(Aix-en-Provence) Une Tosca comme les lyricomanes ne l’ont jamais vue : au festival d’Aix-en-Provence, le metteur en scène français Christophe Honoré a transformé l’opéra de Puccini en une version « cinématographique » rendant hommage aux grandes chanteuses de ce rôle tragique, notamment la légendaire Maria Callas.

Agence France-Presse

Lors de la première jeudi, Christophe Honoré — plus célèbre pour ses films que pour ses productions d’opéra — a complètement déstructuré le chef-d’œuvre, en mettant deux Tosca sur scène : une prima donna, interprétée par Catherine Malfitano, 71 ans, une des plus grandes sopranos américaines (et elle-même une légendaire Tosca) face à sa jeune compatriote Angel Blue, star montante du lyrique.

« Je voulais dresser le portrait d’une soprano qui aurait chanté Tosca et confronter ces deux chanteuses pour explorer la transmission du rôle et même la jalousie entre chanteurs », explique Christophe Honoré à l’AFP. « J’ai choisi de raconter le travail d’artiste, notamment dans une œuvre où l’héroïne est une chanteuse d’opéra, une personne qui a consacré sa vie à l’art. »

L’opéra créé en 1900 à Rome est l’histoire fictive de Floria Tosca, célèbre cantatrice amoureuse d’un peintre, Mario Cavaradossi, mais convoitée par l’odieux chef de police Scarpia. Après avoir emprisonné son amoureux, Scarpia, l’un des plus grands vilains du genre lyrique, soumet Tosca à un chantage : soit elle se donne à lui, soit Cavaradossi est exécuté.

Lors du célèbre air de soprano Vissi d’arte (J’ai vécu d’art), Christophe Honoré a fait défiler sur deux écrans — omniprésents dès le début de la production — des images d’archives montrant notamment Maria Callas dans ce passage, mais aussi une jeune Catherine Malfitano ou Raina Kabaivanska, autre grande Tosca.

Toute la version de Honoré a été conçue comme une mise en abime mêlant les évènements de l’opéra à l’histoire d’une ancienne diva plongée dans ses souvenirs.

Le premier acte se déroule non pas dans l’église Sant’Andrea à Rome comme dans le livret, mais dans un grand salon où la prima donna met un ancien disque d’elle en train de chanter des arias. Des artistes s’invitent pour chanter leur rôle respectif comme dans une répétition, avec deux caméras les suivant partout, projetant différents angles de l’action sur les écrans.

Pour cette Tosca, le cinéaste français justifie le côté cinématographique pour donner au spectateur d’avoir « une contre-lecture de ce qui se passe sur scène ».