Le ministre du Patrimoine canadien Steven Guilbeault a participé jeudi à une discussion lancée par CINARS sur l’impact de la COVID-19 sur la diffusion internationale des arts de la scène

Jean Siag Jean Siag
La Presse

L’enjeu est de taille. L’arrêt de la circulation des œuvres et créations québécoises et canadiennes inquiète de plus en plus le milieu des arts vivants. D’où cette discussion avec le ministre du Patrimoine canadien Steven Guilbeault, qui s’est montré à l’écoute des demandes formulées par les milieux concernés.

« Je sais que vous faites le maximum en ce moment pour relever toutes sortes de défis urgents, notamment, rembourser les billets d’événements annulés, retenir vos abonnés après la pandémie, garder vos commanditaires canadiens et étrangers, planifier votre prochaine saison sans date de déconfinement, rester à flot avec des marges excessivement serrées… »

« S’il y a un message que j’aimerais vous transmettre, a-t-il poursuivi, c’est que votre gouvernement est là pour vous. Pour vous accompagner et vous aider à passer au travers. »

Voici quelques points qui ont été abordés au cours de cette discussion avec le ministre du Patrimoine canadien.

Le fonds d’urgence de 500 millions

On parle ici du fonds d’urgence annoncé par le gouvernement de Justin Trudeau il y a près de deux semaines pour venir en aide aux milieux culturels et sportifs. Les détails de ce programme seront connus « dans quelques jours » a précisé le ministre Guilbeault. « Les organismes qui subissent ou subiront des pertes financières à cause de la COVID-19 pourront avoir recours à cette aide », a-t-il tout de même soutenu, en insistant sur le fait qu’il s’agissait d’un fonds d’urgence et non d’un fonds de relance.

L’aide aux tournées internationales

La directrice générale de l’Usine C, Danièle de Fontenay, a interpellé le ministre sur l’importance des tournées internationales sur les revenus autonomes des compagnies de création canadiennes, autant pour prolonger la vie des œuvres créées que pour faire rayonner les artistes à l’étranger. Et sur le fait que ces tournées se préparent souvent deux années d’avance, réclamant ainsi un fonds d’aide. M. Guilbeault a laissé entendre que ce sont les entreprises culturelles qui prioriseront les secteurs qu’elles jugeront prioritaires dans la gestion du fonds d’urgence de 500 millions.

Travaux d’infrastructures

Le ministre Guilbeault a indiqué que cette période de pause était peut-être le bon moment de faire des rénovations dans des lieux culturels. « J’ai eu plusieurs discussions avec la ministre [Catherine] McKenna, responsable des Infrastructures, et elle est très intéressée par le soutien aux entreprises dans le cadre de notre projet fédéral-provincial. Il y a plusieurs centaines de millions de dollars qui sont disponibles pour les provinces et les territoires dans ce programme, donc je vous encourage si vous avez des projets sur la planche à dessin ou dans vos tiroirs, c’est le temps de les sortir et de les mettre à jour. »

Sondage de CINARS

Le directeur du développement de CINARS, Gilles Doré, a présenté les résultats d’un sondage auquel ont participé 850 répondants au mois d’avril, incluant des programmateurs, des directeurs d’événements, des compagnies de création ou encore des agents. Ce qu’il en ressort, c’est que la majorité des répondants ne croit pas pouvoir reprendre ses activités « normales » avant la saison 2022-2023, 91 % des répondants prévoyant une diminution de leurs déplacements professionnels jusqu’en 2021. « L’objectif pour CINARS, c’est d’éviter qu’on se retrouve trop loin. Il faut donc dynamiser les deux premières années, CINARS maintient sa biennale pour novembre 2020. »

Programmes du Conseil des arts du Canada

Les échéanciers des programmes du Conseil des arts du Canada (CAC) ont fait l’objet d’un débat. Gilles Doré, de CINARS a rappelé que « plusieurs compagnies et agents négociaient présentement des reports de tournées au niveau national et international et ce pour les mois qui viennent, sinon l’année. » Or, le Conseil des arts du Canada (CAC) a suspendu les programmes de tournées jusqu’en septembre, ce qui met à risque les négociations présentes, a-t-il fait valoir. Le ministre Guilbeault a répondu que le CAC était une entité autonome, avec son propre conseil d’administration. « Je peux parler à M. Brault [Simon Brault, le directeur et chef de la direction du CAC] pour savoir dans quel contexte cette décision a été prise, mais plus que ça, ce serait déplacé de ma part. »

Exportation créative Canada

Le ministre Guilbeault a confirmé que le programme Exportation créative Canada n’était pas suspendu. « La 3e cohorte est en cours. Les demandes ont été soumises. La date limite était le 11 mars, donc elles sont en analyse présentement. Les responsables du programme vont communiquer avec les demandeurs pour leur demander de mettre à jour leur dossier, mais les programmes que nous avons à Patrimoine ne seront pas abolis. Le mot d’ordre au sein du Ministère, c’est la flexibilité. Comment faire preuve de flexibilité compte tenu d’un environnement où les choses changent de jour en jour. Donc le programme Exportation créative Canada se poursuit et les demandes pour la 4e cohorte pourront être déposées pour novembre 2020. »