Sans tout à fait satisfaire le besoin prégnant de revoir des artistes sur scène et en salle, la soirée Studio 2054 de Dua Lipa a été ce qu’on peut trouver de plus proche, dans le monde virtuel auquel les arts sont majoritairement confinés, à un concert en direct. Propulsée par une production exceptionnelle, la performance, haute en intensité, n’a pas manqué de divertir et a même su compenser l’impossibilité d’une communion en chair et en os.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Chose promise, chose due. Dua Lipa voulait que l’expérience Studio 2054 permette d’assister à un vrai concert, ou du moins à ce qui s’en rapproche le plus dans la mesure du possible. Elle aurait difficilement pu mieux faire dans la formule qu’elle a choisie, soit une diffusion en direct de son spectacle.

Pour que l’offre vaille la peine, il fallait exploiter des éléments qu’un concert en salle ne permet pas. Par exemple, la possibilité de s’amuser avec l’espace, mais aussi de créer une multitude de décors élaborés et de montrer, à travers la lentille, un spectacle de musique qui s’apparente à une production cinématographique.

Dans son immense hangar londonien, aménagé pour les besoins du concert, Dua Lipa a parfaitement tiré profit de ce champ de possibilités artistiques. Tout dans la production de Studio 2054 en mettait plein la vue. Et puisque le facteur « wow » d’un spectacle en aréna n’y était pas, c’est ce qu’il fallait.

CAPTURE D’ÉCRAN DU SPECTACLE STUDIO 2054

Dua Lipam et ses danseurs

Une fête commune

Les bons coups de cette soirée, qui consistait en une série de diffusions en direct (selon le fuseau horaire) d’un spectacle d’une heure et quart, concernent en grande partie la production élaborée. Les décors se sont enchaînés, les uns après les autres, répondant tous à une thématique commune (la boîte de nuit), mais chacun permettant d’alterner les univers et de garder le spectateur stimulé, durant cette soirée chargée et sans temps morts.

De notre côté de l’écran, il aurait été possible d’observer cette grande fête et de se sentir comme un simple observateur qui n’a pas la chance de se joindre au plaisir. Il n’en fut rien. L’humeur festive a été contagieuse.

CAPTURE D’ÉCRAN DU SPECTACLE STUDIO 2054

Dua Lipa

Alors que le premier décor se dévoilait, on a pu comprendre d’emblée l’ampleur du spectacle, qui a débuté sur le morceau Future Nostalgia. Entre les hauts murs décorés de structures de néons colorées, une foule, vêtue de vêtements tout aussi flamboyants, dansait sur les premiers accords de la chanson, autour d’un micro derrière lequel est venue se présenter la vedette de la soirée. Vêtue d’une robe blanche à franges scintillant de mille feux, ainsi que de bottines assorties, Dua Lipa a interprété sa première chanson devant ce public qui était « spectateur » de la performance tout en faisant partie du spectacle.

Pour Levitating, la chanteuse s’est jointe à ses danseurs. Chaque pas de danse, mais aussi chaque geste, regard, pas vers la gauche ou la droite, était chorégraphié. On a pu parfois sentir durant la soirée que Lipa était si concentrée sur l’exécution qu’elle en oubliait d’avoir du plaisir (le spectacle nord-américain était le troisième de quatre performances, ce qui a peut-être également joué). Malgré cela, l’artiste mérite amplement que nous lui levions notre chapeau. Elle n’est jamais restée plus de quelques secondes sans enchaîner des pas de danse, tout en chantant. Dua Lipa s’en est d’ailleurs très bien sortie sur le plan vocal, poussant des notes toujours justes et jamais, a-t-il semblé, en lipsync.

On ne pourrait pas en dire autant de la première invitée de la soirée, FKA Twigs, qui bougeait très clairement les lèvres sur une piste préenregistrée. Dans un tout autre décor, où trônait une barre de strip-tease, la compatriote de Dua Lipa a offert une impressionnante performance de pole dance. Si impressionnante, en fait, qu’on a vite eu fait de lui pardonner le lipsync.

