Il y a deux ans, Angèle jouait sur de toutes petites scènes, quand ce n’était pas dans des bars. L’idée même d’avoir sa chance dans une salle d’envergure relevait du fantasme pour la jeune chanteuse belge. Après avoir conquis l’Europe, elle s’est produite vendredi au Centre Bell devant plus de 8000 spectateurs. Ce n’est pas un mince exploit : le nombre d’artistes franco-européens susceptibles de se produire dans la plus grande salle en ville se compte sur les doigts des deux mains. Peut-être même d’une seule…

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Pour le retour d’Angèle à Montréal – elle était au MTelus lors des Francos, en juin dernier –, la scénographie était semblable à celle que la chanteuse présente sur les grandes scènes Outre-Atlantique : deux énormes cubes sur lesquels prenaient place ses deux musiciens, un batteur et un claviériste. Entre les deux formes géométriques, un passage.

C’est là qu’elle est apparue pour ouvrir son concert avec La thune, sous les cris nourris d’une foule variée comprenant tout de même bon nombre de jeunes femmes et d’adolescentes qui, on allait bientôt le constater, connaissaient par cœur les paroles de presque toutes ses chansons. Même celles publiées le mois dernier sur Brol la suite, version augmentée de son album Brol, qui s’est vendu à plus d’un demi-million d’exemplaires.

Il y a déjà dans cette chanson ce qui fait qu’Angèle se démarque : une ironie mordante, tempérée par un côté bouffon. Un équilibre entre légèreté et esprit critique qu’on retrouve dans bien d’autres de ses morceaux. L’idée, c’est tout de même d’avoir du plaisir. La jeune vedette s’est donc démenée en début de programme. Elle n’était pas qu’une figurante parmi la demi-douzaine de danseuses qui l’entouraient sur les planches.

Après avoir enfilé quelques morceaux, à la pulsation pop soulignée, dont La loi de Murphy, Tu me regardes, Jalousie et Les matins, elle a plongé dans l’atmosphère plus trouble d’Insomnies. L’instant d’après, on la retrouvait seule au clavier pour amorcer Ta reine, touchante chanson d’amour entre filles, que le Centre Bell en entier a entonnée au refrain.

Angèle a fait le pari de se produire sans écrans géants, forçant les regards à se concentrer sur la scène, sur ses musiciens, sur ses danseurs et sur elle. La chanteuse possède le charisme qu’il faut pour assumer ce choix, sans aucun doute.

Par moments, toutefois, la scène, trop peu habillée par les éclairages, ressemblait à une boîte noire un peu vide. Seul autre irritant : les percussions bousculaient trop la voix d’Angèle, pas toujours suffisamment amplifiée.

Jolie surprise, en milieu de concert, Angèle, seule au clavier, a annoncé une reprise d’un duo enregistré par une chanteuse québécoise et une française. Puis, elle a entonné On brûlera, pour être vite rejointe sur scène par Pomme et Safia Nolin. Le duo d’amour s’est transformé en un fort beau trio, les trois chanteuses se passant le relais, puis mariant leurs voix en répétant : « Je t’aimerai encore… »

Après cette douceur et un autre morceau lent, le spectacle a repris du tonus avec une version assez pétaradante de Balance ton quoi, qui a fait remuer le foule jusqu’en haut, dans les gradins. La pulsation dansante est restée pour Que du love, livrée sous un ballet d’éclairages rose et bleu. Lorsque Angèle a interprété Perdus, d’une voix à la fois forte et flexible, on s’est demandé pourquoi, sur disque, elle a abusé des effets numériques. Sa voix toute dépouillée est bien plus touchante.

Avant d’entamer la dernière ligne droite de son spectacle, elle a accueilli un autre invité. Virtuel celui-là : dans les larges yeux qui surplombaient la scène, son frère Roméo Elvis est apparu le temps de chanter le mégasuccès Tout oublier. Peu loquace entre les chansons, Angèle a souligné plus d’une fois combien elle trouvait l’accueil géant. Et en regardant le parterre remuer pendant Flou, on n’a pu qu’acquiescer. Angèle et le Centre Bell, ç’a été une grande rencontre.

En début de programme, Les Louanges a profité de ce qui était sans doute la plus grande scène qui lui a été donnée de fouler pour interpréter environ une demi-douzaine de morceaux. Excité, mais pas vraiment intimidé, il a livré ses chansons avec bagout et aisance. Et, pour tout dire, on voit rarement de premières parties qui reçoivent un tel accueil. La foule a chanté avec lui (« une panthère dans la chambre… ») et lui a même offert une jolie constellation de cellulaires allumés. En voilà un qui s’est fait de nouveaux amis.