Un jeune homme est debout, face à l’autel d’une église. Il regarde une statue de la Vierge Marie. On entend les premières notes de la pièce Hallelujah de Leonard Cohen, interprétée ici par Jeff Buckley. Puis on nous montre des images de jeunes gais qui se font tabasser ou encore cette pancarte où l’on peut lire : « Laissez Dieu les brûler. »

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Le jeune homme est rejoint par son partenaire. Ils se prennent dans leurs bras affectueusement avant de faire un numéro de main à main.

La vidéo d’un peu plus de cinq minutes, intitulée Hallelujah, a été créée par l’artiste de cirque Matthew Richardson. Elle a été filmée à l’église Saint-Pierre-Apôtre, dans le quartier Centre-Sud de Montréal. Depuis sa mise en ligne mercredi, elle est devenue virale.

« C’est une réponse aux gens qui se servent de l’Église pour propager des messages de haine envers la communauté LGBT », nous dit Matthew Richardson, lui-même ouvertement gai.

« Cette vidéo se veut un appel à la bonté, peu importe nos différences ou nos croyances, mais c’est aussi une réflexion sur la lutte que nous menons au quotidien. »

Ce n’est pas tous les jours qu’on voit des artistes de cirque embrasser une cause. Mais celle-ci revêt une importance particulière pour Matthew Richardson.

« Je viens d’une famille où la religion occupe une place importante, nous dit l’artiste originaire de Savannah, en Géorgie [aux États-Unis]. C’est pour ça que ce projet est si important pour moi. C’est un sujet de discussion délicat dans la communauté LGBT parce qu’il y a des gens qui ont des croyances religieuses, mais qui sont différents et qui sont rejetés par l’Église. »

C’est une manifestation à Los Angeles, l’été dernier, lors du défilé de la Fierté gaie, qui a été la bougie d’allumage, nous dit l’artiste de 34 ans.

« Le défilé a été perturbé par des manifestants qui brandissaient des pancartes avec des messages haineux [qu’on voit dans la vidéo] », se rappelle-t-il.

« Je discutais avec un ami de religion, et je lui disais à quel point je trouvais ça rétrograde de se servir de la foi des gens pour véhiculer un message de haine qui prend pour cible une partie de la population. »

Filmer dans une église

PHOTO FOURNIE PAR MATTHEW RICHARDSON

Matthew Richardson avait mis en ligne en 2016 cette vidéo où il faisait un numéro de roue Cyr avec son amoureux de l’époque.

Une fois les acrobates choisis (Guillaume Paquin et Arthur Morel-Van Hyfte, qui forment un couple dans la vie), il ne restait qu’à trouver une église.

« On a pris contact avec des églises qui avaient déjà fait preuve de sensibilité envers les membres de la communauté LGBT, explique Matthew Richardson. On savait que c’était un sujet délicat. Je suis entré dans l’église Saint-Pierre-Apôtre, j’ai exposé les détails de mon projet et ils ont accepté, ça n’a pas été plus compliqué que ça. »

L’artiste de cirque, qui travaille notamment avec le Cirque du Soleil (Varekai, Rebel, en Andorre), avait mis en ligne une première vidéo en 2016 où il faisait un numéro de roue Cyr avec son amoureux de l’époque.

« Ce projet-là [The Arrow], plus frontal, est né d’une frustration, nous explique-t-il. On voulait créer un numéro de roue Cyr à deux, mais on ne voulait pas que ça ait l’air d’un numéro gai. On faisait tout pour que ce soit hétéronormatif, mais, à un moment donné, on trouvait ça frustrant. J’ai donc fait cette vidéo pour célébrer l’amour entre deux hommes et dire l’importance d’être fidèle à soi-même. »

À la suite de cette publication, vue sur l’ensemble des plateformes numériques, il a reçu plusieurs messages haineux. Est-ce qu’il ne craint pas que l’histoire se répète ? « C’est sûr que je vais recevoir des commentaires haineux, nous répond-il, mais j’en reçois aussi de très beaux. Jusqu’à présent, avec cette nouvelle vidéo, tout ce que j’ai reçu est positif. »

Quel est son rapport à la religion ? Est-il croyant ? Agnostique ? Athée ?

« Je crois en toutes les religions, nous répond-il. Nous vénérons le même Dieu, même s’il porte un nom différent, donc je préfère rendre grâce à mon créateur plutôt que de prétendre savoir exactement quelle est l’identité de cette force créatrice. Je vois la beauté et l’équilibre de l’univers, donc c’est difficile pour moi de ne pas croire en quelque chose de plus grand. »

Matthew Richardson, qui travaille également comme designer graphique, veut faire d’autres vidéos à caractère social pour sensibiliser les gens à ce que vivent les membres de la communauté queer et LGBT. Ses deux prochaines vidéos porteront sur l’identité de genre, mais aussi sur les peines d’amour.

« Après, nous dit Matthew, on fera une comédie musicale avec plusieurs personnages, pour que ça finisse de manière festive ! »