Cette année pour la fête nationale, la pandémie a empêché la tenue de grands spectacles à Montréal, Laval ou Québec. C’est sur le magnifique site de l’amphithéâtre de Trois-Rivières que les artistes se sont retrouvés pour enregistrer un seul spectacle qui a été diffusé mardi soir sur les quatre grands réseaux de télévision. La soirée en quelques points forts.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Le conte du nouveau monde

PHOTOS YAN TURCOTTE, FOURNIE PAR LA FÊTE NATIONALE

Fred Pellerin

C’est Fred Pellerin qui a ouvert le bal avec un conte du nouveau monde, qui a ensuite été un peu le fil conducteur de la soirée. « Nous sommes issus d’un monde qui allait à la vitesse du son et qui a frappé un mur géant, microscopique. » Mais au « findumondisme » bâti sur la peur, le conteur a opposé le « débutdumondisme » ouvert, dans lequel on pourra recommencer à « se tenir la main et pleurer de joie ». D’autres artistes ont suivi sa trace et sont venus intervenir au cours la soirée, pour continuer à construire ce monde qu’il a imaginé. Celui du présent avec le slammeur David Goudreault, venu célébrer la « valeur propre » de chacun et chacune. Celui du passé vu par Christine Beaulieu, qui a remercié les rivières du Québec en les nommant dans les 10 langues autochtones. Celui du futur imaginé par Gregory Charles, « rempli de promesses pour ceux qui s’y enracinent ».

Beau Dommage

PHOTO YAN TURCOTTE, FOURNIE PAR LA FÊTE NATIONALE

Ariane Moffatt, Michel Rivard et Michèle Desrosiers

Le spectacle s’est envolé en douceur avec Au commencement du monde de Fred Pellerin et Repartir à zéro de Joe Bocan, a pris son envol avec Tout le monde en même temps de et avec Louis-Jean Cormier (entre autres). Plusieurs des invités étaient déjà venus faire une petite apparition, dont Roch Voisine, Cœur de pirate et Marie-Mai, mais c’est la présence d’une partie de Beau Dommage, avec Michel Rivard et Marie Michèle Desrosiers, qui a vraiment lancé les festivités. Amène pas ta gang, Le géant Beaupré, J’ai oublié le jour, puis Le blues de la métropole, qui s’est terminé avec un beau clin d’œil à l’événement hebdomadaire créé pendant le confinement, les Balcons de Montréal, alors que Martha Wainwright (sur un toit), Mara Tremblay et Marie-Pierre Arthur (chacune sur leur balcon) et Corneille (dans une ruelle) se sont joints à la chanson.

La pandémie

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L’amphithéâtre de Trois-Rivières

Les références à la pandémie ont été partout toute la soirée. Des danseurs masqués. Des choristes qui chantent derrière des vitres. Des dessins d’enfants qui défilent. Et surtout une immense salle vide qui rappelle que le confinement est encore loin d’être terminé dans le monde du spectacle, peuplée de petites lumières installées entre les sièges et qui éclairent le grand espace où manque un élément essentiel : le public. Le lieu a d’ailleurs bien été utilisé. FouKi a chanté sur le toit, des danseurs ont dansé sur le terrain et dans les allées, des artistes de cirque ont virevolté, des plateformes ont été installées dans le milieu de la salle – Gregory Charles y a passé une bonne partie de la soirée, installé au piano ! –, des chanteurs se sont avancés sur des passerelles, différents niveaux sur la scène ont permis de jouer avec les angles de caméra. La réalisation de Jean-François Blais, réalisateur de La voix et habitué des spectacles de la Saint-Jean, a été impeccable : il fallait faire de ce spectacle une émission de télé pour y faire passer chaleur et qualité technique malgré les contraintes sanitaires et la distance entre les participants. Il peut dire mission accomplie.

