La TOHU conclut sa saison, comme le veut la tradition, avec le spectacle des finissants de l’École nationale de cirque de Montréal. Une cohorte de 26 artistes prometteurs dirigés par le metteur en scène Alain Francoeur, qui les a tous réunis sur scène dans une courtepointe un brin chaotique.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

L’École nationale de cirque (ENC) avait pris l’habitude de former deux groupes de finissants et de présenter en alternance deux spectacles distincts, créés par deux metteurs en scène distincts. Cette fois-ci, tous les finissants ont été intégrés à un seul et même spectacle baptisé Où vont les fleurs ?

L’idée n’est pas mauvaise, mais le nombre élevé d’interprètes dans une seule production est, vu le court temps de création, un défi à haut risque.

Alain Francoeur, qui a mis en scène les trois derniers spectacles du Cirque Alfonse, s’est lancé dans l’aventure avec un autre objectif : éviter le piège de présenter une succession de numéros — ceux des épreuves finales des finissants. C’est le défi de tous les metteurs en scène de ces spectacles de fin d’année, soit dit en passant.

PHOTO ROLAND LORENTE, FOURNIE PAR L’ÉCOLE NATIONALE DE CIRQUE

Où vont les fleurs ?, des finissants de l’École nationale de cirque de Montréal, est présenté à la TOHU jusqu’au 9 juin.

Le concept du spectacle, découpé en une dizaine d’épisodes — une allusion aux séries télé, selon Alain Francoeur —, permet au metteur en scène de créer divers environnements avec des sous-groupes. Mais ces vignettes aux styles totalement différents (une mascotte Cookie Monster fait même une apparition sur scène) donnent une impression de chaos.

Dans ce contexte, on n’a pas l’impression que les artistes parviennent à se faire valoir — ce qui est pourtant le but de l’exercice.

Il y a quand même des segments vraiment intéressants. Qu’on pense au trio formé par Basile Philippe, Adam Grondin et Madison Ward, qui multiplient les acrobaties autour de deux sofas (et plus tard dans un numéro de parkour) ; à la prestation de l’artiste aérienne Brittany Gee-More, qui chante One divinement ; ou encore au duo de trapèze ballant de Célien Pinon et Nicolas Allard, fameux.

On apprécie également les choix musicaux éclectiques d’Alain Francoeur, qui nous fait passer d’une époque à l’autre sans complexes. Musique rétro, chanson francophone, pop, rock, alternatif : on passe de Depeche Mode à La Femme, de Radiohead aux mélodies de Yann Tiersen, sans oublier Marlene Dietrich chantant Où vont les fleurs ? (qui a donné le titre du spectacle).

PHOTO ROLAND LORENTE, FOURNIE PAR L’ÉCOLE NATIONALE DE CIRQUE

Mais le clou de cette soirée est sans aucun doute ce numéro de corde lisse à six sur fond de musique métal, dans lequel des joueurs de diabolo s’échangent leur projectile au-dessus du corps suspendu d’un acrobate inerte. Un ballet vertigineux, sans filet, réalisé avec une énergie et une fougue extraordinaires.

Somme toute, on peut bien saluer cette tentative de repenser le spectacle de fin d’année, mais force est de constater que la formule des deux spectacles est plus efficace et surtout plus à l’avantage des artistes.