La Traviata, de Verdi, et l’opéra Jenůfa, de Leos Janáček, que devait diriger le réalisateur Atom Egoyan, seront reportés à la saison 2021-2022, a annoncé lundi le directeur général de l’Opéra de Montréal Patrick Corrigan.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

L’Opéra de Montréal a décidé de reporter ses deux productions de l’automne après avoir pris connaissance du Guide de normes sanitaires pour le secteur des arts de la scène, dévoilé la semaine dernière par le gouvernement.

« C’est sûr que ces grandes productions-là, qui comptent plus de 200 artistes, artisans et techniciens, ne sont pas réalisables avec de telles mesures, nous a confié Patrick Corrigan. Il y a plusieurs autres opéras, The Metropolitan Opera, Chicago Lyric, San Francisco Opera, qui sont dans la même situation que nous. »

Le directeur général de l’Opéra de Montréal ne voulait pas attendre trop longtemps non plus avant de se décider afin de « réduire les pertes » et permettre à l’opéra de « reprogrammer » ces productions, un énorme « casse-tête ». C’est ce qu’il compte faire durant la saison 2021-2022.

La Traviata, de Giuseppe Verdi, devait ouvrir la saison 2020-2021 de l’Opéra de Montréal avec le Chœur de l’Opéra de Montréal et l’Orchestre Métropolitain le 26 septembre prochain. C’est la soprano québécoise Marie-Josée Lord, qui devait interpréter le rôle de Violetta, dans une mise en scène d’Alain Gauthier. Rame Lahaj et Jean-François Lapointe faisaient également partie de la distribution.

L’autre production de l’automne, Jenůfa, de Leos Janáček, coproduit par l’Opéra de Victoria, devait s’arrêter à Montréal le 14 novembre. L’opéra dirigé par le réalisateur canadien Atom Egoyan mettait notamment en vedette la soprano Marianne Fiset.

« La logistique pour ces productions est complexe, nous dit Patrick Corrigan, on a besoin de travailler trois mois d’avance. En ce moment, on ne peut même pas entrer dans notre atelier de couture, et quand on va pouvoir le faire, ce ne sera pas 18 couturiers, mais cinq ou six, et on doit travailler sur 200 costumes ! On a aussi un orchestre de 65 musiciens, mais avec les normes sanitaires actuelles, la fosse ne peut accueillir que 30 musiciens... »

L’Opéra de Montréal remplacera ainsi ses deux imposantes productions de l’automne par une petite forme présentée devant un public réduit, qui avait été programmée en mars — mais qui avait dû être annulée. Il s’agit d’un programme double : La voix humaine, de Jean Cocteau et Francis Poulenc et L’hiver attend beaucoup de moi, de Laurence Jobidon et Pascale St-Onge.

« La voix humaine c’est un soliste, et L’hiver attend beaucoup de moins, c’est deux solistes, donc ce sont de petites productions, avec un pianiste et cinq techniciens. Donc, elles se prêtent bien à la situation actuelle et elles sont toutes prêtes », nous dit Patrick Corrigan, qui compte également faire quelques captations virtuelles afin de les diffuser gratuitement à l’automne.

Pour l’instant, les trois autres productions de 2021, déjà annoncées plus tôt cette année, demeurent au programme.

Il s’agit de l’opéra québécois La beauté du monde, de Julien Bilodeau et Michel Marc Bouchard, qui sera présentée en mars dans une mise en scène de Florent Siaud ; Les noces de Figaro, de Mozart, présentée en mai avec une distribution toute canadienne ; et enfin un programme double : Riders to the Sea, de Ralph Vaughn Williams jumelée à une nouvelle création de Hubert Tanguay-Labrosse et Olivier Kemeid, qui sera créé avec le Ballet Opéra Pantomime (BOP).

Dans ces grands bouleversements du printemps et de l’automne, Patrick Corrigan déplore des pertes de 1,1 million de ses revenus de billetterie, mais il souligne l’apport de « généreux donateurs » qui ont permis à l’Opéra de Montréal de garder la tête hors de l’eau.

« Durant les trois ou quatre dernières années, on voit vraiment l’Opéra de Montréal comme une communauté, nous dit encore Patrick Corrigan. C’est une forme coûteuse, qui exige une philanthropie institutionnelle et privée. On s’est donné le but de rassembler les passionnés d’opéra autour de nous pour être des partenaires et nos dons ont augmenté de 500 % ! Au-delà de 30 % des détenteurs de billets pour La flûte enchantée, qu’on a dû annuler en mai, nous ont fait don de la valeur de leurs billets, donc ça montre l’attachement de notre communauté pour cet art. »

Les abonnés ont tous été contactés. Ils peuvent remettre la valeur de leurs billets en don, garder le montant dans leur compte pour un achat ultérieur ou demander un remboursement complet.

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