La troupe anglaise Gandini Juggling a ouvert mercredi soir à la TOHU les festivités de Montréal Complètement cirque avec son spectacle Spring, qui mêle danse, manipulation et jonglerie. Une démonstration de virtuosité réalisée par une dizaine d’interprètes inspirés, dont le jongleur prodige Wes Peden.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

La compagnie menée par Sean Gandini nous avait charmé en 2013 avec son spectacle hommage à Pina Bausch (Smashed) où neuf interprètes jonglaient et dansaient avec des… pommes. Puis, avec 4 x 4 Ephemeral Architectures, performance de jonglerie et de ballet sur la musique d’un quintette à cordes.

Spring se nourrit de cette même poésie des mathématiques, où les interprètes explorent (toujours dans le mouvement) toutes les séquences de chiffres possibles, inspirés des théories du solfège de la jonglerie. Avec finesse, douceur et virtuosité.

Ce dernier opus est une référence au printemps et aux couleurs qui renaissent soudainement, comme en témoigne ces anneaux qui passent magiquement du blanc au rouge, au jaune, au vert ou au bleu dans une parfaite synchronicité (sur commande !). Un excellent filon, qui n’avait pas besoin des « intermèdes humoristiques » sur les couleurs (qui ont fait chou blanc).

Il y a donc la prouesse de jongler avec plusieurs balles ou anneaux, mais c’est la constance, la durée et la précision de ces manipulations faites en mouvement qui impressionnent (beaucoup plus que le nombre d’objets lancés).

Les chorégraphies signées Alexander Whitley malaxent danse et jonglerie avec ingéniosité, l’un cédant le pas à l’autre. Les projections de couleurs (sur un écran en fond de scène) et les jeux d’ombres contribuent également au plaisir de ce spectacle très visuel.

Malgré la qualité des performances, il y a une certaine redondance dans le geste qui s’installe. Les manipulations faites seuls, à deux, à trois ou en groupe ; couchés, assis ou debout, finissent par se ressembler et par avoir un effet engourdissant… On a parfois l’impression d’être face à des derviches tourneurs.

Heureusement, ces séquences hypnotiques sont brisées par les solos du jongleur américain Wes Peden, « invité spécial » de Gandini. Ses numéros hyper créatifs – et techniquement incroyablement difficiles – sont de véritables moments de grâce. L’artiste formé en Suède sait après se fondre au groupe. Il est le sel de Spring.

La musique dramatique (la plupart du temps) est un tantinet anxiogène, ce qui ne nous empêche pas d’apprécier l’effet du tempo sur les séquences de jonglerie privilégiées. L’arrimage de la jonglerie avec la chorégraphie et la musique relève de l’exploit, il faut le reconnaitre. Cette troupe réunit certainement la crème des jongleurs. Une belle entrée en matière au festival.

Ce soir, les 7 Doigts prennent le relais à la Salle Pierre-Mercure avec leur spectacle Bosch Dreams, en hommage au peintre néerlandais de la Renaissance, Jérôme Bosch.

Spring est présenté à la TOHU jusqu’au 8 juillet.