Comme plusieurs artistes en pause forcée, Luc Langevin a décidé de se tourner vers le web pour son nouveau spectacle, intitulé Interconnectés. Or, lorsqu’il est question de magie, cette formule a ses limites, comme nous avons pu le constater en assistant mardi à une représentation en ligne.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Disons-le d’emblée : Luc Langevin n’a pas perdu la main pendant la pandémie. Ses tours continuent de mystifier le public, même virtuel. Ceux impliquant des cartes à jouer sont particulièrement réussis, notamment celui où la magie apparaît jusque dans les mains de tous les spectateurs (qui devaient avoir un jeu de cartes en leur possession). Nous n’en dirons pas plus, mais le mot « flabbergasté » a été prononcé au domicile de l’auteure de ces lignes…

Le magicien utilise aussi avec beaucoup d’habileté les technologies virtuelles, notamment en envoyant des courriels aux spectateurs. Une chose qui aurait été impossible à faire dans un spectacle traditionnel. L’atelier qui lui sert de décor est aussi truffé de trompe-l’œil et d’éléments jouant avec les perspectives qui fonctionnent très bien à la caméra.

D’ailleurs, les réactions du public Premium (ceux qui ont payé un supplément pour apparaître à l’écran et interagir avec le magicien) prouvaient que nous n’étions pas les seuls à être bouche bée après certains tours. Ça s’exclamait dans les salons, on vous le confirme !

Mais il y a un mais : ce spectacle n’arrive pas à prendre un rythme de croisière, et ce n’est pas la faute de Luc Langevin. Avec la plateforme virtuelle, les échanges avec les spectateurs sont (beaucoup) plus laborieux. Imaginez une grosse réunion Zoom à 25 personnes. Des micros qu’on a oublié d’ouvrir, des enfants gênés qui refusent de répondre, des spectateurs qui disent tout haut ce qu’ils devraient penser tout bas, des réponses marmonnées inaudibles. Chaque fois, l’excitation retombe à plat. Et le rythme du spectacle en pâtit.

Luc Langevin réussit la plupart du temps à combler les vides avec des blagues ou des commentaires rigolos adressés à ceux qu’il interroge. Il établit sans peine un contact chaleureux avec ses spectateurs, forcément un peu mal à l’aise d’être interrogés alors qu’ils sont sous la couette, dans le salon. Et le plaisir du magicien d’être à la caméra est manifeste. La pandémie a été longue pour lui aussi.

Mais à l’impossible, nul n’est tenu, et certains tours qui s’allongent indûment finissent par nous faire décrocher.

De plus, la proximité de la caméra joue parfois de vilains tours au magicien. Il y a des coutures apparentes par moments et des gestes moins naturels qui passeraient inaperçus sur scène mais qui deviennent plus suspects à l’écran.

Cela étant dit, Luc Langevin tire bien son épingle du jeu dans des conditions qui sont loin d’être idéales. Les spectateurs Premium lui ont d’ailleurs servi des applaudissements nourris à l’écran à la fin du spectacle. Plusieurs spectateurs réguliers — ceux qu’on ne voit pas et qu’on n’entend pas — ont probablement fait la même chose.

★★★½

Interconnectés, de Luc Langevin. Des supplémentaires sont prévues en février.