Une soixantaine d’artisans contractuels viennent de se joindre au nouveau Regroupement des artisans des arts du cirque du Cirque du Soleil, mené par le directeur de création Gabriel Dubé-Dupuis. Ils réclament près de 1 million de dollars au Cirque pour le travail qu’ils ont effectué avant la pandémie.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Dans une lettre ouverte publiée dans notre section Débats, le Regroupement des artisans des arts du cirque du Cirque du Soleil déplore le traitement réservé aux travailleurs contractuels, qui n’ont pas droit à l’assurance-emploi et dont les finances personnelles ont été « dramatiquement affectées » par la crise qui secoue le Cirque.

Ses membres souhaitent être reconnus comme des « travailleurs uniques » et « obtenir un engagement de la part du Cirque quant au paiement de ces créances ». Une poursuite n’est pas exclue.

Parmi eux, « des artistes, acrobates, metteurs en scène, scénographes, chorégraphes, compositeurs, éclairagistes, directeurs de production, directeurs de création, directeurs techniques, producteurs délégués, techniciens, coordonnateurs, etc. ; qui ont soit un statut de travailleur autonome ou celui de petite entreprise ». La moyenne de leur créance individuelle se situerait autour de 16 000 $ CAN.

PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL DUBÉ-DUPUIS

Le directeur de création Gabriel Dubé-Dupuis travaille pour le Cirque du Soleil depuis une vingtaine d’années.

Gabriel Dubé-Dupuis, qui travaille comme directeur de création — notamment sur des spectacles destinés aux navires de croisière MSC —, a senti le besoin de représenter ses collègues. Il s’est d’ailleurs confié le week-end dernier au journaliste Dan Bilefsky, du New York Times.

Lisez le texte du New York Times (en anglais)

« Quand j’ai appris que le Cirque avait décidé de suspendre ses paiements, ça m’a donné mal à l’estomac, parce que j’avais des engagements financiers et que le Cirque me devait plus de 70 000 $… J’ai constaté qu’il y avait plusieurs personnes dans ma situation, qui recevaient des réponses automatiques. Elles voulaient bien me suivre avec ce Regroupement, mais elles avaient peur d’être nommées, peur d’être identifiées, peur de ne plus avoir de contrats… »

Celui qui travaille pour le Cirque depuis une vingtaine d’années a donc décidé de prendre la parole, « par intégrité professionnelle ».

« Je me suis dit qu’en tant que directeur de création, c’est ma responsabilité de me lever, nous dit Gabriel Dubé-Dupuis. Je le dois aux gens qui m’ont précédé, des gens audacieux comme Gilles Ste-Croix, qui ont marché de Baie-Saint-Paul à Québec en échasses, de prendre la parole et dire, non, ça ne marche pas. Il y a un lien qui se créé entre un directeur de création et ses créateurs pour leur permettre d’entrer dans une zone libre de soucis pour créer et innover et atteindre la qualité du Cirque du Soleil. »

La Presse avait fait état, le mois dernier, des doléances d’une demi-douzaine d’artistes, concepteurs, techniciens et metteurs en scène qui réclamaient des sommes variant de 2000 à 5000 $. Leurs factures envoyées au Cirque étaient restées lettre morte. Ils font maintenant partie de ce Regroupement.

Lisez notre article

« On veut donner une voix et une force à ces gens-là, qui sont des artistes qui doutent, qui n’osent pas parler trop fort, qui ont peur d’être punis par le Cirque le jour où il reprendra ses activités, précise Gabriel Dubé-Dupuis. J’essaie d’être redevable à la prochaine génération aussi. Je suis prêt à risquer de ne pas être réembauché comme directeur de création, si c’est ça que ça veut dire. »

La lettre du Regroupement a été envoyée la semaine dernière au président du conseil d’administration du Cirque, Mitch Garber. La réponse est arrivée mardi.

« Essentiellement, on nous a dit que oui, il y a de l’argent qui a été injecté [on parle ici du financement d’urgence de 50 millions US obtenu auprès de ses trois principaux actionnaires], mais malheureusement, il ne pourra servir qu’à maintenir la compagnie à flot. Pour nous, c’est insatisfaisant, répond Gabriel Dubé-Dupuis. Donc, on veut parler aux élus et à la Caisse de dépôt. Si la Caisse finance le Cirque, on veut qu’ils paient les artistes du Cirque qui sont essentiels à la survie du Cirque du Soleil. »

Gabriel Dubé-Dupuis souhaite d’abord se faire entendre avant d’envisager d’autres moyens légaux.

« Cette compagnie-là jouit d’une reconnaissance artistique internationale incomparable depuis plusieurs décennies, mais ne s’occupe même pas des personnes responsables de sa propriété intellectuelle. Je suis désolé, mais ça ne paraît pas très bien. On ne veut pas démolir l’image de la compagnie, au contraire, on veut le succès et la renaissance du Cirque, mais on veut juste leur dire : oubliez-nous pas. »