Le facteur Future Nostalgia

Nouvelle scène ensuite, alors que l’on a été transporté dans un rave, animé par la DJ The Blessed Madonna. Quelques minutes après, place à un autre univers complètement différent, celui d’un roller disco, une fête sous une boule à facettes, sur patins à quatre roues, au milieu de laquelle Lipa trônait derrière son micro pour chanter Cool.

CAPTURE D’ÉCRAN DU SPECTACLE STUDIO 2054

Dua Lipa

La cohésion que l’on retrouve sur l’album Future Nostalgia, paru au printemps dernier, a été adroitement transposée dans la performance. Cette superbe épopée néo-disco vient d’ailleurs de valoir six sélections aux prix Grammy à Dua Lipa. Et plus qu’un excellent disque, l’ensemble de chansons offre le potentiel d’un concert épatant.

C’est exactement ce que nous a servi la Britannique vendredi, exploitant la thématique des années disco et de l’hommage à ce fameux Studio 54, ancienne discothèque new-yorkaise de la fin des années 1970.

De grands noms, un résultat moyen

Une longue et belle brochette d’invités avait été annoncée. Si chaque artiste présent sur le plateau a rehaussé la performance, toutes les présences virtuelles ont été décevantes. Miley Cyrus, par exemple, a pu être vue, le temps du deuxième changement de costume de Dua Lipa, lorsque le vidéoclip de Prisoner, leur duo sorti récemment, a été montré en intégralité. Une visite sur YouTube aurait créé le même moment.

L’apparition de J Balvin et Tainey, sur la pièce Un Dia, s’est faite par un écran en noir et blanc que l’on voyait à peine derrière Lipa et ses danseurs, alors que chacun chantait son couplet. Quant à Elton John, c’est sur un grand écran, projeté devant les danseurs redevenus public le temps d’un morceau au piano, qu’il a interprété Rocket Man, seul. Bien sûr, il est difficile de déplaire avec Elton John, encore moins avec Elton John qui chante Rocket Man. Mais lorsqu’il s’est évaporé pour laisser place à un interlude meublé par des danseurs, on s’est demandé si sa présence était vraiment utile, bien qu’il soit prestigieux pour Dua Lipa d’avoir pu compter sur lui pour son évènement.

CAPTURE D’ÉCRAN DU SPECTACLE STUDIO 2054

Elton John

Juste avant cela, alors que l’on commençait à désespérer de voir un vrai duo en chair et en os, la Belge Angèle a débarqué pour chanter Fever. Dans un salon/loge rouge à la tapisserie et au mobilier ultra-kitsch, les deux artistes ont été divertissantes, mais pas éblouissantes.

CAPTURE D’ÉCRAN DU SPECTACLE STUDIO 2054

Angèle et Dua Lipa

La grande invitée de la soirée, Kylie Minogue, est arrivée dans le décor suivant, un retour à l’ambiance de discothèque, avec lumière verte, DJ et piste de danse. L’Australienne a grimpé sur la table de la DJ Buck Betty pour un duo sur son succès disco tout à fait à propos, Real Groove.

À voir en vrai

Dua Lipa, malgré son talent et son charme indéniables, n’a pas l’énergie captivante que d’autres possèdent. Mais sans être une bête de scène (bête de diffusion en direct dans ce cas-ci), elle sait comment donner un spectacle qui en vaut la peine, même en virtuel. Elle a réussi un véritable marathon avec sa soirée Studio 2054.

Lorsqu’elle est réapparue à l’écran (après le drôle de moment Elton John), dans son costume le plus étincelant, on a senti que la soirée touchait à sa fin et on a constaté qu’elle avait été parfaitement réjouissante. Sans être tout à fait renversant, le moment est venu quelque peu satisfaire, momentanément, notre envie de concerts.

Bientôt, on l’espère, Dua Lipa pourra remonter sur une vraie scène, dans une salle où les chants à l’unisson de ses admirateurs pourront se rendre jusqu’à elle. Et ce spectacle virtuel a fini de nous convaincre qu’il faudra assister à cela.