Le milieu culturel attendait cette décision avec impatience. Jeudi après-midi, la Direction de la santé publique a annoncé que le nombre maximal de spectateurs dans les salles allait passer de 50 à 250 personnes à partir du lundi 3 août. Pour le plus grand bonheur des artisans du milieu des arts de la scène.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

De nombreuses catégories de lieux et d’évènements intérieurs pourront bénéficier de ce nouveau plafond de 250 personnes. Parmi ceux-ci, les salles de spectacle, les théâtres et les cinémas, ainsi que les productions, tournages ou captations de spectacles devant public.

« On a crié de joie au Théâtre du Nouveau Monde en prenant connaissance de la nouvelle recommandation des autorités de santé publique », a déclaré la directrice du TNM, Lorraine Pintal, à La Presse. On attendait cette décision depuis des semaines. » Le TNM va dévoiler, le 17 août prochain, une « programmation » alternative pour remplacer la saison prévue. Selon Mme Pintal, « il était hautement périlleux de se produire devant moins de 50 spectateurs dans notre salle. À 250 personnes, incluant les artistes sur scène et le personnel technique en salle , c’est plus faisable. En souhaitant pouvoir en accueillir davantage en janvier 2021. »

Avec son équipe, Lorraine Pintal va veiller, au cours des prochaines semaines, à ce que tout soit impeccable pour le retour du public, le 10 septembre, après six mois d’inactivité au théâtre.

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Lorraine Pintal

On a déjà répété la logistique afin de respecter toutes les consignes sanitaires et assurer la sécurité du public et des artistes. Les spectacles seront courts (pas plus de 90 minutes) et sans entracte. On commencera l’entrée en salle une heure avant le lever du rideau pour éviter les files. Il n’y a pas de sièges réservés et les placiers feront respecter la distanciation physique entre les spectateurs.

Lorraine Pintal, directrice du TNM

Chez Duceppe

De l’autre côté de la rue Sainte-Catherine, la compagnie Duceppe se réjouit elle aussi de la recommandation des autorités de santé publique. La directrice générale, Amélie Duceppe, estime que la salle pourra permettre une jauge de 177 personnes, en respectant le 1,5 mètre de distance entre les spectateurs. « On avait des scénarios alternatifs de productions pour l’automne. La compagnie annoncera à mi-août cette programmation qui débutera le 10 septembre. »

Là aussi, l’admission sera générale avec un protocole précis pour l’entrée en salle. « La Place des Arts nous demande de faire entrer les spectateurs par groupes de rangées, un peu comme l’embarquement des passagers dans les avions. On a écrit à nos abonnés pour les prévenir qu’on ne peut pas leur réserver des sièges cette année. Toutefois, ils ont accès à la prévente pour acheter leurs billets. »

« Chaque place est importante »

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Des musiciens de l’OSM en répétition

C’est aussi avec un grand cri de joie lancé à l’unisson que les musiciens de l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) ont accueilli l’annonce de l’autorisation des rassemblements de 250 personnes. « Pour nous, c’est significatif. On est prêts avec une programmation 2020-2021 qui n’avait pas encore été annoncée, puisqu’on attendait seulement des nouvelles de la Santé publique. Elle sera dévoilée dans les prochaines semaines pour débuter en septembre », précise Pascale Ouimet, chef des relations publiques de l’institution. « Je peux vous dire que les musiciens ont très hâte de jouer devant un public », confie-t-elle. Cet été, l’OSM n’a pas chômé, puisqu’il donne quelque 70 concerts pop-up dans divers lieux comme des parcs ou des CHSLD, prenant soin de ne pas organiser de rassemblements dans ce cadre.

« C'est une lueur d'espoir, car notre public nous manque ! Un pas de plus dans la reprise de nos activités et le retour des arts vivants au cœur de l'activité sociale et économique de notre métropole. Nous poursuivrons notreétroite collaboration (avec la Santé publique) en vue de la présentation cet automne d'une programmation musicale alternative adaptée aux mesures sanitaires et de distanciation sur la scène et dans la salle», relève Jean R. Dupré, président-directeur général de l'Orchestre métropolitain.

