dans le communiqué du spectacle. 

GENDERF*CKER, à Espace Libre, du 26 au 29 février

> Consultez le site d’Espace Libre

En tournée : trois nouveaux Hardings

PHOTO PASCAL RATTHE, LE SOLEIL

Normand D’Amour fait partie de la nouvelle distribution de la pièce Les Hardings, qui fera une tournée pancanadienne.

Après avoir été créée en 2018 au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, puis reprise à la Bordée et chez Duceppe la saison suivante, Les Hardings, une pièce écrite et mise en scène par Alexia Bürger, fera une tournée dans plus de 30 villes au Canada. Pour l’occasion, les trois personnages de Thomas Harding seront incarnés par une nouvelle distribution : Paul Ahmarani, Normand D’Amour et Rémy Girard.

Les Hardings, du 30 septembre 2020 au 20 février 2021

> Consultes les dates et les villes de la tournée

À Québec : Hypo de retour

PHOTO TIRÉE DU SITE FACEBOOK DE LA COMPAGNIE

Mary-Lee Picknell et Nicola-Frank Vachon sont réunis dans la pièce Hypo à Québec.

Trois ans après sa création, Hypo est de retour au Périscope dès mardi prochain, avec les interprètes Nicola-Frank Vachon et Mary-Lee Picknell. Ce « road trip » en terre islandaise se joue de la mort et nous invite dans un périple théâtral. Hypo a été saluée pour son originalité, tant par la critique que par le public, lors de son passage à Premier Acte en 2017. « Le Périscope se réjouit de lui ouvrir ses portes pour y déployer l’évolution de son ingénieuse scénographie et faire de nouvelles rencontres », peut-on lire sur le site du théâtre de Québec. 

Hypo, au Périscope, du 25 février au 7 mars

> Consultez le site du Périscope

La Presse a vu…/Danse : l’hiver de José Navas

PHOTO DAMIAN SIQUEIRO, FOURNIE PAR DANSE DANSE

José Navas présente Winterreise à la Cinquième Salle de la PdA.

Pas de doute, José Navas est un artiste et interprète d’exception. Au fil de sa longue et prolifique carrière, il a donné à voir des œuvres finement ciselées et émouvantes dans la pureté de leur geste (Anatomies, une pièce de groupe créée il y a plus de 10 ans, reste pour nous une œuvre d’exception, touchant au sublime). Depuis des années, il se consacre surtout aux solos, son corps vieillissant et malade (il souffre d’arthrose et de polyarthrite rhumatoïde, une maladie dégénérative) présenté sur scène telle une offrande.

Winterreise serait-il son chant du cygne ? Nul ne le sait. Mais cette marche vers la mort – un écho à ce poème de Müller et à la musique de Schubert dans la pièce du même nom – que Navas entreprend sur scène dans une série de tableaux généralement lents et introspectifs nous montre l’interprète dans toute sa fragilité et sa vulnérabilité. Et ce, même s’il reste plutôt enfermé en lui-même, évanescent, s’offrant et se dérobant à l’œil du public en jouant avec les clairs-obscurs que crée pour lui Marc Parent, l’un de ses fidèles collaborateurs.

La lumière, d’ailleurs, est l’un des seuls éléments scéniques qui habillent l’espace, à l’exception d’une chaise, de quelques costumes et de la présence, côté jardin, d’un piano et pianiste (Francis Perron) et du ténor Jacques-Olivier Chartier – à l’interprétation très sentie et tout en modulations, qu’on aurait aimé voir davantage interagir avec Navas. On retrouve dans Winterreise plusieurs obsessions de Navas : une scène à l’épure extrême, presque austère dans son dépouillement, des changements de costumes à vue, l’absence de coulisses, la tête qui vient se couvrir (par trois fois) d’un morceau de tissu, altérant l’identité. Le mouvement, parfois hésitant, témoigne d’un corps qui se raidit et se rebelle, mais Navas hypnotise toujours avec sa grande musicalité, ses mains et bras graciles, qui se meuvent comme des volutes de fumée autour de son corps.

Cela dit, malgré quelques tableaux d’une grande beauté (dont la finale, à donner des frissons), la pièce manque de corps, souffre de redondance, revient encore et encore aux mêmes motifs. Navas, à la présence presque fantomatique, est dans une bulle, et semble parfois s’y complaire, virevoltant dans l’hiver de sa vie.

Winterreise, à la Cinquième Salle de la Place des Arts, jusqu’au 22 février 

> Consultez le site de Danse Danse