Pour la deuxième fois, Le fantôme de l’opéra, comédie musicale créée il y a 30 ans par Charles Hart et Andrew Loyd Webber à partir du roman de Gaston Leroux, sera présentée en français. Nous avons assisté à quelques étapes de sa création avant la première de mercredi soir au Théâtre St-Denis.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Lundi après-midi, dans les coulisses du St-Denis. Pendant que les interprètes de Christine et du Fantôme, Anne-Marine Suire et Hugo Laporte, se préparent dans leurs loges au sous-sol, il y a de l’action partout : à deux jours de la première, c’est aujourd’hui ce qu’on appelle l’entrée en salle. C’est-à-dire qu’après des mois de conception et de répétitions, tout le monde se retrouve pour investir la scène du théâtre montréalais et faire un premier enchaînement, avec éclairages, costumes et accessoires. « Là, on est dans la finition, explique Hugo Laporte. Tous les ingrédients sont là pour que ça lève mercredi, comme un bon pain. »

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Le metteur en scène Étienne Cousineau

Le 28 novembre, l’équipe du Fantôme de l’opéra était présentée pour la première fois aux médias. À la barre de ce gros bateau, le metteur en scène Étienne Cousineau, qui ne cachait pas son excitation. Quand on l’a retrouvé lundi, il a avoué avoir passé un temps des Fêtes « teinté par le Fantôme ». « On est arrivés au St-Denis préparés, mais on est conscients que c’est une grosse machine, un gros spectacle, une très grosse franchise qu’on a à livrer. » À deux jours de la première, il se disait confiant. « Ce sont de très longues journées, mais on va y arriver. »

Lundi, lors du premier enchaînement, on a pu voir que tout a été mis en œuvre pour donner de la fluidité à la version concert du spectacle, malgré la présence d’un orchestre de 40 musiciens sur la scène. « Je crois qu’on va arriver à oublier qu’il n’y a pas de décors, dit Étienne Cousineau. On a tous travaillé dans cette direction. » La scénographie du Fantôme a été imaginée par paliers. Derrière des escaliers où se déplaceront les interprètes, dont tous les mouvements sont chorégraphiés par Maud Saint-Germain, les musiciens seront installés sur trois niveaux. « L’orchestre est très élevé, le premier niveau est à 3 pi, et le troisième à 6 pi ! Ça nous permet de jouer dans les hauteurs. Avec les escaliers, les éclairages, les animations, les costumes, on saura dans quel lieu on se situe. »

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Le comédien Éric Paulhus et Sylvain Genois, responsable des costumes

Les costumes sont un des éléments clés du spectacle. Sylvain Genois, qu’on voit ici avec le comédien Éric Paulhus, est celui qui a trouvé les quelque 70 morceaux qui habilleront autant les 9 rôles principaux que les 11 membres du chœur. « Comme il est dans tous les tableaux, c’est le chœur qui a le plus de changements de costumes. Il y aura autant d’action en coulisse que sur scène ! » nous a raconté Sylvain Genois lorsqu’on l’a rencontré avant les vacances des Fêtes dans un entrepôt de costumes de l’est de Montréal. « Un show d’époque, c’est un gros défi, mais c’est aussi un rêve. Surtout que c’est un spectacle un peu fantastique. De plus, on s’est réapproprié chacun des personnages. On a mis le show à notre saveur. »

Quelques comédiens-chanteurs se retrouvaient à la mi-décembre pour un dernier essayage de costumes. Après trois semaines de répétitions, les choses devenaient tout à coup plus concrètes. « Surtout avec les costumes d’époque, il y a une posture qui vient avec, souligne Éric Paulhus. En plus, c’est une super belle époque, on est chanceux, on aurait pu tomber sur les années 80 ! » « C’est vrai, et même si c’est une version concert, les spectateurs vont y trouver leur compte », complète Catherine Sénart. Les comédiens ont été choisis pour leur personnalité autant que pour leur voix. « Nous apportons notre couleur à des personnages forts et typés », dit Éric Pauhlus. « Moi, je suis la diva, j’ai une voix plus rock dans les graves et je peux m’en servir pour le personnage », dit par exemple Frédérike Bédard, qui a aussi fait le conservatoire de musique. « C’est le comic relief du spectacle… et de l’équipe ! », lance Catherine Sénart.

