Lancé par Karine Ledoyen, chorégraphe reconnue de la ville de Québec, le concept Osez ! a connu différentes mutations depuis sa première édition, en 2002. Voici que la créatrice l’adapte à la réalité de la COVID-19 avec Osez ! en solo, présenté simultanément ces jours-ci à Montréal et à Québec. Récit d’une expérience qui sort autant l’interprète que le spectateur des sentiers battus.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

La compagnie Danse K par K collabore avec l’Agora de la danse à Montréal et La Rotonde à Québec pour cette mouture repensée de Osez !. À l’origine, Osez ! est un concept de création collective qui rassemble à chacune de ses éditions une quarantaine de danseurs, un chorégraphe et un musicien, qui ont pour mission de créer, chaque jour pendant un laps de temps déterminé, une ébauche chorégraphique présentée le soir même devant public, souvent dans un environnement extérieur, comme le bord du fleuve Saint-Laurent.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La chorégraphe Karine Ledoyen est directrice artistique du projet Osez ! en solo, présenté simultanément à Montréal et Québec ces jours-ci.

La contrainte ainsi que la représentation in situ font donc partie de l’ADN de ce projet, qui a connu jusqu’ici 12 éditions. Cette fois, Karine Ledoyen a pensé les choses différemment en contexte de pandémie, tout en gardant l’esprit de ce concept porteur. Ainsi, elle a invité des créateurs solistes en danse à collaborer avec des créateurs sonores, donnant naissance chaque fois à une courte pièce d’une dizaine de minutes. Chaque duo a eu la contrainte de créer le tout en 10 heures maximum.

En tout, 31 chorégraphes solistes et concepteurs sonores sont réunis dans ce projet inédit, dans la capitale et la métropole, dont Louise Bédard, Stacey Désilier, Karine Ledoyen, Sara Harton, Pascal Asselin – alias Milimetrik –, Josué Beaucage et Roger Cournoyer.

Distanciation physique oblige, ces capsules chorégraphiques ne peuvent être présentées que devant un ou deux spectateurs à la fois, dans des environnements extérieurs gardés secrets et dispersés dans les différents quartiers centraux des deux villes.

États partagés

Comment faire revivre le geste dansé dans cette période où les rapprochements sont limités, voire interdits ? Avec Osez ! en solo, Ledoyen offre une piste de réflexion intéressante qui permet de renouer de façon intime avec la discipline de la danse, et ce, autant pour le créateur-interprète que pour le spectateur. Au-delà du spectacle au sens traditionnel du terme, l’expérience s’ancre plutôt dans l’idée d’états partagés entre les deux participants qui se retrouvent face à face.

Nous avons promis de garder secrets le quartier et le lieu précis où nous avons été conviés, puisque ce mystère fait partie intégrante de l’expérience. Le spectateur ne sera informé que peu de temps à l’avance de l’endroit où se rendre. Sur place, il est accueilli, à Montréal, par un membre du personnel de l’Agora de la danse, qui lui indique l’endroit où s’asseoir – un banc public dans notre cas – et lui remet un casque d’écoute et un lecteur MP3 (tous dûment désinfectés devant nos yeux) afin d'écouter la trame sonore conçue par le concepteur sonore associé.

En arrivant sur place, nous n’avons donc aucune idée du créateur qui dansera devant nous. Ce n’est qu’après la performance que ce dernier se présente au spectateur, qui a l’occasion d’échanger cinq minutes avec lui, et qu’est dévoilé également le nom du compositeur sonore. C’est donc les yeux grands ouverts, et sans aucun présupposé, que l’on peut accueillir la création.

Performance de Stacey Désilier

  • Extraits de la courte pièce de 10 minutes créée et dansée par Stacey Désilier, dans un emplacement secret d’un quartier montréalais.

    PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

    Extraits de la courte pièce de 10 minutes créée et dansée par Stacey Désilier, dans un emplacement secret d’un quartier montréalais.

  • Extraits de la courte pièce de 10 minutes créée et dansée par Stacey Désilier, dans un emplacement secret d’un quartier montréalais.

    PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

    Extraits de la courte pièce de 10 minutes créée et dansée par Stacey Désilier, dans un emplacement secret d’un quartier montréalais.

  • Extraits de la courte pièce de 10 minutes créée et dansée par Stacey Désilier, dans un emplacement secret d’un quartier montréalais.

    PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

    Extraits de la courte pièce de 10 minutes créée et dansée par Stacey Désilier, dans un emplacement secret d’un quartier montréalais.

  • Extraits de la courte pièce de 10 minutes créée et dansée par Stacey Désilier, dans un emplacement secret d’un quartier montréalais.

    PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

    Extraits de la courte pièce de 10 minutes créée et dansée par Stacey Désilier, dans un emplacement secret d’un quartier montréalais.

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Seule devant la créatrice et interprète Stacey Désilier, un sentiment de gêne nous prend alors qu’elle soutient notre regard ; l’acte de danser en solo pour une personne demande le partage d’une intimité momentanée, mais bien réelle. En discussion après sa performance, elle admet aussi qu’il est beaucoup plus intimidant de danser pour une seule personne que devant un public dans une boîte noire, mais se dit emballée par l’expérience.

« J’étais tellement contente de ce projet, on est si peu à avoir la chance de faire des shows en ce moment. C’est tellement précieux, être si proche d’un spectateur, mais c’est aussi confrontant d’accueillir quelqu’un qui ne nous connaît probablement pas dans son univers. De voir le public change absolument ma façon d’interpréter. Je trouve ça beaucoup plus stressant et gênant ! »

Mais rapidement, la charismatique danseuse nous entraîne dans sa bulle et sa gestuelle, empruntant à la danse contemporaine, mais aussi parfois au hip-hop et au breakdance, au son de la musique ambiante aux rythmes changeants et aléatoires de Roger Cournoyer, avec pour seuls éléments scéniques une chaise, le sol et un arbre.

L’idée d’abstraction et de hasard, ainsi que celle de créer sous plusieurs contraintes, traverse la courte œuvre de Désilier, qui s’est donné pour défi de structurer sa pièce à partir de chiffres, de parties du corps et d’actions, tous associées aléatoirement les uns aux autres… et aussi de danser sans écouteurs, sur une musique qu’elle n’entend pas !

Cette façon de faire lui a permis de mieux diriger sa créativité et d’activer sa présence, alors que les idées se bousculaient dans sa tête. « Avoir carte blanche… Juste se demander quoi faire, c’est super demandant, j’avais plein de choses qui me venaient en tête avec tout ce qui se passe en ce moment. Avec ce cadre super précis, j’ai pu avancer dans ma création. »

Osez ! en solo Montréal

Ce samedi soir, puis du 25 au 29 août (quatre représentations par soir par quartier, entre 18 h et 19 h 30)

https://agoradanse.com/evenement/osez-en-solo-montreal/

Osez ! en solo Québec

Jusqu’au 29 août (quatre représentations par soir par quartier, entre 18 h et 19 h 30)

https://www.larotonde.qc.ca/spectacle/osez-en-solo/