Les numéros

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Vincent Vallières et les Sœurs Boulay

Des dizaines d’artistes ont participé aux différents numéros, composés de beaucoup de pots-pourris et de chansons imbriquées les unes dans les autres, signature du directeur musical Jean-Benoit Lasanté, qui officie aussi à En direct de l’univers. On a eu les chansons à boire avec entre autres Émile Bilodeau et les Sœurs Boulay. Les chansons de feu de camp avec Patrice Michaud, Roch Voisine, Vincent Vallières et Paul Piché qui rassemble tout le monde avec Y’a pas grand-chose dans l’ciel à soir. La Saint-Jean swing avec Corneille et Gregory Charles. Un plus que solide power trio de femmes formé d’Ariane Moffatt, Marie-Mai et Cœur de pirate. Mais aussi des apparitions uniques des Trois Accords, de Lara Fabian, d’Isabelle Boulay. Mélissa Bédard qui chante un Aimons-nous vibrant d’émotion. Un duo charmant formé d’Hubert Lenoir et Pierre Lapointe. Un hommage senti à Renée Claude chanté par Luce Dufault. Bref, on a ratissé large dans cette soirée où le quasi grand absent aura cependant été le rap, mais pendant lequel on a senti le plaisir des artistes de se retrouver ensemble sur scène.

Les animateurs

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Ariane Moffatt et Pierre Lapointe

Ariane Moffatt et Pierre Lapointe avaient déjà animé le show de la fête nationale l’an dernier sur les plaines d’Abraham. Les deux amis se sont retrouvés mardi et ont mené la soirée de main de maître, avec beaucoup d’élégance, n’hésitant pas à y aller d’une anecdote personnelle ou à s’impliquer directement. Presque toujours sur scène, ils ont aussi chanté beaucoup et profité du moment sans tirer la couverture de leur côté. Beaucoup de classe de la part de ces deux « jeunes vétérans » de la scène musicale, dont la démarche rassembleuse semble avoir eu un impact sur l’élaboration de la soirée.

Elisapie, Alexandra et Diane

PHOTO YAN TURCOTTE, FOURNIE PAR LA FÊTE NATIONALE

Elisapie

La présence de la grande Diane Dufresne, qui a interprété sa chanson Mais vivre avec rien de moins que trois orchestres, a bien sûr été un moment solennel. De son côté, après avoir insufflé un moment de douceur avec une de ses pièces, la pianiste Alexandra Stréliski a accompagné le duo de choc formé par Louis-Jean Cormier et David Goudreault sur Les poings ouverts, chanson ouvertement antiraciste. Elisapie, avec son autorité et son calme naturels, a lancé un vibrant appel à la diversité, mais surtout au bien-vivre ensemble et à l’unité. « C’est dans notre multitude que naît notre richesse », a lancé la chanteuse à la fin de ce segment consacré à la diversité, et un des plus sentis. La magnétique pianiste montréalaise l’a ensuite accompagnée sur deux de ses chansons, Moi, Elsie et Amaq, pendant laquelle les deux femmes ont pu mettre en commun, comme lors du gala de l’ADISQ, toute leur puissance et leur sensibilité.

La finale

PHOTOS YAN TURCOTTE, FOURNIE PAR LA FÊTE NATIONALE

La finale

Fred Pellerin est revenu dire un mot à la fin, rappelant qu’il est rare qu’un nouveau monde ait l’occasion d’être un nouveau monde… une deuxième fois ! « Il ne faut pas manquer notre coup, c’est le temps de choisir ce qu’on veut mettre dedans. » Et qui de mieux que Richard Séguin pour venir clore cette soirée festive mais aussi pleine de gravité et d’ouverture. « Une poignée de terre dans les mains, pour se rappeler d’où c’est qu’on vient », dit le refrain de Quand on ne saura plus chanter, que Richard Séguin a entonné entouré de la majorité des artistes. Il y avait quelque chose de très émouvant lorsque la dernière note s’est envolée vers le fleuve, alors que les seuls applaudissements qu’on a entendus ont été ceux des chanteurs et chanteuses et membres de l’équipe, adressés à eux, mais surtout à la résilience du public. Ils ont résonné comme une promesse de jours meilleurs où nous pourrons tous nous retrouver pour chanter, ensemble, le début d’un temps nouveau.