Les 7 Doigts ont donné, hier soir, le coup d’envoi officiel du 10e festival Montréal complètement cirque avec leur spectacle hommage au peintre Jérôme Bosch. Un spectacle visuellement époustouflant, qui explore le legs du célèbre artiste de la Renaissance.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Entrer dans l’œuvre de Jérôme Bosch. C’est ce que proposent les 7 Doigts dans ce spectacle créé au Danemark, il y a près de trois ans, pour souligner les 500 ans de la mort du peintre néerlandais.

La pièce acrobatique s’ouvre sur la conférence d’un professeur d’histoire de l’art, qui s’intéresse à l’œuvre de Bosch. Devant nous, Le jardin des délices est projeté sur un écran géant en fond de scène.

Toute l’imagerie de ce triptyque complexe et énigmatique est exploitée dans ce spectacle qui mêle habilement cirque et cinéma d’animation.

Il est question d’Adam et Ève dans le Paradis, de l’Humanité avant le Déluge et de l’Enfer. La partie centrale est la plus dense et la plus impudique, avec ses personnages nus qui dévorent des fruits rouges dans un décor verdoyant, aux côtés d’animaux, de créatures étranges, de coquilles d’œufs, de cornemuses et de coquillages.

Vous l’aurez compris, la narration du professeur nous donne plusieurs clés pour comprendre l’œuvre de l’artiste. Le procédé est efficace, quoique par moments trop didactique. Quelques segments mériteraient en tout cas d’être raccourcis.

Là où les 7 Doigts frappent fort, c’est dans l’animation de ces tableaux. L’artiste visuel français Ange Potier transforme Le jardin des délices, mais aussi L’escamoteur, les Visions de l’au-delà, ou encore Le chariot de foin en véritables films d’animation.

Mieux, les acrobates ont été filmés à l’intérieur de ces tableaux et en ressortent comme par magie pour exécuter leurs numéros. Ces scènes-là sont magistrales.

Mentions spéciales au numéro d’équilibre dans une immense bulle, au numéro de roue Cyr sorti tout droit du tableau du Chariot de foin, au déploiement de mâts chinois dans un incendie (inspiré des flammes qui ont ravagé Bois-le-Duc, ville natale de Bosch) et au duo de cerceau aérien sur les pièces des Doors The Crystal Ship et Light my Fire, sans doute le clou du spectacle.

Le metteur en scène Samuel Tétreault nous l’avait dit : il voulait explorer le legs de Bosch sur ses contemporains. D’où la présence de Salvador Dalí, dont le surréalisme a des affinités manifestes avec la fantasmagorie de Bosch, et celle de Jim Morrison, qui a composé la pièce Ship of Fools en s’inspirant de La nef des fous. La présence de la fille du professeur d’histoire est plus nébuleuse, mais on dira qu’elle hérite de la passion de son père.

Ce qui est frappant, c’est qu’en combinant les univers de tous ces artistes, on se rend compte que le cirque lui-même s’inscrit parfaitement dans le monde onirique de Bosch, avec ses créatures étranges, comme l’homme-arbre et les nymphes ailées, ou ses instruments de musique.

Bosch Dreams a certes quelques défauts — les transitions entre les tableaux sont parfois inutiles ou laborieuses et il y a une lenteur un peu agaçante dans le déploiement des tableaux —, mais, finalement, on est projeté avec délice dans cet univers visuellement époustouflant. Un procédé qu’on n’avait pas vu encore chez les 7 Doigts.

À la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau jusqu’au 14 juillet