De 2002 à 2009, Jean Maheux a enfilé 161 fois le double costume de Cervantès et de Don Quichotte dans L’Homme de la Mancha. Dix ans après la dernière représentation, il s’apprête à endosser de nouveau le rôle principal de cette comédie musicale, présentée à compter de mardi sur les planches du Théâtre du Rideau Vert.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

L’acteur-chanteur l’avoue d’emblée : il a « eu la chienne » lorsqu’il a reçu le coup de fil du metteur en scène René-Richard Cyr lui demandant s’il était prêt à repartir avec lui à la chasse aux moulins à vent. « J’ai pris le temps d’y réfléchir, car c’est un rôle très physique : je perds cinq livres par show ! Mais tout mon cœur me disait d’y aller ! »

Il faut dire que Jean Maheux en porte lourd sur les épaules dans cette production. Il incarne un Cervantès écroué en prison en pleine Inquisition espagnole, qui, pour distraire ses codétenus, leur raconte l’histoire de Don Quichotte et de son fidèle compagnon Sancho. De sa bouche naissent mille lieues, mille personnages, mille aventures… L’acteur ne quitte pratiquement pas la scène et interprète bien des chansons du spectacle…

Production ressuscitée

Si Jean Maheux avait dit non, la version québécoise de L’Homme de la Mancha serait morte de sa belle mort. Tout simplement. Car pour René-Richard Cyr, impossible de ressusciter cette production sans avoir à ses côtés les trois interprètes principaux : Jean Maheux, Sylvain Scott, qui incarne Sancho Pança, et Évelyne Gélinas, dans le rôle de la prostituée Aldonza.

Une reprise de cette comédie musicale encensée par la critique dès sa création, en 2002, au Centre culturel de Joliette, ne figurait pas dans les cartons du prolifique metteur en scène.

Quand mon amie Denise Filiatrault m’a demandé si j’avais le temps de monter un spectacle pour cette saison, je lui ai d’abord dit non. Puis j’ai pensé à L’Homme de la Mancha, qu’on n’a pas fait depuis 10 ans. Je me suis dit : si toute la gang embarque, on le fait !

René-Richard Cyr, metteur en scène

Ils ont tous accepté, sauf Catherine Vidal, qui est remplacée sur scène par Joëlle Bourdon. Mais il y avait un hic. « Après 10 ans, le décor n’existait plus, les costumes non plus… » Tout a donc été refait par les mêmes concepteurs qu’en 2002 ! Seule modification notable : les musiciens présents sur scène ont changé et ils sont maintenant dirigés par Chris Barillaro, qui a travaillé avec René-Richard Cyr sur la version anglaise des Belles-Sœurs.

« Pour le reste, le spectacle est un copier-coller de la production originale. Je vais être prétentieux, mais pourquoi changer quelque chose qui est parfait ! Le spectacle se tient tellement bien ! »

Spectacle encensé

Depuis sa création en 1965 à Broadway, L’Homme de la Mancha croule, il est vrai, sous les éloges ; le spectacle original a tenu l’affiche sur Broadway pendant cinq ans et la version française est célébrissime. Le traducteur, un certain Jacques Brel, y est pour beaucoup. D’ailleurs, beaucoup de personnes ignorent toujours que la chanson La quête n’est pas de Brel ; elle a été traduite du texte original américain.

La production occupe aussi une place à part dans le panthéon personnel de René-Richard Cyr.

Ma vieille mère, qui est morte à l’âge de 100 ans en mars dernier, a vu tout ce que j’ai fait, et L’Homme de la Mancha, c’était un peu son top !

René-Richard Cyr

« L’écho que le spectacle trouve chez le public est aussi fort que pour les Belles-Sœurs, poursuit le metteur en scène. Ça rit, ça pleure, ça vient et revient. C’est rare au théâtre qu’on revoit deux fois la même pièce, mais la musique a ce pouvoir-là.

« C’est une histoire qui rejoint tout le monde, notamment les gars. Ils se reconnaissent dans ce personnage idéaliste et protecteur, qui voit la vie telle qu’elle devrait être et non telle qu’elle est. Tout le monde y trouve son compte. Après tout, on parle de Don Quichotte, qui est, dit-on, le deuxième livre le plus lu après la Bible… »

Dès mardi et jusqu’au 9 novembre au Théâtre du Rideau Vert