Après 15 ans au conseil d’administration du Partenariat du Quartier des spectacles, dont sept à la présidence, Jacques K. Primeau tire sa révérence, et Monique Simard le remplace. En entrevue, tous deux laissent voir que la succession se fait dans la continuité. Avec un dossier prioritaire : les revenus autonomes des festivals.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Jacques K. Primeau est arrivé à l’entrevue décontracté et souriant. « J’ai réalisé que pour la première fois depuis 27 ans, je ne porte pas de chapeau », dit-il.

C’est que l’agent d’artistes et producteur – qui n’a jamais cessé de l’être au cours de ces années – a consacré 27 ans de sa vie, à titre bénévole, à siéger à des conseils d’administration – ou à les présider –, d’organismes culturels, dont l’ADISQ et le Partenariat du Quartier des spectacles, qu’il quitte pour faire place à Monique Simard.

« Je ne pars pas parce que le projet est moins le fun, dit l’homme de 62 ans. Mais quoi de mieux que de partir au bon moment, alors que l’organisme est sur sa lancée et qu’il bénéficie d’un financement à long terme ? »

Jacques Primeau et Monique Simard se connaissent bien. Et visiblement, la nouvelle arrivée reprendra le flambeau là où Primeau le laisse. L’un de ses dossiers prioritaires sera la question du financement autonome des festivals.

Depuis 2003, année de son lancement, le Quartier des spectacles a littéralement explosé avec des investissements publics de 200 millions de dollars auxquels se sont amarrés des projets privés. De vieux édifices ont été rénovés. Des terrains vagues accueillent de nouvelles constructions. Des commerces ont émergé. Or, leur arrivée a eu un effet négatif pour les organisateurs de grands festivals qui, en février, ont fait connaître leur mécontentement.

Jacques K. Primeau se dit pleinement conscient de la situation.

« Le problème avec cette expansion fut l’arrivée massive de restaurants, de bars, etc. Cela a eu un impact majeur sur les revenus autonomes des festivals dont une partie de la programmation est gratuite. Ils baissent et ne sont pas remplacés. »

S’il y a moins de revenus autonomes, les festivals engageront moins de musiciens, feront moins de concerts, qui seront de moindre envergure. Et la qualité qu’on a toujours présentée au public sera en régression. Cela m’inquiète.

Jacques K. Primeau, ex-président du conseil d’administration du Partenariat du Quartier des spectacles

« Il faut se casser la tête pour trouver des solutions, dit Monique Simard. On ne peut pas nier les chiffres. Or, si les revenus autonomes baissent, est-ce que ce sera compensé par des subventions d’organismes publics ? Pas vraiment. On doit donc se pencher pour trouver des solutions innovantes en matière de fiscalité. »

Elle rappelle que les hôtels montréalais paient déjà une taxe destinée à la promotion du tourisme et que les hôtes Airbnb perçoivent maintenant la taxe sur l’hébergement.

Autre défi important pour les festivals : la gestion de l’espace. Comme il s’est construit beaucoup d’édifices et de places publiques, les festivals ont moins de place pour ranger leurs équipements.

Relier les pôles

Ces défis ne doivent pas faire oublier que le Quartier des spectacles est, justement, en pleine expansion. Et que c’est loin d’être terminé.

Situé dans le quadrilatère composé des rues Sherbrooke, Saint-Denis, City Councillors et du boulevard René-Lévesque, le lieu a bien changé depuis la fondation du Partenariat en 2003. Pensons à la création de la place des Festivals, à la construction de l’Édifice Wilder, à l’Îlot Balmoral, où l’Office national du film du Canada (ONF) est en train d’emménager, aux Jardins Gamelin, au Carré Saint-Laurent, à l’édifice du 2-22 juste en face et au dôme de la Société des arts technologiques, pour ne nommer que ceux-là.

De nouvelles formes d’art se sont installées. Par exemple, la danse s’est concentrée dans l’Édifice Wilder. De plus, même si le Quartier est d’abord un lieu de diffusion, il attire de plus en plus de créateurs.

Jacques K. Primeau, ex-président du conseil d’administration du Partenariat du Quartier des spectacles

L’arrivée de l’ONF en est le meilleur exemple. Dans le même édifice se trouvera l’École des arts numériques, de l’animation et du design, qui forme des experts en jeux vidéo. Et les humoristes testent leurs nouveaux numéros au Bordel Comédie Club. 

En plus, de nombreux projets restent à venir. Que faire par exemple avec l’ancienne gare d’autocars sise en face de la Grande Bibliothèque ? « Ce lieu aura besoin de beaucoup d’amour, reconnaît Jacques Primeau. Mais il peut se transformer de façon grandiose en partenariat avec l’UQAM et la Grande Bibliothèque. » « On doit prendre les devants, dit l’ancienne présidente et chef de la direction de la SODEC. Comme l’endroit appartient à la Ville, il faut réfléchir ensemble à une vocation culturelle. »

M. Primeau souhaite aussi un meilleur arrimage organique entre les trois pôles du quartier : ceux de l’ouest (place des Festivals), du centre (autour du boulevard Saint-Laurent) et de l’est (rue Saint-Denis). « Ça peut être fait avec un parcours d’arts publics, ou numériques, un lien d’éclairage », glisse-t-il.

Le Quartier doit aussi s’arrimer, se fondre avec les quartiers environnants, estiment nos deux interlocuteurs.

« La tête du Réseau express métropolitain sera sur l’avenue McGill College, dit M. Primeau. Dès la sortie du REM, il faut que nous soyons attirants, que les gens sentent qu’ils sont aux abords d’un quartier culturel. Et de fait, nous sommes à 600 mètres. »

« Avec les travaux actuels, il sera plus agréable de déambuler dans la rue Sainte-Catherine, ajoute Mme Simard. Il y a une vision bien pensée pour une circulation naturelle du centre-ville vers le Quartier des spectacles. Il y a même une petite pente descendante. »

S’il est fier de nombreux bons coups, comme le développement des installations numériques, dont beaucoup s’exportent, les balançoires du boulevard De Maisonneuve, qui devaient être éphémères, ou les Jardins Gamelin, aménagés dans un endroit peu fréquentable il y a à peine 10 ans, M. Primeau est moins heureux de certains projets, comme celui de Maestria. 

« Deux tours de 60 étages devant la place des Festivals, ce n’était pas ma vision de développement idéale, dit-il. Mais ce sont des terrains privés. On a un pouvoir d’influence, mais on ne peut pas tout contrôler. »

Au-delà des aménagements, il est surtout fier de la vision qui s’est transmise d’une administration municipale à l’autre au bénéfice du quartier. Il donne l’exemple de la construction de l’esplanade Clark et de sa patinoire. « Rêvée par Gérald Tremblay, amorcée sous Denis Coderre et ouverte [selon les projections] sous Valérie Plante. Cela montre comment les gens se sont passé le projet », se réjouit-il.

Toujours agent de plusieurs artistes, coproducteur de Tout le monde en parle, M. Primeau n’entend pas prendre sa retraite. Au contraire, il caresse de nouveaux projets.

« Et maintenant que je ne serai plus en conflit d’intérêts, j’en ai peut-être pour le Quartier des spectacles », avance-t-il.

Que Madame la nouvelle Présidente se le tienne pour dit !