« Chaque place est importante », explique pour sa part Patrick Rozon, vice-président au contenu francophone chez Juste pour rire. « Pour les artistes et pour nous, c’est bénéfique. Avant la pandémie, au Festival, on pouvait vendre de 50 000 à 60 000 billets, mais pour notre édition en octobre prochain, on s’aligne pour 2500. » À ses yeux, en matière de contenu artistique, il n’y aura pas de changement profond. « Ce qui va changer, c’est l’ambiance de l’endroit. L’ambiance dans la place va être plus le fun à 250 qu’à 40 ou 50 personnes ! »

Des bémols

L’ADISQ accueille elle aussi avec enthousiasme le feu vert donné par le gouvernement du Québec. « Si le passage de la limite de spectateurs à 250 annoncée aujourd’hui ne résout pas toutes les inquiétudes et contraintes liées à la représentation de spectacles dans des conditions aussi restreintes, cette étape est fort encourageante pour la reprise des spectacles dans toutes les régions du Québec d’autant plus qu’elle est solidement appuyée financièrement par le gouvernement du Québec », a souligné dans un communiqué Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ.

Jon Weisz, directeur fondateur de la société Indie Montréal et de Scènes de musiques alternatives du Québec (SMAQ) met un bémol à cette annonce.

C’est un pas vers l’avant. Mais j’ai l’impression que ça ne va pas changer grand-chose. Le problème n’est pas le nombre de personnes qu’on peut mettre dans une place, mais la distanciation qu’il faut respecter. La plupart de nos salles peuvent être remplies à environ 25-35 % de leur capacité. Mais pour rentabiliser les productions, il faut pouvoir mettre 60-70 % de la capacité dans la salle.

Jon Weisz, directeur fondateur de la société Indie Montréal

À noter qu’« en raison des risques importants de contagion et de transmission du virus », les grands évènements et les festivals demeureront interdits jusqu’au 31 août, prévient le gouvernement.

Pour la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM, la décision du gouvernement est difficile à comprendre.

« On est dans une période où il faudrait exercer une prudence, la plus grande, parce qu’on voit que, depuis qu’il y a eu le creux, on a vu les cas remonter graduellement dans plusieurs pays. Alors, d’après moi, ce ne serait pas le temps de relâcher nos exigences. [...] On dit aux gens de ne pas se rassembler dans les maisons privées pour faire le party, et puis, d’un autre côté, on dit qu’on fait des rassemblements de 250 personnes. Je ne vois pas la logique », a-t-elle dit jeudi sur les ondes de RDI.

Et dans les salles de cinéma

« Je prends ça comme une marque de confiance envers les propriétaires de salles, a dit Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec. Ça signifie qu’on a probablement bien fait notre travail. Nous avons à cœur d’[exploiter] nos salles en respectant toutes les règles. Mais maintenant, ça nous prend des films. Et des films grand public. J’espère que, comme Séville avec Suspect numéro un, d’autres distributeurs québécois vont plonger, car ils bénéficient d’une fenêtre unique pour faire voir le cinéma d’ici. »

« Cette décision envoie le message qu’aller au cinéma n’est pas dangereux, se réjouit Vincent Guzzo. Et ça signale aussi aux distributeurs que nos salles auront une meilleure capacité. Ils n’auront pas à faire 10 copies de films pour attirer 500 personnes. Donc, les coûts diminuent. Nous serons prêts pour le 3 août. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Mario Fortin, directeur du Cinéma Beaubien

Mario Fortin, directeur du Cinéma Beaubien, croit que la décision fait une grosse différence dans les grandes salles. « Mais dans nos salles avec un fauteuil sur trois occupés, on ne gagne pas beaucoup de places. La mesure concerne davantage les salles de spectacles. »

M.  Fortin dit visionner beaucoup de films en ce moment, notamment des œuvres québécoises, en vue des semaines à venir. « On essaie d’évaluer quand et comment sortir nos films. Il y a de bons produits qui s’en viennent. »

 – Avec Marissa Groguhé, André Duchesne, Sylvain Sarrazin et Ariane Krol