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Michaël Girard

Michaël Girard, qui s’est toujours promené entre la pop et l’art lyrique, a trouvé en Raoul un rôle de rêve. « Ça me convient bien, car c’est dans la lignée de ce que je fais depuis des années. Mais il me donne du fil à retordre, il est très complexe ! » nous racontait le chanteur lors de l’essayage de costumes avant Noël. Comme ses collègues, il estime que le Fantôme arrive comme un cadeau. « Et dans mon cas, c’est une surprise, j’ai tellement voulu jouer ce genre de rôle ! Quand on m’a appelé pour l’audition, j’étais honoré. C’est une grande œuvre qui a été jouée partout, qui a été vue et entendue par tellement de gens depuis 30 ans, tu ne peux pas inventer ça. »

C’est le baryton québécois Hugo Laporte, dont la carrière est sur une pente ascendante, qui incarne le rôle-titre. Lorsque nous l’avions rencontré en novembre, alors qu’il avait chanté un extrait pour les médias, il ne cachait pas sa fierté de jouer ce personnage. Lorsque nous l’avons retrouvé cette semaine, à deux jours de la première, il savait déjà que le Fantôme occuperait une place spéciale dans sa carrière. « C’est un rôle unique, très intense et exigeant vocalement. Il y a des moments clés où tu dois tout donner, et que ça reste beau sans blesser ton instrument. Je crois que cette émotivité pourra être transposée dans mes prochains rôles. »

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Hugo Laporte

La partition, qui est interprétée la plupart du temps par des ténors, oblige le baryton Hugo Laporte à une certaine virtuosité. « Monter jusqu’au la bémol, ce n’est pas un problème. Mais le Fantôme y monte souvent, 20 ou 25 fois. Alors ce n’est pas juste de l’avoir, mais de l’avoir à répétition ! En plus avec émotion, et à deux représentations par jour. » Mais une bonne technique et beaucoup de préparation lui permettent de se lancer dans ce marathon avec confiance — il possède en tout cas déjà toute la stature qu’impose le personnage, même dans le sous-sol du théâtre St-Denis !

Anne-Marine Suire, rencontrée lundi dans sa loge, incarne Christine. C’est autour de ce personnage qu’est bâtie toute l’intrigue du spectacle. « C’est un beau personnage. On voit son évolution de jeune femme à femme, elle s’affirme, et elle démontre courage et humanité. Elle est la seule à voir la part d’humanité dans le Fantôme », explique la soprano française, qui connaît bien Montréal puisqu’elle a fait son bac et sa maîtrise en interprétation chant lyrique et baroque à l’Université de Montréal avant de retourner vivre en France.

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Anne-Marine Suire

Le grand défi du rôle de Christine, selon Anne-Marine Suire ? « La tessiture, qui va du grave au contre-mi. Mais c’est parfait pour moi, ma voix est longue. Et le rôle est aussi très demandant émotionnellement, Christine est sur la scène pendant tout le spectacle et passe par toute la palette d’émotions. » Mais un contre-mi, quand même… « C’est sûr qu’il faut se garder en forme, lance-t-elle en riant. C’est exigeant, on ne peut pas le faire à moitié, ce rôle. Comme la partition va de l’extrême grave à l’extrême aigu, ça demande une grosse discipline, similaire à un sportif de haut niveau. »

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Le chef d’orchestre Dany Wiseman

La présence de l’orchestre sur la scène ajoutera beaucoup au spectacle, croit le chef Dany Wiseman, qui dirige les 40 musiciens de l’orchestre Azimut. « L’orchestre devient comme un personnage », dit le chef. Les musiciens ont répété pendant des semaines chacun de leur côté avant de se retrouver vendredi. Les chanteurs se sont joints à eux samedi. Étienne Cousineau avoue avoir pleuré lorsqu’il les a entendus tous ensemble. « Il y a une vibration, une harmonie, c’est inexplicable et ça nous porte. »

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Les 40 musiciens de l’orchestre Azimut

« Le fantôme de l’opéra est une œuvre complexe qui comporte beaucoup de détails, dit Dany Wiseman. Je dirais qu’elle est plus complexe qu’un opéra normal. Il y a beaucoup d’action, de dialogues, et c’est ce qui en fait la beauté. » Son rôle est d’être le transmetteur entre l’orchestre et les chanteurs, explique le chef, qui estime que malgré les apparences, la musique d’Andrew Loyd Webber est savante. « Ce n’est pas de la tounette », lance-t-il. Pour Étienne Cousineau, le compositeur anglais n’est rien de moins qu’un génie. « C’est un grand mélodiste, qui réussit aussi à faire se superposer sept airs dans un seul numéro de groupe. On peut ne pas aimer, mais c’est une grande œuvre. »

Au Théâtre St-Denis du 8 au 12 janvier et du 23 au 26 janvier, et au Grand théâtre de Québec du 17 au 19 janvier.

> Consultez le site du spectacle : https://www.evenko.ca/fr/artistes/7360/le-fantome-de-l-opera