La pandémie ne va pas empêcher Dan Bigras de s’engager auprès des jeunes sans-abri cette année. Au contraire, le 30e Show du Refuge, diffusé dimanche soir, arrive à un moment où la solidarité humaine est plus essentielle que jamais. Conversation avec un homme en paix avec lui-même.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

En 2020, Dan Bigras a souligné plusieurs anniversaires. Il a soufflé les 25 bougies de sa sobriété le 1er janvier, quelques mois avant le 25e anniversaire de son fils. L’album qui l’a rendu populaire, Ange animal, a eu 30 ans. Et dimanche soir, lors du Show du Refuge, le chanteur fêtera les 30 ans de son engagement comme porte-parole pour cet organisme qui vient en aide aux jeunes itinérants de Montréal.

Attendez, ce n’est pas tout. Il lance aussi Dan Bigras X 4, un nouvel album double avec 28 titres qui résume son parcours d’auteur-compositeur-interprète, enregistré en février dernier avec ses musiciens au Petit Champlain à Québec, juste avant le Grand Confinement. Puis, on retrouvera l’animateur à la radio parlée du 98,5 durant les Fêtes, en semaine de 10 h à midi.

On lui parle d’abord du Show du Refuge. Pandémie oblige, le spectacle-bénéfice a été enregistré sans public et sera présenté dimanche sur ICI Télé. Il réunit Lara Fabian, Lulu Hughes, Bruno Pelletier, Brigitte Boisjoli et Marie-Nicole Lemieux, entre autres. « Ce qu’on perd avec l’absence du public, on le regagne dans la complicité entre tous les artistes dans le show, dit-il, joint au téléphone chez lui dans Lanaudière. Tous les artistes forment un grand cercle sur la scène. Au lieu de regarder vers la salle, on se regarde dans les yeux. »

Besoin d’amour

On dit de Dan Bigras qu’il est le porte-parole des jeunes oubliés, brisés et multipoqués de la société. Or, si l’homme, qui aura 63 ans ce mois-ci, a fait la paix avec son « passé de guerre », c’est en partie grâce à son rôle comme porte-parole pour l’organisme.

Le Refuge m’a aidé à me reconstruire, c’est sûr. Il y a 30 ans, j’avais besoin de prendre les choses laides en dedans de moi, pour les transformer en belles choses en dehors. Et c’est ce que fait la belle gang du Refuge avec des jeunes en itinérance : transformer la souffrance de la rue en chaleur humaine.

Dan Bigras

Qu’a-t-il appris au contact de ces jeunes depuis 30 ans ? « La résilience, répond-il sans hésiter une seconde. Ce n’est pas un endroit de misère, le Refuge. Tout le monde essaie de s’en sortir. Dans la rue, tout le monde se pose la même question : pourquoi personne ne m’aime ? Et lorsqu’un intervenant dit à un itinérant qu’il s’intéresse à lui, qu’il est prêt à l’écouter pendant 10 heures s’il le faut, c’est probablement la première fois que ce jeune ressent quelque chose qui ressemble à de l’amour… »

Ange et démon…

À la mort dans la déchéance de l’écrivain Christian Mistral, le 23 novembre dernier, Dan Bigras a souligné le décès à 56 ans de son ancien chum de bar à la fin des années 1980 : « Celui-là, je n’ai pas pu l’aider », a-t-il écrit sur Twitter. Pourquoi certains se sortent de leur misère et d’autres pas ?

« Je ne le sais pas. C’est très très mystérieux, la nature humaine. Pourquoi certains changent, tandis que d’autres ne cessent de s’autodétruire ? Christian refusait qu’on l’aide. Il était très parano. Il se faisait un scénario dans sa tête. Il se voyait comme un chien sale qui mérite juste de mourir dans la misère, abandonné. Mais ce n’est pas une excuse pour commettre des horreurs, et devenir violent avec des femmes. À partir d’un certain âge, un adulte doit devenir responsable de ses actes. »

Même s’il déplore le naufrage de Mistral, le chanteur pense aussi à ses victimes. Il soutient toujours les victimes qui dénoncent leurs présumés agresseurs sur les réseaux sociaux… Et ce, même s’il a été lui-même visé dans la foulée du mouvement de dénonciations anonymes, en juillet dernier : une allégation d’inconduite sexuelle – une femme l’a accusé de l’avoir embrassée de force – qu’il a niée catégoriquement, affirmant que « la notion de consensus » avait toujours été au centre de sa vie.

« Ma vie d’artiste »

Dan Bigras est en paix avec lui-même et avec son passé. Chaque jour, il se lève dans sa blanche campagne avec l’impression qu’il est « plus heureux que la veille ». Il se prend même à aimer écouter son dernier album, chose rare. « En général, je ne m’écoute pas, j’haïs m’entendre. Mais cet album-là est un condensé de toute ma musique depuis les bars de blues à aujourd’hui. Ça fait le tour de ma vie d’artiste. »

J’ai eu deux vies musicales. La première, assez folle, où je jouais du rock-blues dans les bars du Quartier latin. Et la deuxième, plus sage, qui a commencé avec mon disque Tue-moi.

Dan Bigras

« Je dis que cet album live est mon dernier, mais je n’arrêterai jamais de faire de la musique, poursuit-il. La musique est une recherche permanente. Ça va juste prendre une autre forme. »

« La musique, c’est le doigt de Dieu sur le cœur des gens », disait Ferré, l’un des poètes préférés de Bigras. Est-ce que la musique, avec le temps, fait oublier la souffrance ? « Je ne sais pas si on oublie la souffrance, mais on la sublime. On en fait quelque chose de puissant, de fort. Au lieu de souffrir seul en silence, on se met à avoir des flashs de bonheur. Sans musique, je ne pourrais pas dire que je suis un homme heureux. »

Le Show du Refuge. Sur les ondes d’ICI Télé le 13 décembre à 20 h. Comme l’évènement sera uniquement télédiffusé, les gens sont invités à faire un don en achetant un billet virtuel sur le site noshowdurefuge.ca.

> Pour plus d'informations sur l’album et les spectacles de Dan Bigras prévus en 2021